LE CHIEN DE BERGER
J'aime mon chien , un bon gardien , Qui mange peu, travaille bien.
Plus fin que le garde champêtre; Quand mes moutons je mène paître.
Du loup je ne redoute rien.
DE riERnE DITOUT. 23
Avec mon chien , mon bon gardien.
Finaud, mon chien!
Toujours crotté, sans goût ni grâce.
Finaud n'est pas trop déplaisant.
Il a la queue en cor de chasse.
Les yeux brillants du ver luisant; Ses crocs sont prêts, son poil de chèvre Se dresse dru comme des clous.
Dès qu'il sent la trace du lièvre , Dès qu'il sent la trace des loups.
J'aime mon chien, un bon gardien, Qui mange peu, travaille bien.
Plus fin que le garde champêtre ; Quand mes moutons je mène paître, Du loup je ne redoute rien, Avec mon chien, mon bon gardien, Finaud , mon chien !
Il entend la brebis qui bêle.
Au loin il court la rallier;
Il joue avec la blanche agnèle.
Il lutte avec le vieux bélier;
Quand je siffle ou quand je fais signe
Il se donne du mouvement.
Comme un sergent qui range en ligne
Les conscrits de son régiment.
J'aime mon chien, un bon gardien.
21 CnANTS ET POESIES
Qui mange peu, travaille bien, Plus fin que le garde champêtre; Quand mes moutons je mène paître, Du loup je ne redoute rien.
Avec mon chien, mon bon gardien.
Finaud, mon chien î
Depuis dix ans à mon service.
Finaud est bon, il est très-bon; Je ne lui connais pas de vice.
Il ne prend ni lard ni jambon; Il ne touche pas au fromage.
Non plus qu'au lait de mes brebi?; Il ne dépense à mon ménage Que de l'eau claire et du pain bis.
J'aime mon chien, un bon gardien.
Qui mange peu, travaille bien.
Plus fin que le garde champêtre; Quand mes moutons je mène paître^ Du loup je ne redoute rien , Avec mon chien, mon bon gardien.
Finaud, mon chien!
Un jour près d'une fondrière, Jeanne, en conduisant son troupeau.
Dégringola ùans la rivière -, Finaud la repêcha dans l'eau Et moi j'aurai la récompense, Jeanne me prend pour épouseur*
DE PIEP.nE DLPOîlT. M
C'est tout de même vrai, j'y pense, Que les chiens n'ont pas de bonheur !
J'aime mon chien , un bon i;ardien.
Qui mange peu , travaille bien , Plus On que le garde champêtre ; Quand mes moutons je mène paître , Du loup je ne redoute rien , Avec mon chien, mon bon gardien.
Finaud, mon chien!
BELZÉBUTFT.
Un pèlerin de vingt ans, beau, mais triste. Le front baissé , le bâton à la main , Marchait dans l'or, la pourpre et l'améthyste; Dont le couchant inondait le chemin ; Il méditait sur l'humaine souffrance Dont son cœur jeune avait connu le poids, Et de sa plainte ou de son espérance, L'écho lassé murmurait dans le bois :
Le monde subit la torture D'un pouvoir infernal :
Le Bien est l'esclave du Mal.
Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature De la montagne au fond du val.
Sur un cheval aux prunelles sanglantes, Noir et brillant d'écarlate et d'or pur, Un homme passe, aux mains étincelantea.
Au manteau sombre, au regard fauve et sûr; Comme un torrent se creuse une ravine, Un grand chagrin a sillonné son front : «Allons, dit-il au piéton qui chemine, » Viens avec moi, monte en croupe et sois prompt. ■»
Le monde subit la torture D'un pouvoir infernal :
Le Bien est l'esclave du Mal.
Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature
De la montagne au fond du val.
Le beau rêveur enfourche la monture ,
A demi mort , sans parler, sans rien voir.
Et les voilà partis à l'aventure.
L'éperon d'or déchirant le flanc noir.
En un clin d'œil,d'Qn seul bond, d'une haleinp.
Ils sont tous trois sur un sommet altier
Auprès de qui la terre est une plaine ;
Il y verdoie en tout temps un pommier.
Le monde subit la torture D'un pouvoir infernal :
DE PIKRRH l)li|>0.>iT. Tl
Le Bien est l'esclave du Mal. Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature
De la montagne au fond du val.
« Mange du fruit, » dit l'homme au front superbe. En attachant son cheval aux rameaux; «Il est vermeil, mais n'est-il point acerbe? nC'est d'un pommier que viennent tous nos maux.» Le cavalier siffla dans ses dents blanches, Et d'un long rire effraya la hauteur; Un vieux serpent fit sonner dans les branches Sa froide écaille, et l'enfant eut grand'peur.
Le monde subit la torture D'un pouvoir infernal :
Le Bien est l'esclave du Mal.
Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature
De la montagne au fond du val.
« As-tu donc peur, dit une voix terrible,
» De Belzébuth, de l'ange foudroyé,
8 Du vieux pommier, du Serpent de la Bible ?
»> C'est d'un enfant d'en paraître effrayé.
» Pour posséder ici-bas la puissance,
• Pour être un homme, il faut avoir touché
0 Au fruit amer de l'arbre de science ;
» Depuis Adam l'on y mord sans péché. »
Le monde subit la torture
ClHAirrS ET POESIES
D'un pouvoir infernal :
Le Bien est l'esclave du Mal.
Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature
De la montagne au fond du val.
« Vois à tes pieds que chaque orgueil s'isole, » Leur petit globe est tout bariolé ; » Chacun vit clos dans sa triste alvéole , » Comptant son or et les grains de son blé. » Veux- tu leur sang et la fleur de leur race? » Fais avec moi qu'ils restent divisés. * Tous les plaisirs te suivront à la trace ; » Prends un tronçon des vieux sceptres brisés.
Le monde subit la torture D'un pouvoir infernal :
Le Bien est l'esclave du Mal.
Et cependant la clémente nature Parle d'amour à toute créature
De la montagne au fond du val.
« Je ne crois pas que vous teniez le monde , i Reprit l'enfant d'un son de voix fort doux ; Et de sa main. traçant la mappemonde, 11 écrivit sur le pôle : « Aimez-vous ! » Le cheval noir devint un blanc squelette , Le vieux pommier croula sous un éclair ; De Belzébuth la grande silhouette En long serpent s'évanouit dans l'air.
DE PlUnilK DUPONT. 29
Le inonde échappe à la torture Du pouvoir infernal :
Le Bien a terrassé le Mal ; Et de son sein la clémente nature Ëpand l'amour sur toute créature
De la montagne au fond du val.