‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 68 sur 94 · ENTRÉE AU CAVEAU · texte numérisé non relu

ENTRÉE AU CAVEAU

Maître Adam que mon grand-père Appelle encor son patron , Je te choisis pour compère; Fais- moi boire au biberon.

Apprends-moi bien la science De boire mon vin sans eau , Et que dans un mois ma panse Soil large comme un tonneau.

Je veux , dans la confrérie De nos illustres buveurs, Avoir la trogne fleuiie Pour mériter leurs faveurs.

Je laisse à d'autres la gloire

DB PIERRE DfPOl^T. %^Q

Qui tenaille le cerveau :

Car, avant tout, c'est pour boire

Que je descends au caveau.

Demain je fais une vente De mes livres, en plein vent; Je ne veux sur ma soupente Ni rimailleur ni savant.

J'excepte de la bagarre Tout rimeur buveur et (1er Qui s'est raillé du Ténare, Qui se raille de l'enfer.

Des cens de la recette Je n'irai pas m'amuser A remplir une cassette; Je veux d'abord me griser.

Et puis je cours en Bourgogne, Choisir aux meilleurs coteaux, De ces vins qui, sans vergogne, Grisaient l'abbé de Citeaux.

Ah ! sortons de dessous terre.

Mes bons amis du caveau , Et fondons un monastère, Un monastère nouveau !

Le temps est à la prêtrise; Prenons les petits collets, Et que chez nous on se grise Comme au temps de Rabelais !

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A M. Théodore L***.

Aux bords où la Saône tranquille S'unit au Rhône mugissant, Dans le bruit d'une grande ville Se perdait le timide accent D'une enfant pauvre et délaissée Qui s'en allait marchant pieds nus , El dont la paupière abaissée Retenait des pleurs inconnus.

Or un jour, la tète en délire ( Le délire suit la douleur), Elle partit avec sa lyre.

En la cachant bien sur son cœur ; Car, si ses doigts blancs ou la brise La faisaient vibrer au hasard , Elle s'interrompait, surprise, Et craignait un méchant regard.

Pour ses chansons toujours plaintives La Seine resta sans échos :

La Saône et l'émail de ses rives, Le Rhône et l'azur de ses flots Lui revinrent à la pensée ;

DE PIERRE DUPO>T. 181

Leur souvenir la ût pleurer, Car la saison était passée De les voir et de s'y mirer :

11 fallait qu'une main amie,

Plus forte, la pût par la main ,

La secouât tout endormie

Et la mit dans le vrai chemin ,

Qu'un bon guide, un de ceux qu'on aime,

Et que rien ne peut rebuter,

La fit chanter devant ceux même

Qui refusaient de l'écouler.

Vous savez comment sur sa route Le Ciel un jour lui fit trouver Cet ami qui jamais ne doulc.

Et, ce qu'elle n'osait révt r, lieux rivières au flot tran.;uille, Dont les échos furent puissants, El jusque vers la grande ville Portèrent ses faibles accents.

Ruisseaux que, dans nos promenades, Nous aimions tant à côtoyer!

En écoutant les séicnadcs Des oiseaux au chant familier; En voyant se pencher les mûres Qui se reflélaieiil dans leur eau , Kous mêlions à leurs doux murmurée Le nom d'Hégésippe Morcau I

18a CHANTS ET POÉSIES

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