LE PAI
Quand dans l'air et sur la rivière Des moulins se tait le tic-tac , Lorsque l'àne de la meunière Broule et ne porte plus le sac , La famine, comme une louve, Entre en plein jour dans la maison ;
DE IMF.HRE Dl'l'0\T. 237
Dans les airs un orage couve , Un grand cri monte à l'horizon.
On n'arrête pas le murmure Du peuple , quand il dit : J'ai faim ; Car c'est le cri de la nature :
Il faut du palnl
La faim arrive du village Dans la ville par les faubourgs.
Allez donc barrer le passage Avec le bruit de vos tambours ; Malgré la poudre et la mitraille , Elle traverse à vol d'oiseau , Et sur la plus haute muraille Elle plante son noir drapeau.
On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain I
Que feront vos troupes réglées î La faim donne à ses bataillons Des armes en plein champ volées Aux prés, aux fermes, aux sillons:
Fourches, pelles, faux et faucilles ; Dans la ville, au glas du tocsin, On voit jusqu'à des jeunes lilles Sous le fusil broyer leur sein.
On n'arrête pas le murmure Du peuple , quand il dit : J'ai faim j Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain !
Arrêtez dans la populace Ceux qui portent fusils et faux ; Faites dresser en pleine place La charpente des échafauds ; Aux yeux des foules consternées , Après que le couteau sanglant Aura tranché leurs destinées , Un cri s'élèvera du sang.
On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim ; Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain !
C'est que le pain est nécessaire Autant que l'eau , l'air et le feu.
Sans le pain on ne peut rien faire; Le pain est la dette de Dieu.
Slais Dieu nous a payé sa dette :
A-t-il refusé le terrain ?
Le soleil luit sur notre tête.
Et peut toujours mûrir le grain.
On n'arrête pas le murmure
Du peuple, quand il dit : J'ai faim ;
DE PIERRE DVPO.liT. 239
Car c'est le cri de la nature :
11 faut du pain!
La terre n'est pas labourée , Et le bic devrait, abondant, Jaunir la zone tempérée, Et, du pôle au tropique ardent ; Déchirons le sein de la terre , Kt , pour ce combat tout d'amour, Changeons les armes de la guerre En des instruments de labour.
On n'arrête pas le murmure Du peuple, quand il dit : J'ai faim; Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain I
Que nous font les querelles vaines Des cabinets européens?
Faudrait-il encor pour ces haines Armer nos bras cyclopéens?
Du peuple océan qui se rue Craignez le flux ou le reflux ; Donnez la terre à la charrur, Et le pain ne manquera plus.
On n'arrête pas le murmure Du peuple , quand il dit : J'ai f;iiin ; Car c'est le cri de la nature :
Il faut du pain !