‹ Muse populaireChapitre 147 sur 157 · LE STATU QUO · texte numérisé non relu

LE STATU QUO

Je sens mon cœur s'emplir de larmes Quand je pense aux maux fraternels ; D'aucuns ont péri par les armes , Pour d'autres les deux sont cruels ; Moi-même, par inadvertance.

Erreur de calcul ou hasard , J'ai vu sous mon toit la souffrance.

J'ai reconnu mes torts trop tard.

Mais n'allons pas être moroses.

Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quo!

La grecque et romaine manie, Cet abus des vieux oripeaux , Prouve qu'on n'a pas de génie.

Laissons les anciens en repos.

Ils ont fait vaillamment leur œuvre ; Comme eux, soyons de notre temps; Faisons du nouveau : la couleuvre Fait peau neuve à chaque printemps.

Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses, Âiguillonn(ms le stalii quo /

Casques rouilles , vieilles poternes , Pastiche antique, badigeon.

Cédez aux peintures modernes f Rasons les ailes de pigeon.

Le bois , le métal , ni la pierre, La houille , ne manqueront pas.

La hache obéit à l'équerre , La truelle suit le compas.

Mais n'allons pas être riibrosè^', Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quo t

DE riBRRB DfJPONT. 463

Un avenir splendide est proche , Qui nous brûle de ses rayons ; Le rail passe à travers la roche ; Il grouille des inventions.

Plus d'obstacles , plus de distances !

La mécanique a tout dompté, La chimie a droit à nos stances , Poètes de la liberté !

Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses.

Aiguillonnons le statu quo !

Regardez ! Ce bain sulfurique , Où couvent de chauds éléments.

Donne à la machine électrique Le secret de ses mouvements.

Où trouver une métaphore?

Qu'est-ce que l'aigle ou le cheval?

Le couchant se lie à l'aurore Par un simpe fil de métal.

Mais n'îdlbns pas étire moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses, Aiguillonnons le statu quo!

On peut désirer de renaître ;

Dans l'ombre il germe des tableaux.

L'esprit poussé veut tout connaître Toujours les flots poussent les flots.

Dieu se révèle sur l'abîme ; Nous le flairons dans le lointain :

Montons sur la plus haute cime Pour voir l'aube du jour divin.

Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quoi

Allons, sceptiques, incrédules, Borgnes , aveugles et boiteux , Têtes d'ânes , têtes de mules , Debout! marchez, ouvrez les yeux!

Dieu veut , afin que chacun vive , Unir dans un efî'ort pareil , L'esprit et la matière vive, L'homme, la terre et le soleil.

Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :

Menons gaîment et vivement les choses.

Aiguillonnons le statu quo!

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