‹ Muse populaireChapitre 72 sur 157 · LE COCHON · texte numérisé non relu

LE COCHON

Entrons-nous dans cette chaumière D'où sort la bonne odeur du lard?

La soupe aux choux à sa manière Fait les doux yeux : prenons-y part.

Le pauvre que nourrit sa graisse Du cochon ne parle point mal.

Laissons l'orgueil et la paresse Insulter ce noble animal.

Saint Antoine ouvre tes oreilles , Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

Enfant bâtard de la nature Le cochon fut le sanglier ;

Mais rhomme a remplacé la hure Par ie grouin plus familier.

Il a de sa vieille origine Gardé l'œil vif, le pied fourchu; Au poids du ventre et de l'échiné On reconnaît un roi déchu.

Saint Antoine ouvre tes oreilles , Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

Le cochon n'est pas difficile :

Dans le fumier, dans les égouts , La nourriture la plus vile Ne répugne point à ses goûts.

Mais, en philosophe, il préfère Le gland , le fruit du châtaignier, La pomme de terre et l'eau claire À la fange , à l'eau du bourbier.

Saint Antoine ouvre tes oreilles , Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

Un bon porcher jamais ne laisse Les verrats pourrir sous leurs toits :

En pleine terre il les engraisse Et dans les vieux fournils des bois.

Dans ta grande mare il les baigne , Les frotte avec du romarin î Quand ils sont malades, les saigne, Et leur fait boire un coup de vin.

Saint Antoine ouvre tes oreilles , Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

Le porc flaire la truffe noire Comme un chien d'arrêt la perdrix.

D'aucuns sont vendus à la foire , Les autres salés au logis.

Sur les feux de réjouissance Comme on saute à califourchon Dans nos vieux villages de France , Quand on saigne et brûle un cochon.

Saint Antoine ouvre tes oreilles, Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

C'est toujours aux veilles de fête Qu'on tue un beau périgourdin , 11 est bon des pieds à la tête :

D'abord on mange le boudin.

Si la fête est carillonnée On décroche le vieux jambon ;

DE PIERRE DUrONT. 211

Qui s'enfume à la clieminée ; Le vin blanc le fait trouver bon.

Saint Antoine ouvre tes oreilles, Retrousse un peu ton capuchon :

Nous allons chanter les merveilles Et les qualités du cochon.

Page 1