NOUVELLE-HOLLANDE
M. Wbite.
Nouvelle -Galles du Sud.
Le docteur John White a résidé pendant sept années dans la Nouvelle-Galles du Sud, vaste pays qui occupe îa partie orientale de la Nouvelle-Hollande.
Le 20 janvier 1788, le docteur White abordait à Botany- Bay. C’était à l’époque où le gouvernement anglais avait résolu de former une colonie à la Nouvelle-Galles du Sud pour y transporter ses condamnés à la déportation, ne pouvant plus les envoyer dans l’Amérique septentrionale. Le capitaine Philips, nommé gouverneur de la colonie, commandait l’expédition qui allait fonder cet établissement, et le docteur
White y arrivait en qualité de chirurgien en chef. Ce dernier a visité le port Jackson, Sydney, Broken-Bay, etc.
Les plantes du docteur White avaient été partagées entre le docteur J.-E. Smith et M. Lambert. Ce sont ces dernières qui se trouvent maintenant en la possession de M. Dclessert
il. Ijesclieisaiïlt de la Tour
Expédition du capitaine Baudin.
M. Leschenault de la Tour faisait partie, comme naturaliste, de l’expédition du capitaine Baudin, ordonnée en l’an vm, et chargée de faire des recherches de géographie et d’histoire naturelle à la Nouvelle-Hollande, et dans les pays voisins. Un astronome, un géographe, des zoologistes, des minéralogistes avaient été choisis pour concourir aux travaux de l’expédition ; trois jardiniers, MM. Biedlé, Sautier et Guichenot étaient adjoints à M. Leschenault.
L’expédition se trouvait en l’an x réunie au port Jackson. On explora la côte méridionale de la Nouvelle-Hollande et quelques îles adjacentes ainsi qu’une portion des côtes occidentales. L’état de santé de M. Leschenault le força à s’arrêter, en 1805, à Timor, d’où il se rendit à Batavia, et de là à Samarang. 11 visita ensuite les autres parties de l’île de Java, s’embarqua pour Philadelphie en 1806, et revint en France l’année suivante. 11 a envoyé près de \ ,500 espèces de plantes, recueillies principalement à la côte sud est de la Nouvelle- Hollande, et dans ses diverses relâches aux terres de Nuyts, de Leeuwin, d’Endracht et d’Édels.
Les jardiniers Riedlé, Sautier et Guichenot ont envoyé au Muséum d’histoire naturelle de Paris des graines provenant tant des Canaries, de l’île de France, de Timor, que des côtes de la Nouvelle-Hollande et du cap de Bonne-Espérance. Ils ont également envoyé des collections nombreuses et soignées
de plantes vivantes et sèches, de fruits et d’échantillons de bois.
Des plantes de Riedlé se trouvaient déjà dans l’herbier de M Delessert lorsqu’en 4 855 le Muséum d’histoire naturelle de Paris en augmenta le nombre par l’envoi qu’il fit à M. Delessert de plantes de l’île de Timor, recueillies par le même M. Riedlé et par Guichenot, et que M. Decaisne a décrites séparément dans les Nouvelles Annales du Muséum .
C’est pendant son séjour à Java que M. Leschenault fit des recherches sur le poison fameux, connu sous le nom d ’ t/pas, dont se servent les Indiens de l’archipel des Moluques et des îles de la Sonde pour empoisonner leurs flèches, et sur lequel on a fait les récits les plus incroyables et les plus exagérés. On condamnait, a-t-on dit, les criminels à aller recueillir le poison de l’arbre même qui le produit, et qui porte le nom de Bohon-Upas (arbre à poison), autour duquel nul être vivant ne pouvait exister. Les animaux qui s’en approchaient périssaient immanquablement. Ceux des condamnés qui résistaient à cette influence délétère, et rapportaient le poison, obtenaient leur grâce. M. Leschenault, qui traite le fait de fable ridicule, a donné quelques détails sur YUpas, et sur la manière de le préparer, ainsi que la description des deux arbres qui le fournissent. Si l’histoire que nous venons de rappeler n’est pas réelle, l’activité du poison ne l’est que trop lorsqu’il est introduit dans le système circulatoire Quant aux effets terribles des émanations du Bohon-Upas , peut-être faut-il en attribuer la croyance à un fait qui aura été dénaturé ; il paraît qu’il existe à Java une vallée extraordinaire, appelée Vallée de la mort , dans laquelle nul être vivant ne peut aborder impunément, ce qui semble être dû, non pas aux arbres qui recouvrent les flancs de la vallée, mais à des émanations d’un air méphitique dont on ne connaît pas la composition. Un extrait du journal de voyage de M. A. Loudon, inséré dans Y Edinbur g h new philosophical journal , octobre - décembre 1831, et traduit en partie dans les Archives de botanique ,
donne à ce sujet quelques détails curieux que nous croyons devoir reproduire ici.
