LA VÉRONIQUE
Quand les chênes , à chaque hranche , Poussent leurs feuilles par milliers, La véronique bleue et blanche Sème les tapis à leurs pieds ; Sans haleine , à peine irisée, Ce n'est qu'un reflet de couleur.
Pleur d'azur, goutte de rosée , Que l'aurore a changée en fleur :
Douces à voir, ô véroniques , Vous ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.
Les violettes sont moins claites, Les bleuets moins légers que vous , Les pervenches moins éphémères Et les myosotis moins doux.
Le dahlia , non plus la rose , N'imiteront point votre azur ; Votre couleur bleue est éclose Simplement comme un amour pur.
Douces à voir, ô véroniques ,
Vous ne durez qu'une heure ou deux Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.
Le papillon bleu vous courtise , L'insecte vous perce le cœur.
D'un coup de bec l'oiseau vous brito , Que guette à son tour l'oiseleur.
Uéveurs, amants , race distraite , Vous effeuilleront au hasard , Sans voir votre grâce muette, Ni votre dernier bleu regard.
Douces à voir, ô véroniques, Vous ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.
0 fleur insaisissable et pure , Saphir dont nul ne sait le prix , Mêlez-vous à la chevelure De celle dont je suis épris; Pointillez dans la mousseline De son blanc peignoir entr'ouvert , Et dans la porcelaine fine Où sa lèvre boit le thé vert.
Douces à voir, ô véroniques.
Vous ne durez qu'une heure ou deux , Fugitives et sympathiques Comme des regards amoureux.
Fleurs touchantes du sacrifice.
Mortes , vous savez nous guérir, Je vois dans votre humble calice Le ciel entier s'épanouir.
0 véroniques , sous les chênes Fleurissez pour les simples cœurs Qui , dans les traverses humaines , Vont cherchant les petites fleurs.
Douces à voir, ô véroniques, Vous ne durez qu'une heure ou deuX; Fugitives et sympathiques Comme des resards amoureux.
DIEU SAUVE LA lŒPUBLlQuE.
La république dure encor Malgré nos fautes et nos crimes , Comme un reflet de pourpre el d'i-:
Son nom rayonne sur nos cimes; L'espoir n'est point anéanti Tant que la raison souveraine , Dominant sur chaque parti , Dans les cœurs étouffe la haine.
Drapeaux au vent, tambours, battez aux ehamps, Et que chaque bouche civique
DU PlUnnK DUPONT. 187
Ajoute en chœur, à la fln de nos chants , Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république!
Républicains, nous dominons Par l'idée et par cette crainte Que les tyrans ont des canons Tonnants dans une guerre sainte ; Royalistes, que serions-nous?
L'objet d'une immense risée :
Un roi nous mettrait aux genoux De l'Europe coalisée.
Drapeaux au vent, tambours, battez aux champs,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants ,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république!
Républicains , les nations Ont mis en nous leur confiance , Et , royalistes , nous serions Geôliers de la sainte aUiance ; Quand un peuple est prédestiné Pour la défense d'une cause , S'il y manque , il est condamné Et l'humanité le dépose.
Drapeaux au vent, tambours, battez aux champs,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fln de nos chants ,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république !
Par ses rades et par ses ports.
Qui débouchent sur l'Atlantique , La France échange les trésors Et l'idée avec l'Amérique ; Paquebots et chemins de fer.
Passez le vent , coupez la brise :
La république tient la mer, La terre sera bientôt prise.
Drapeaux au vent, tambours, battez aux champs
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants ,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république !
Que font aux éternelles lois De la nature et de l'espace Les vieilles colères des rois !
C'est un dernier boulet qui passe ; Las des sacrifices humains , Pour ne plus échanger des balles , Les peuples vont porter leurs mains Sur les couronnes féodales.
Drapeaux au vent, tambours, battez aux charai .-
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur, à la fin de nos chants,
UE PIERRE DUPONT. ISf
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république !
Les Cosaques et les Pandours,
Ont, comme nous, d'humaines fibres.
Des Romanofs et des Hapsbourgs ,
Un jour ou l'autre ils seront libres;
La république régnera
Sur tous les peuples, et la terre
Dans la paix se reposera
De cinq ou six mille ans de guerre.
Drapeaux au vent , tambours, battez aux champs ,
Et que chaque bouche civique Ajoute en chœur à la fin de nos chants ,
Le mot d'ordre patriotique :
Dieu sauve la république !