‹ Muse populaireChapitre 67 sur 157 · A MADAME B · texte numérisé non relu

A MADAME B

N'es-tu que la déesse antique Vivante en un marbre sculpté, Vertu pieuse et domestique Qu'on nomme l'hospitalité ?

Tu m'apparais sous une image Qui parle mieux à mon regard :

C'est en un riant paysage Une hôtesse bonne et sans art.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verroux ; — « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

Sa maison est l'hôtellerie Qui d'enseigne n'a pas besoin ; L'avenue est verte et fleurie , Son parfum l'annonce de loin.

Son escalier de pierre grise Est doux au pas de l'étranger, Qui sent au passage une brise De chèvrefeuille et d'oranger.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse Du logis tirez les verroux.

— « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

Si l'estomac vous sollicite, Entrez ! votre couvert est mis ; La table n'est point si petite Qu'on n'y reçoive ses amis.

Le dressoir chargé de vaisselle Excite un curieux coup d'oeil ; Le vin rit , la nappe étincelle , Il faut céder à cet accueil.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verroux ;

— « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

L'hôtesse à manger vous invite , L'hôte joyeux sert d'échanson , Et souvent le dîner s'acquitte Avec une simple chanson.

Il faut ouïr, au choc des verres , Ces accords sans diapason Où s'épanchent les cœurs sincères A. faire trembler la maison.

Eh ! bonjour madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verroux;

198 CUikSTS ET POÉSIES

— « Sur le seuil laissez la tristesse » Et venez , vous êtes chez vous. »

Voici la clé de la cellule î Un lit de moine vous attend ; Du crépuscule au crépuscule.

On dort, le rossignol chantant.

A l'auhe , un doux bruit vous éveille , Concert de sons et de couleurs :

De pinson , de bouvreuil, d'abeille, Dans le feuillage et dans les fleurs.

Eh! bonjour madame l'hôtesse! Du logis tirez les verroux ;

— « Sur le seuil laissez la tristesse • Et venez , vous êtes chez vous. »

Rien ne vous manque, ni l'eau pure,

Ni la toile fraîche l'été ,

Ni tous les soins qu'on se ligure

En rêvant l'hospitalité.

Oh ! la Providence fidèle

Protégera votre foyer!

On dit que le nid d'hirondelle

Bénit le toit hospitalier.

Adieu donc ! madame l'hôtesse !

Du logis poussez les verroux ; Sur le seuil je vois la tristesse Quand il faut quitter de chez vous.

DR PIERRE DUPOKT. 100

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