« Balor, 5 juillet \ 850. Ce soir, tandis que nous faisions un tour de promenade dans le village avec le Patteh (chef javanais), il me dit qu’il existait une vallée, à trois milles seule* ment de Balor, où l’on ne pouvait pénétrer qu’au risque de la vie, ét dont le fond était couvert de squelettes d’êtres humains et de toutes sortes de bêtes. J’en ai fait part au commandant, M. Van Spreewenberg, et je lui ai proposé d’aller voir cette vallée ; M Daendels, résident, doit se joindre à nous. Je n’ajoute aucune foi à tout ce que m’a dit le chef javanais. Je savais qu’il existe non loin de là un lac dont il est dangereux de s’approcher de trop près, mais je n’avais jamais entendu parler de la Vallée de la Mort »
a Balor, A juillet. Ce matin, de très-bonne heure, nous avons fait une excursion à la vallée extraordinaire, appelée par les naturels Guwo-üprts, ce qui signifie Vallée empoisonnée. Elle est à trois milles de Balor, sur la route de Djiang. Nous avions pris avec nous deux chiens et quelques poules pour servir aux expériences que nous devions tenter dans le ravin empoisonné. Arrivés à peu de distance de la vallée, nous avons senti une odeur très-nauséeuse et suffocante, qui cessa lorsque nous fûmes parvenus au bord même de la vallée. Là, une scène imposante se présenta devant nous et nous frappa de stupeur. Cette vallée, de forme ovale, paraît avoir un demi-mille de circonférence, et une profondeur de trente à trente cinq pieds. Le fond est tout à fait plat, sans aucune végétation, et ressemble au lit pierreux d’une rivière; il est entièrement couvert de squelettes d’hommes, de tigres, de cochons, de daims, de paons et de toutes sortes d’oiseaux. Aucune vapeur visible ne s’élevait du sol, qui paraissait être composé d’une substance dure, sablonneuse. Les flancs de la vallée étaient couverts d'arbres et d’arbrisseaux. L’un de nous proposa d’entrer dans la vallée; mais cette tentative eût été très dangereuse, car le moindre faux pas eût suffi
pour nous perdre, sans espoir d’aucun secours. Nous avons allumé nos cigares, et, nous appuyant sur des bambous, nous sommes descendus à environ dix-huit pieds du fond. Nous n’y ayons pas éprouvé de difficulté pour respirer, mais une odeur nauséuse nous causa de l’incomroodité. Ayant attaché un chien à l’extrémité d’un bambou de dix-huit pieds de long, nous l’avons lancé dans le fond de la vallée. Quatorze secondes s’étaient à peine écoulées, que cet animal se renversa sur le dos et ne put mouvoir ses membres, mais il continua à respirer encore pendant dix-huit minutes. Un autre chien fut jeté dans la vallée, mais non attaché au bambou ; il tourna autour de l’autre, qui était étendu sur le sol, puis resta immobile, et, après dix secondes, s’abattit et ne remua plus ses membres; sa respiration cessa au bout de sept minutes. De deux poules que nous y avions lâchées, l’une ne vécut qu’une minute et demie, l’autre était morte avant même de toucher le sol. Durant ces expériences, il tomba de la pluie, mais nous avions sous les yeux un spectacle trop intéressant pour penser à nous préserver de l’humidité. Sur le côté opposé, et le long d’une grande pierre, gisait un squelette d’homme qui avait péri sur le dos, le bras droit passé dessous sa tête, et dont les os étaient devenus, par l’effet des agents extérieurs, blancs comme de l’ivoire. Malgré notre désir de nous procurer ce squelette, c’eût été folie de faire la moindre tentative pour aller le prendre. Après être restés deux heures dans la Vallée de la Mort, nous voulûmes en sortir ; ce ne fut pas sans difficulté, car, par l’effet de la pluie qui venait de tomber, les flancs de la vallée étaient devenus si glissants, qu’il fallut recourir à l’assistance de deux Javanais qui nous accompagnaient, pour nous empêcher de rouler dans le précipice pestilentiel. On suppose que les squelettes humains sont ceux de quelques révoltés, qui, chassés de la grande route, s’étaient réfugiés dans les vallées voisines, et qu’ils avaient abordé celle-ci sans connaître ses dangers.
« 11 y a une grande différence entre cette vallée et la Grotte
du Chien ( Groiladel Cane), près de Naples; car, dans ce dernier lieu, l’air méphitique est resserré dans un petit espace,
au lieu que la vallée mortelle de Java a plus d’un demi-mille
de circonférence. On n’y ressent aucune odeur sulfureuse, ni rien qui atteste une apparence d’éruption, quoique je sois persuadé que toute la chaîne de montagnes est volcanique, et qu’il y a deux cratères qui fument constamment, à peu de distance de la route, au pied du Djienz. »
Le docteur Horsfield, qui a étudié et décrit la constitution minérale des différentes montagnes de Java, rapporte qu’il a entendu parler de cette vallée, mais qu’il n’a jamais pu obtenir des naturels qu’ils lui lissent connaître le lieu où elle était située. Il est à remarquer que M. Leschenault n’en fait aucune mention dans le mémoire qu’il a publié sur les plantes vénéneuses de Java.