‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 86 sur 94 · DE PIERRE DUI>OKT · texte numérisé non relu

DE PIERRE DUI>OKT

Et des morts de tous les pays Dedans votie saint paradis.

L'église encor plus pleine qu'an dimanche De gens qui sont plies sur leurs genoux , Sous son drap noir semé de larmes blanches Semble une épouse en deuil de son époux L'orgue tonnant plus fort que la lempéte A pleins poumons siffle au dies irœ ; Du jugement on dirait la trompette, Dans un étau je sens mon cœur serré.

De profundis !

Mon Dieu, conduisez l'âme De mes enfants et de ma femme , De mes parents, de mes amis, Kt des morts de tous les pays , Dedans votre saint paradis.

Après on va prier au cimetière,

Sous les sureaux, dans l'herbe agenouillés;

Ainsi je passe une journée entière

Le corps tout raide, et les genoux mouillés;

Mais n'ont-ils pas plus froid dans la Iroidure ,

Eux qui sont là tout le long des hivers;

Au moins l'été, leur couchette est moins dure

Et sur leurs pieds iis ont des tapis verts.

De profundis !

Mon Dieu , conduisez l'àme De mes enfants et de ma femme ,

De mes parents , de mes amis , El des morts de tous les pays.

Dedans votre saint paradis.

Mon buis béni , sur leur corps je te plante , Conserve-toi vert , jusqu'à la saison Où la fleur point , où la fauvette chante , Adieu mes morts ! Je rentre à la maison ; Mais dans ma tête, en rentrant, je repasse Tous mes anciens dont j'ai perdu le nom; On dit qu'ils ont tous déserté la place Et les plus grands, même Napoléon.

De profundis!

Mon Dieu , conduisez l'âme De mes enfants et de ma femme.

De mes parents , de mes amis , Et des morts de tous les pays, Dedans votre saint paradis.

Si ce héros qu'un vieux soldat regrette

Est, comme on dit, à Paris enterré,

Quand va fleurir, en mars, la violette,

J'irai le voir et je le fleurirai

Avant d'aller moi-même en la demeure

Où l'empereur est l'égal du berger;

Car, comme un autre, il faudra que je meure i

Depuis trente ans Dieu me doit mon congé.

De profundis!

Mon Dieu , conduisez l'âme

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