‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 90 sur 94 · A GEORGE SAND · texte numérisé non relu

A GEORGE SAND

Je voudrais avec mélodie En prenant le ton langoureux Chanter l'histoire de CJaudie Aux paysans , aux amoureux.

Claudie était jolie et sage.

Un séducteur, un beau diseur, Lui promettant le mariage Parvint à lui ravir son cœur.

Claudie en secret fiancée , Sans être épouse mit au jour Un fils, et, mère délaissée N'abandonna point son amour.

DE PIERRE Dt'PO!«T.

Cher nouveau-né! de a mamelle Sa mère en pleurant It- nourrit , Mais douce à la foisel ciuelie.

Un beau matin , la mort le prit.

Depuis, seule avec son vieux pèie, Faisant la moisson avec lui, Elle glane son dur salaire Aussi triste que Noëmi.

Le père est vieux, la flile est frêle, Ils ne font qu'une raie à deux :

Sylvain ijui moissonne prés d'elle A la paye, en tombe amoureux.

Mais Grand-Rose (c'est la fermière) Brûlant en secret pour Sylvain , Veut chasser la ûlle et le père Qii: font obstacle à son dessein.

Or le séducteur de Claudia

A Grand-Rose fait les doux yeux

Et redoutant quelque infamie

Tient de méchants propos contre eux.

Cet homme, par ses caquetages, Les met tous comme chat et chien; Il aurait brouillé vingt ménages l'iutôt que d'arranger le sien.

1,0 vieillard abrite sa fille Entre ses deux bras vacillants

CUA9ITS ET POtSIES

Crises par l'âge et la faucille , A l'ombre de ses cheveux blaucs.

Puis il bénit la gerbe haute, Sépare la paille du blé, Confond le crime, absout la faute Et le coupable est dévoilé.

Donc Sylvain épouse Claudie ht l'on chasse le ravisr^eur; 1 a dot par Grand-Rose arrondie Assure aux époux le bonheur.

Opvarit les scènes de ce drame l'ai plfuré, mémement j'ai ri ; l.'autfU'-, dit-on, est une dame Qui l'a glané dans le Berri.

C'est dans deux ans, deux ans à peine Que le coq gaulois chantera ; Tendez l'oreille vers la plaine, Entendez-vous ce qu'il dira ?

11 dit aux enfants de la terre Qui sont courbés sous leur fardeau .-

DE PIEItRE r>u(<o\T. 245

Voici la fin de la misère,

Mangeurs de pain noir, buveurs d'eau.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta luinnicie.

Dix-huit cent cinquante-deux (bis) I

Du peuple enfin voici le règne, Tout autre prétendant n'irl rien, A moins toutefois qu'il ne daigne Se dire un simple citoyen.

Est-il une place plus haute, Un plus grand honneur sous le ciel Que d'être accueilli comme un hôte A ce banquet universel!

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux {biSj !

Des Bourbons la double famille En France ne réussit plus ; Qu'un instant leur (<m uine brille , Ce n'est que flux et q'iH itfl x.

Sur son rocher de Siiinle-llelène Napoléon s'est \u brisir; Maître de la puissance humaine , Charles-Quint sut la déposer.

}'»6 CilAATS ET l>0:.JÎES

Des monts sacrés où la sumière Forge ses éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannjiire, Dix-huit cent cinquante-deux (bis) !

0 rois! votre pourpre est fanée, Ne la teignez pas dans le sang; Ne disputez pas une année Au progrès toujours grandissant.

L'idée est aujourd'hui rapide Plus que les chevaux et les cerfs; Elle dépasse qui la guide.

Elle broiera tous nos vieux fers.

Des monts sacrés où a lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux (bis) !

La République jusqu'à Vienne , Et jusqu'à Rome a pris son vol ; Il faudra bien qu'elle y revienne , Elle a son germe dans le sol.

D'ailleurs de Paris elle guette L'Europe, les rois et les cours, Comme on voit pendant la tempête La foudre menacer les tours.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux ,

DE PIEHRE DIPOKT. 2.'i7

Viens, en déployant ta bannière, Dix-buit cent cinquante-deux (6*5) 1

Rois, faites-vous tirer les cartes.

Assis au coin Je votre feu.

Fortune, faut-il que tu parles !

Tous les piques sont dans le jeu.

Encore ce valet de pique!

Paris vous envoie un courrier; Son message est la République :

Faites brûler vif le sorcier.

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux, Viens, en déployant ta bannié'e, Dix-huit cent cinquante-deux (615)!

C'est donc un bandeau symbolique Dont le temp.-' a couvert vos yeux, Qu'il dérobe la République A vos regards insoucieux?

Votre grandeur fut un nuage; Vos sceptres, désormais ternis, Seront des bâtons de voyage.

Allez , rois , vous êtes bannis !

Des monts sacrés où la lumière Forge ses éclairs et ses feux.

Viens, en déployant ta bannière; Dix-huit cent cinquante-deux {bis)l

2/iS CUAiKTS ET POÉSIES

Faudra-t-il que vos doigts débiles , Réduits aux vils expédients, Usent nos dernières sébiles?

Nous n'aurons plus de mendiants!

Bon vieillard, mettez-vous à table, Mangez, faites-nous la leçon; Buvez, contez- nous une fable , Ou cbantez-Dous une chanson.

Des monts sacrés où la lumière Forge se» éclairs et ses feux , Viens, en déployant ta bannière, Dix-huit cent cinquante-deux (bis) !

fqnam memesto rclius ia ardais Scnare mentem IIORACB.

Garde ton âme égale au milieu des traverses. Quand les soucis fréquents et les peines diverses S'abattraient sur ton cœur pour le mettre en lambeaux Comme sur un cadavre un essaim de corbeaux; Oppose aux becs vaincus ton âme cuirassée : Dans une tour d'acier retranche ta pensée. Ton corps est vulnérable et ton cœur est de chaii-, Ta pensée, en revanche, est plus libre que l'air.

i)E Pir.nnr. blioxt. 249

Quand tu verrais ton corps traîné sur une claie, V.l ton cœur déchiré ne fùi-il qu'une plaie, Tiens ton âme sereine au-dessus des douleurs Et , par prévision , jouis de jours meilleurs. (;ar une voix tonnante au fond de tes entrailles Te dit qu'après la vie, après les funérailles, Ton âme trouvera, tous ses liens brisés, Une joie inflnie et d'immortels baisers.

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