LA SIBÉRIENNE
DÉaUEMBREUEXT DE LA POLOGNE.
Nous rentrons dans l'âge de fer :
Bourreau , fais l'apprêt du supplice !
Liberté, bon droit et justice lie sont plus que des mots en l'air.
Nos pères croyaient voir l'aurore D'un âge libre et florissant; Ils ne voyaient qu'un météore Chargé d'une vapeur de sang.
Adieu patrie Et liberté!
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Eh quoi! tout un peuple oserait
Se dire libre sur la terre!
Il faut le contraindre à se taire ,
Il faut étouffer son secret.
A cette horde vagabonde
Refusez le pain et le sel ,
Qu'il ne soit plus en lieu du monde
D'asile à ce grand criminel.
DE PIERRE UUI>OXT. 137
Adieu patrie Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Si quelqu'un s'avise ici-bas De redresser un peu la tête , Son front attire la tempête, L'embûche rampe sous ses pas.
Socrate n'est plus qu'un impie , Galilée est chargé de fers ; Sur une croix Jésus expie La rédemption des pervers.
Adieu patrie Et liberté!
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Tyrannie! ô monstre géant!
ïa faim n'est jamais assouvie ^
Il faut que toute noble vie
S'abîme en ton gosier béant.
Agneaux, taureaux , boucs et colombes ,
Par centaines sacrifiés,
Sont tes plus humbles hécatombes;
11 te faut des peuples entiers.
Adieu patrie
138 CHANTS ET POÉSICS
Et liberté!
Ce qui n'est pas décapité
Est fouetté
Vers la Sibérie.
Au moins n'avons-nous pas baisé Le pied fourchu de cette idole ; Nous luttons de notre parole , Notre glaive s'étant brisé. Frères ! notre cause est la vôtre !
Que le plus petit d'entre vous Se lève et se change en apôtre Pour annoncer les droits de tous!
Adieu patrie
Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité
Est fouetté Vers la Sibérie.
L'homme , sitôt qu'il vient au jour, A tout le genre humain pour frère , Et dès le ventre de sa mère , A droit à la vie , à l'amour.
En prenant sa part dans l'ouvrage, Il a , pourvu qu'il aime un peu , Un coin libre dans l'héritage.
Et ne doit de compte qu'à Dieu.
Adieu patrie Et liberté !
DE PIERRE Dl'PONT. 130
Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.
Tous ces droits sacrés nous sont pris Par la tyrannie... Anathème !
Entendez notre cri suprême , Hommes libres de tous pays.
Qu'un hurra lointain nous réponde Quand nous allons nous engloutir ; Dieu doit la liberté du monde Au râle d'un peuple martyr.
Adieu patrie,
Et liberté !
Ce qui n'est pas décapité
Est fouetté Vers la Sibérie.