LE PATURAGE
Dans les grands prés qu'on voit s'étendre
Entrecoupés de saules bleus,
Au long du fleuve , il faut entendre
Mugir les vaches et les bœufs ,
De nuances tachant la plaine,
De roux, de gris, de noir, de blanc :
Leur queue avec son bout de laine
Chasse les mouches de leur flanc
Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaire Sous les saules du bord deTeau, Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière, En se cachant dans le troupeau.
L'œil vague , les cornes tordues Ne prennent un air menaçant Que si les oreilles tendues Annoncent un danger pressant.
Le mufle est luisant , la mâchoire Broute, rumine et va toujours, Si ce n'est au moment de boire ; Le fanon pend , les pieds sont courts.
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Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaipe Sous les saules du bord de l'eau , Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière , En se cachant dans le troupeau.
Autour des grands troupeaux qui paissppt
On voit les oiseaux voleter;
Les dents des ruminants leur laissent
De petits vers à becqueter.
Un essaim de bergeronnettes
Naît des pas de chaque animal ,
Comme si de ces nobles bêtes
Elles ne craignaient aucun mal.
Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaire Sous les saules du bord de l'eau , Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière , En se cachant dans le troupeau .
Le veau fait une cabriole.
Le taureau , les yeux pleins de sang ,
A cru voir une banderolle
Dans la cravate d'un passant.
Il se jette sur la génisse ;
Pendant que l'herbe au bœuf déplaît ,
La vache , tous les ans nourrice.
Traîne ses pis gonflés de lait.
Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaire Sous les saules du bord de l'eau , Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière , En se cachant dans le troupeau.
Quand la bête a son poids de graisse , Elle tombe aux mains du boucher Qui la tue et qui la dépèce.
Ayant eu soin de l'écorcher.
Les os , les nerfs, la corne, utiles , Entre les mains des ouvriers , Se façonnent en ustensiles , Et du cuir on fait les souliers.
Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaire Sous les saules du bord de l'eau , Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière , En se cachant dans le troupeau.
Apprenons de ces belles bêtes Le calme , à l'heure de mourir,
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Quand la masse brise leurs tête» , Elles ne semblent point soulfrir.
Le soir couvre le pâturage, Le troupeau sort de l'abreuvoir, Et Jeanne en son rouge corsage Le chasse à l'étable : bonsoir !
Pendant que berger et bergère Se font des niches pour se plaire Sous les saules du bord de l'eaii , Un autre en profite pour traire Leur plus belle vache laitière , En se cachant dans le troupeau.
iqnam mémento rebos in ardais Semre mentem HORACI.
Garde ton âme égale au milieu des traverses. Quand les soucis fréquents et les peines diverses S'abaltraientsurtoncœurpourle mettreenlambeau ^ Comme sur un cadavre un essaim de corbeaux ; Oppose aux becs vaincus ton âme cuirassée : Dans une tour d'acier retranche ta pensée. Ton corps est vulnérable et ton cœur est de chair, Ta pensée, en revanche, est plus libre que Tair.
498 CïlA!%TS ET POÉSIES
Quand tu verrais ton corps traîné sur une claie , Et ton cœur déchiré ne fût-il qu'une plaie. Tiens ton âme sereine au-dessus des douleurs Et, par prévision , jouis de jours naeilleurs. Car une voix tonnante au fond de tes entrailles Te dit qu'après la vie, après les funérailles, Ton âme trouvera, tous ses liens brisés. Une joie infinie et d'immortels baisers.