‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 69 sur 94 · LE BUCHERON · texte numérisé non relu

LE BUCHERON

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache, Il faut que je t'arrache , Vieux chêne de cinq cents ans!

Ainsi chantait avant l'aurore Un bùtheron dans la forêt; Aux fredons de sa voix sonore La montagne entière vibrait :

Dans les rameaux touffus de chêne Un nid d'oiseaux chantait aussi

Criant merci; Et le bticheron sans souci Chantait toujours à perdre haleine :

Par mes efforts ppsants Et mes grands coups de hache, Il faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !

Lorsque la cognée est trop lourde, Lorsque son front est en sueur.

Il s'arrête , il boit à sa gourde

Di; plLimc Dt'i>0.\T. 185

Kl sent renaître sa vigueur; Il vit content et sans envie , La hache est le sceptre du bois;

M;iis à sa voix Les oisillons sont aux abois , La mèrC tremble pour leur vie.

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache, 1! faut que je l'arrache Vieux chêne de cinq cents ans!

Déjà l'arbre se déracine.

Petits oiseaux prenez l'essor; Mais ils n'ont pas d'ailes encor; Bon bùilieron, que l'arbre tombe

Tout doucement ; On ne peut pas voir sans tourment Qu'un berceau devienne une tombe.

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache , Il faut que je l'arrache Vieux chêne de cinq cents ans !

184 CHANTS ET l'OÉSIIilS

LA VERONIQUE.

Quand les chênes , à chaque branche , Poussent leurs feuilles par milliers, La véronique bleue et blanche Sème les tapis à leurs pieds; Sans haleine , à peine irisée, Ce n'est qu'un reflet de couleur, Pleur d'azur, goutte de rosée, Que l'aurore a changée en fleur :

Douces à voir, ô véroniques , Vous ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.

Les violettes sont moins claires, Les bleuets moins légers que vous.

Les pervenches moins éphémères Et les myosotis moins doux.

Le dahlia, non plus la rose, N'imiieront point voire azur; Votre couleur bleue est éclose Simplement comme un amour pur.

Douces à voir, ô véroniques ,

DE PIERRE DUPO.^T. 189

Vous ne durez qu'une heure ou dcui , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.

Le papillon bleu vous courtise , L'iusecle vous perce le cœur.

D'un coup de bec l'oiseau vous brise, Que guette à son tour l'oiseleur.

Rêveurs, amants , race distraite , Vous effeuilleront au hasard, Sans voir votre grâce muette, Ni votre dernier bleu regard.

Douces à voir, ô véroniques, Vuus ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.

0 flear insaisissable et pure , Saphir dont nul ne sait le prix , Méiez-vous à la chevelure De celle dont je suis épris ; Poinlillez dans la mousseline De son blanc peignoir entr'ouverl , Et dans la porcelaine fine Où sa lèvre boit le thé vert.

Douces à voir, ô véroniques, Vous ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympiuhiques Comme des regarda amoureux.

180 CHA:\'rS ET POÉSIES

Fleurs touchantes du sacrifice.

Mortes , vous savez nous guérir.

Je vois dans votre, humble calice Le ciel entier s'épanouir.

0 véroniques, sous les cliénes Fleurissez pour les simples cœurs Qui, dans les traverses humaines, Vont cherchant les petites fleurs.

Douces à voir, ô véroniques, Vous ne durez qu'une heure ou deux, Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.

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