‹ Muse populaireChapitre 2 sur 157 · LES BOEUFS · texte numérisé non relu

LES BOEUFS

J'ai deux grands bœufs dans mon élable. Deux grands bœufs blancs marques de roux ; La charrue est en bois d'érable , L'aiguillon en branche de houx.

C'est par leur soin qu'on \oit la plaine Verte l'hiver, jaune l'été; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté.

S'il me fallait les Tendre , J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Les voyez-vous, les belles bétes.

Creuser profond et tracer droit, Bravant la pluie et les tempêtes Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid.

Lorsque je fais halte pour boire , Un brouillard sort de leurs naseaux , Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.

8'il me fallait les vendre .

a CHANT» ET POÉSIES

J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Ils sont forts comme un pressoir d'huile , Ils sont doux comme des moulons ; Tous les ans , on vient de la ville Les marchander dans nos cantons, Pour les mener aux Tuileries , Au mardi gras devant le roi , Et puis les vendre aux boucheries ; Je ne veux pas, ils sont à moi.

S'il me fallait les vendre.

J'aimerais mieux me pendre; J.'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Quand notre fille sera grande ,

Si le fils de notre régent

En mariage la demande.

Je lui promets tout mon argent;

Mais si pour dot il veut qu'on donne

Les grands bœufs blancs marqués de roux;

Ma fille , laissons la couronne

Et ramenons les bœufs chez nous.

S'il me fallait les vendre , J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir med beufs.

I)F. PIERRE niJPOUT.

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