‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 87 sur 94 · LES DEUX COMPAGNONS DU DEVOIR · texte numérisé non relu

LES DEUX COMPAGNONS DU DEVOIR

Deux gais compagnons du devoir Cheminaient sur le tour de France , Avant leurs bras pour tout avoir, Leur travail pour tonte espérance.

De leurs cannes à long pommeau lis étayaient leurs pas rapides , Et laissaient dans chaque hameau Rirea francs et bouteilles vides.

Où marches-tu, gai compagnon?

Je m'en vais conquérir la terre ; J'ai remplace Napolùon , Je suis le prolétaiie.

Tous deux ils s'étaient rencontrés A l'embrancliement d'une route, Et comme Ils étaient altérés , Sous la tonnelle on but la goutte.

Mêlant aux plus joyeux propos

Un petit brin de politique.

On eût dit qu'ils vidaient les pots

Pour arroser la République.

Où marches-tu , gai compagnon ?

Je m'en vais conquérir Ja terre ; J'ai remplacé Napoléon, Je suis le prolétaire.

Nous avons le gouvernement, Disaient-ils en choquant les verres; Mais il faut de l'entetidement, Et se consulter entre frères.

Nous sommes rois par le scrutin , Mais il faut choisir le plus digne.

On ne fait que du méchant vin Quand on ne pioche pas la vigne.

Où marches-tu , gai compagnon ?

Je m'en vais conquérir la terre ; J'ai remplacé Napoléon, Je suis le prolétaire.

Méfions-nous du raisonneur Qui tend à l'ouvrier un piège.

Parlant de famille et d'honneur, Pour restaurer le privilège.

Nous avons aussi femme, enfants , Une mère , un père invalide ; Et dans nos deux bras triomphants Une propriété solide.

DE PIERAB Di;PO.>T. 233

OÙ raarches-lu , gai compagnon?

Je m'en vais conquérir la terre; J'ai reoiplacé Napoléon, Je suis le prolétaire.

Gardous-nous du faux ouviiei Qui se fait élire d'emblée Pour sa blouse et son tablier, Et nous renie à l'assemblée.

Pour éviter la trahison , Nommons des hommes à l'épreuve De la balle et de la prison :

Déjà la République est veuve.

Où marches-tu, gai compagnon?

Je m'en vais conquérir la terre-, J'ai remplacé Napoléon, Je suis le prolétaire.

Si la République périt, Nous serons à ses funérailles, Car son droit divin est écrit Au plus profond de nos entrailles.

Quelques-uns voudraient nous lier Comme des bœufs à l'attelage; Mais nos cœurs ne savent plier, Et nos âmes pas davantage.

Où marches-tu, gai compagnon?

Je m'en vais conquérir la terre;

J'ai remplacé Napoléon , Je suis le prolétaire.

Tandis que lea deux compagnons Jasaient en frappant sur la table, Deux servantes, aux gros chignons, Les reluquaient d'un air aimable.

Ce doit être de bons maris , Dit l'une à la joue empourprée...

Leurs entretiens furent surpris : Fut dit, fut fait dans la soirée.

Où marches-tu, gai compagnon ?

Je m'en vais conquérir la terre; J'ai remplacé Napoléon , Je suis le prolétaire.

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