LE STATU QUO
Je sens mon cœur s'emplir de larmes Quand je pense aux maux fraternels ; D'aucuns ont péri par les armes , Pour d'autres les deux sont cruels ; Moi-même, par inadvertance.
Erreur de calcul ou hasard , J'ai vu sous mon toit la souffrance.
J'ai reconnu mes torts trop tard.
Mais n'allons pas être moroses.
Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quo!
La grecque et romaine manie, Cet abus des vieux oripeaux , Prouve qu'on n'a pas de génie.
Laissons les anciens en repos.
Ils ont fait vaillamment leur œuvre ; Comme eux, soyons de notre temps; Faisons du nouveau : la couleuvre Fait peau neuve à chaque printemps.
Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses, Âiguillonn(ms le stalii quo /
Casques rouilles , vieilles poternes , Pastiche antique, badigeon.
Cédez aux peintures modernes f Rasons les ailes de pigeon.
Le bois , le métal , ni la pierre, La houille , ne manqueront pas.
La hache obéit à l'équerre , La truelle suit le compas.
Mais n'allons pas être riibrosè^', Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quo t
DE riBRRB DfJPONT. 463
Un avenir splendide est proche , Qui nous brûle de ses rayons ; Le rail passe à travers la roche ; Il grouille des inventions.
Plus d'obstacles , plus de distances !
La mécanique a tout dompté, La chimie a droit à nos stances , Poètes de la liberté !
Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses.
Aiguillonnons le statu quo !
Regardez ! Ce bain sulfurique , Où couvent de chauds éléments.
Donne à la machine électrique Le secret de ses mouvements.
Où trouver une métaphore?
Qu'est-ce que l'aigle ou le cheval?
Le couchant se lie à l'aurore Par un simpe fil de métal.
Mais n'îdlbns pas étire moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses, Aiguillonnons le statu quo!
On peut désirer de renaître ;
Dans l'ombre il germe des tableaux.
L'esprit poussé veut tout connaître Toujours les flots poussent les flots.
Dieu se révèle sur l'abîme ; Nous le flairons dans le lointain :
Montons sur la plus haute cime Pour voir l'aube du jour divin.
Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses , Aiguillonnons le statu quoi
Allons, sceptiques, incrédules, Borgnes , aveugles et boiteux , Têtes d'ânes , têtes de mules , Debout! marchez, ouvrez les yeux!
Dieu veut , afin que chacun vive , Unir dans un efî'ort pareil , L'esprit et la matière vive, L'homme, la terre et le soleil.
Mais n'allons pas être moroses , Nos chansons n'auraient plus d'écho :
Menons gaîment et vivement les choses.
Aiguillonnons le statu quo!