Muse populaire
Je puis enfin mettre dans la main du lectoiir un recueil de ces ballades, vilanelles, chauls patriotiques, légendes et chansons* dont jusqu'à ce jour on n'a vu que des bribes ou entendu que de vagues refrains, de l'atelier à la charrue, du forum au chaume nistique.
• La musique fte rcs chants se trouvera rtans rédition des chansons de P. Dupi-ut. iiiujiiée», chez MarJinnn. rue du Coq Saint-Honoré, 4.
Chei .Brullé. passage des Panoramas, pour les Paysans;
Schooenberper, boulevanl Montmartre, pour les Paysannes
et autres fantaisies ; Cassanet. 25, rue des Graviliiers, pour les chants politiques ; Et chez divers Éditeurs de musique et de librairie.
VI Pr.ÉFACE.
Pour me servir d'une image connue , celte lyre a trois cordes distinctes dont l'une rend le son simple , l'autre une note plaintive et pensive, la troisième un accord vibrant et presque guerrier.
Cela définit :
Le genre rustique où les types vivent par eux-mêmes et n'expriment pas spécialement la pensée de l'auteur : Les Bœufs, la Figne, la Mère Jeanne, etc. ;
Les chants philosophiques et les légendes où l'auteur hasarde sa pensée et son sentiment : Le Sauvage , Belzéhulh , la Comtesse Marguerite, etc.;
Enfin , les chants patriotiques où il détermine son action et se mêle aux choses de son temps.
La voix populaire ajoutait son prestige à
cette poésie qui semblera décolorée et froide sur ces pages muettes. Le jugement en sera plus froid, et le lecteur , sinon l'auteur , en retirera plus de profit.
Les louanges et les attaques vont se trouver honteuses , car il y a eu exagération de part et d'autre , comme dans tout ce qui touche à la politique. Au fond , on reconnaîtra un homme sincère, un poursuivant de la muse que ses dédains n'ont jamais rebuté, un amant de la vérité comme du beau i et, si les lèves du poëte descendent parfois à une réalité criante, on se demandera tout bas s'il y avait lieu de chanter les vieux partis et s'il n'était pas du devoir d'un Français de seconder le mouvement qui doit conserver à la France son initiative et assurer dans le monde le triomphe de la vérité.
Ce recueil se lie aux choses du temps où
vm l'RÉFACE.
nous vivons : l'auteur s'en est inspiré et les avait pressenties. On verra, sous la date 1846 et de 1847, des vers qui ne jurent point avec ceux de 1848 à 1851. Le chant des ouvriers, le Sauvage, Belzébuth, le Chant des nations et d'autres du même genre, ont précédé la Révolution de février. C'est une réponse à ceux qui prétendent qu'elle fut une surprise. L'esprit nouveau couvait dans les masses, et on retrouve partout ces prévisions, depuis les Chants du crépuscule jusqiïkVJïistoire des Girondins ; depuis les /affaires de Home de Lamennais, et sa fameuse citation de Chateaubriand qui termine le livre; depuis le Livre de la propriété et la, Revue sociale, jusqu'aux discours et aux interruptions des deux chambres. Le Moniteur ôe celle époque est plein de confidences et d'aveux.
Février 1848 n'a été qu'une conséquence
hâtée et dénouée par ceux mêmes qui l'attaquent aujourd'hui.
Maiscommentun faiseur d'idylles a-t-il pu entendre ces bruits sourds, et quel rapport établir entre la ballade des Bœafs et ces préoccupations sérieuses? Les pâtres sont tous un peu sorciers. La vue de l'eau et des bois laisse leur esprit calme ; l'intérêt ne l'obscurcit pas, et, avec ce hochement de tête que vous savez, ils vous disent leur avis des choses publiques aussi finement qu'un homme d'État. D'instinct, sachant que le peuple est le dépositaire du droit et des destinées, ils jugent, auxfaçonsdonton use envers lui, si une crise est imminente ou lointaine, et leurs pressentiments ne les trompent guère.
Faut il conclure de laque ces vers font suite aux centuries de Nostradamus ? Qu'on prenne
la chose comme on voudra; mais, à coup sûr, que le peuple chante bien ou mal , que ses poëtes riment à tort et à travers, que ses tribuns ou ses Philosophes se disputent à ne plus s'entendre , que ses défenseurs le compromettent; le progrès n'en fera pas une étape de moins, et la vérité se dégagera de ce chaos.
Les hommes simples et forts, ceux qui travaillent et qui font vivre sont entrés dans la cité et ont constaté leur droit à la vie morale et intellectuelle. Le mot de tyran devient ridicule parce que la chose ne se peut plus concevoir, et qu'elle est une monstruosité destinée à périr comme le mal.
Les muses sourient: après les cris de guerre, les peuples affranchis doivent se reposer dans l'harmonie.
La science crée et féconde : l'agriculture nourrira tous les hommes; l'industrie et l'économie générale faciliteront les rapports et rendront la vie plus douce. Les arts , qui tendent toujours à élever l'àme ,' relieront la terre au mouvement céleste. Ceux qu'on jugeait les plus grossiers entreront dans les théories comme des esprits purs. La Genèse dit que l'homme est fait à l'image de Dieu : n'est-il pas temps enfin que Dieu se manifeste dans l'homme, et que, par un effort suprême, nous résolvions le problème de notre destinée?
Ne vous demandez pas ce qu'il fait quand il erie, Et qu'on ne le voit plus, le triste solitaire; Il s'épuise à marcher sans trêve devant lui, Épiant si dans l'air quelque lueur a lui, Écoulant tour à tour les forêts et la foule. Méditant et cherchant à son idée un moule.
li va, lorsque les bois, tordus par les autans. Semblent de leurs soupirs appeler le printemps. Chercher de noirs aspects et les plus sombres teintes, Pour dire vos douleurs et colorer vos plaintes, 0 cœurs qui désirez, las de tant de revers, Saluer le printemps après vos longs hivers ! Quand la foiét verdoie et, plus hospitalière. Rappelle des oiseaux la troupe famihère; Quand un souffle brûlant fait les plantes germer, Les fleurs s'épanouir et les couples s'aimer, 11 va le long des près où la génisse broute. Le long de la rivière et sous la verte voûte
Que forment les tilleuls aux frênes mariés,
Étudier les tons charmants et variés
Qu'offre à ses yeux épris la divine palette;
Afin que dans son vers cet éclat se reflète
Et que, vous y plaisant, vous lui disiez : Ami ,
Allez souvent au bois où vous avez dormi;
Allez au bord des flots , allez sous l'ombre épaisse,
Dans la giotte inspirée où vous rit la Déesse,
Y rêver de ces vers que dore le soleil.
Et ne hâtez pas trop pour nous votre réveil.
Voilà quel est son but, et s'il ne l'atteint guère,
C'est que pour ses soupirs la Muse trop sévère
En aime ailleurs, peut-élre, un autre qui la fuit,
Et se plaît à lasser l'amant qui la poursuit.
DB l'IERRB DUPOKT.