SOUVENIRS D'ALORS
« Alors c'était le bon temps ! »
Répèle le vieil adage.
Qui donc a vu le printemps Sans neige, pluie et nuage?
En Bohême comme ailleurs Tout n'était pas rose et fraise :
J'en connais et des meilleurs Qui soutiendraient cette thèse.
Alors , vers la fin du mois , Quand on avait fait ripaille.
Le second jour, aux abois , On restait sans sou ni maille.
En jeûnant on soupirait Après deux jours de bien-être; Le liseron bleu mourait Desséché sur la fenêtre.
Alors quelques faux amis, A notre table commune Fraternellement admis Y nourrissaient la rancune; Ils faisaient beaucoup de bruit.
Aux autres barraient l'issue...
340 CHASTS ET POÉSIES
OÙ grelotte leur esprit Et leur vanité déçue.
Alors ce qui semblait bon L'est encor: qui donc en doute?
Un bohémien barbon Déjà rangé par la goutte, Gens à qui demain fait peur Tremblant devant une ride :
A la porte de leur cœur Ne frappez pas, il est vide.
A l'angle fleuri des toits Que plus d'un rapin dessine , 11 niche comme autrefois Pierrot et sa Colombine.
Il sort de maint soupirail Entr'ouvert avant l'aurore Comme un parfum de travail :
La France étudie encore.
Allons blasé que je hais ! Mets de l'argent dans ta poche j Porte sur ces deux étais Un poulet froid cuit en broche ; De ton vin non frelaté Débouche mainte bouteille.
Et fais boire à ta santé Cette jeunesse qui veille.
DE PIERRE DCPO?iT. 341