LA JOUEUSE DE GUITARE
Je ne sais pas où je suis née, Sous quelle t'ioiie, en quelle année; Ma mèie est morte en m'allailant.
Errante comme l'iiiiondelle, Du toit de ciiaume à la tourelle Je gagne ma vie en clianlant.
Je suis pauvre , mais bonne fille ; Vous riez de ma souquenille Qui se traîne dans le ruisseau.
Il faudrait me voir le dimanche, Lorsque j'ai mis la guimpe blanche, Où se croise un ruban ponceau.
Si je pouvais savoir mon âge.
Je songerais au mariage; Une vieille de mon pays Disait qu'on a dot et fortune,
Tendre ou muline, ou blonde ou brune, Quand on a seize ans à Paris.
Or la vieille bohémienne Bl'a dit autant qu'il m'en souvienne, Après avoir lu dans ma main :
A toi les honneurs, la richesse; Tu seras reine ou bien duchesse Et tu feras un beau chemin.
En croirai-je cette espérance!
Si j'étais reine de France, Que ferais-je de tout mon bien?
Oh ! je n'en serais point avare; J'ailièterais une guitare A toute fille qui n'a rien.
bOUS LES TILLEULS.
Vous souvient-il de cette allée Qui projetait son ombre au loin, Où la lune, à demi voilée, Était notre unique témoin; Où , su! jugué par votre grâoe, J'étais à genoux à vos pieds,
i>u piËniiE Di'i>o.\T. 175
Et VOUS demandais à voix Lasse Si vous m'amiez? (ter)
Vos blanches mains pressant les miennes, Tous mes tourments élaicnt finis ; Comme, par d'mvisibies chuines, Je sentais nos deux cœurs unis...
Je n'oubiirai jamais le charme De celle heure ou vous me disiez, Tout en essuyant une larme,
Que vous m'aimiez 1 {ter)
Vous ajoutiez : C'est pour la vie!...
Ap'ès m'avoir longtemps bercé, Celle espérance m'eit ravie, Voire serment s'e^t eiracé !...
Sous les tilleuls, quand le vent pleure Je viens m'aiseoir où vous éiiez...
Et là , je songe encore à l'heure Où voua m'aimiez! {(er)
LA l'iiTE.
Tout le village est à la Téie, Tout le village et l'alenlour, La grosse caisse et la muselle
176 CHAMTS ET POÉSIES
Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.
Les grands bœufs ruminent, couchés Sur les genoux , dans leur élable, Les laboureuis endimancliés Boivent les coudes sur la table, Les garçons marchent tous au pas Avec des habits de soldais; En tcle, l'amoureux de Jeanne Fait moulinet avec sa canne, Coillé d'un ourson à glands d'oi , En habit de tambour major.
Tout le village est à la fête, Tout le village et l'alentour, La grosse caisse et la musette
Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.
Loups ft filons, quel bon moment Pour dépeupler la bergeiie!
Fiuaud dort d'un œil seulement :
Gare à vous si la brebis crie!
Quel vacarme, quelle rumeur!
Tout le monde est en belle humeur :
C'est pire que le tinlamare Dos grenouilles dans une mare, Jeanne entre en danse; tous les yeux Sont sur elle et son amoureux.
DB PIERRE DltPOJIT. 177
Tout le village est à la fête , Tout le village et l'aientour, La grosse caisse et la museile
Y marquentle pas à l'amour, Et la montagne danse autour.
Sous sa blouse de tous les jours, Le braconnier sent son cœur battre; Le charlatan suspend ses tours :
Qu'aurait fait le roi Henri-Quatre?
Jeanne a l'œil vif, le chignon lourd , Le bas tiré, le jupon court, Les dents blanches, l'haleine pure.
Et les souliers couleur de mui e ; Elle est blanche et rose à la fois Comme une ëglantine du bois.
Tout le village est à la fête.
Tout le village et l'alenlour, La grosse caisse et la musette
Y marquent le pas à l'amour.
Et la montagne danse autour.
Le tambour major est plus fier Que s'il menait toute une armt-e; Comme un oiseau s'enlève en l'air, 11 soulève sa bien aimée :
Une dame pousse un soupir En voyant leur cœur se trahir, Et leurs lèvres l'une sur l'autre.
Le diable rôde, bon apôtre ; El fait sonner ses louis d'or...
Vieux jaloux, garde Ion trésor!
Tout le village est à la fêle, Tout le village et l'alentofir, La grosse caisse et la muselle Y marquent le pas à l'amour, Et la montagne danse autour.