Robert Brown
Expédition du capitaine Flinders.
A la même époque (d 802- 1 805) où M. Leschenault de la Tour visitait les côtes de la Nouvelle-Hollande, M. Robert Brown explorait un point particulier de la même contrée. Ce botaniste, devenu si célèbre, faisait alors partie de l’expédition du capitaine Flinders aux terres australes, à bord de V Investie) ator , expédition qui devait compléter la reconnaissance des côtes de la Nouvelle- Hollande. C’est à son retour en Europe que M. Robert Brown s’occupa de la publication de son prodrome de la flore de la Nouvelle-Hollande, dont le premier volume seul a paru.
La partie de la Nouvelle-Hollande examinée en premier lieu pendant le voyage du capitaine Flinders et de M. Robert Brown fut la côte méridionale et plusieurs îles adjacentes. Ils explorèrent cette côte de l’ouest à l’est, restant d’abord trois semaines à King-George Sound, dans une saison favorable
aux recherches botaniques, et quelques jours seulement à Lucky-Bay et à Goose-Island-Bay.
Arrivés à la Nouvelle-Galles du Sud, et après avoir quitté le port Jackson, ils se rendirent à Sandy-Cape, et visitèrent particulièrement le port Curtis, Keppel-Bay, Port-Bowen, Strong- Tide-Passage, Shoal-Water-Bay et Broad-Sound, qu’ils explorèrent complètement. Ils débarquèrent aussi sur deux des îles Northumberland et sur une des Cumberland.
Sur la côte nord, ils débarquèrent encore à Good’s-Tsland, une des îles du Prince-de-Galles, dans le détroit de Torres, et sur quelques points du golfe Carpentarie, et firent quelques excursions dans plusieurs des îles du groupe appelé Company’s-lsland, sur les rives de Melville-Bay, de Caledon-Bay et sur une portion d’Àrnheim Bay .
De retour au port Jackson, le capitaine Flinders fut obligé de repartir pour l’Angleterre, afin d’obtenir un autre bâtiment, celui qu’il montait se trouvant hors d’état, par sa vétusté, de continuer à remplir le but de l’expédition. C’était à la fin de l’année 1805, 11 fut convenu que M. Robert Brown resterait dans la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud avec M. Ferdinand Bauer jusqu’au retour du capitaine Flinders, ou, si ce retour n’avait pas lieu, pendant 18 mois au plus. Ferdinand Bauer avait été choisi comme peintre d’histoire naturelle de l’expédition. Ce célèbre artiste est bien connu par ses travaux. En 1786, il avait accompagné le docteur Sibthorp dans son premier voyage en Grèce, et les nombreux dessins qu’il a faits pendant ce voyage ont servi à la publication de la Flora Grwca , dont nous aurons occasion de parler plus tard. L’activité de Ferdin nd Bauer ne s’est pas démentie pendant l’expédition qui nous occupe. A son retour en Europe, il rapportait avec lui non moins de 1,(>00 dessins de plantes, outre de nombreux dessins d’animaux.
M. Robert Brown mit à profit son séjour momentané à la Nouvelle-Galles du Sud; il augmenta ses collections de plantes de tout ce qu’il put récolter dans la colonie du port
Jackson et dans les établissements qui en dépendent. II parcourut les bords des principales rivières et quelques parties des montagnes qui bordent la colonie ; il visita également les extrémités septentrionale et méridionale de la Terre de Van- Diémen, et resta plusieurs mois dans le voisinage de la rivière Derwent.
Le bâtiment sur lequel s’était embarqué le capitaine Flinders fit naufrage sur les rescifs entre la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Calédonie. Le capitaine retourna au port Jackson sur un canot, et en repartit avec une corvette et un très-petit bâtiment pour aller au secours de ses compagnons d’infortune restés sur le banc du naufrage. Ceux-ci furent pris à bord de la corvette, et le capitaine monta le petit navire pour se rendre en Angleterre ; mais ce bâtiment était, par sa dimension, hors d’état de faire un trajet aussi long. Le capitaine Flinders fut donc forcé de chercher un point de relâche, et, dans l'ign rance où il était de la guerre qui avait lieu entre la France et l’Angleterre, il aborda à Fîle de France. Les passe-ports que lui avait accordés le gouvernement français pour faire respecter son vaisseau, même dans le cas d’hostilités, donnaient le signalement du premier navire qu’il commandait, et non de celui sur lequel il se trouvait alors ; il fut soupçonné d’espionnage et retenu pendant six années comme prisonnier de guerre. 11 était de retour en Angleterre en 1810. Il est mort le 19 juillet 1814, le jour même où se publiait la relation de son voyage.
Le temps que M. Robert Brown avait limité pour son séjourdans la Nouvelle Galles du Sud était expiré ; il saisit une occasion qui se présentait de revenir dans son pays. On renvoyait en Angleterre les restes de ÏJnvestigaior, mis hors de service deux ans auparavant. MM. Robert Brown et Bauer, seuls de toutes les personnes qui avaient fait partie de l’expédition, s’embarquèrent sur ce bâtiment à moitié détruit, et dont on avait même retranché le pont supérieur. M. Robert Brown arriva en octobre 1805 avec la plus grande partie de
ses collections. Malheureusement, plusieurs des meilleurs échantillons, provenant de la côte méridionale, et toutes les plantes vivantes recueillies dans le voyage, se perdirent dans le naufrage du bâtiment qui ramenait le capitaine Flinders en Europe.
Fn 1815, Ferdinand Bauer commença la publication d’un ouvrage intitulé : Illusirationes florœ Novœ-HoUancliœ , qu’il n’étendit pas au delà de trois numéros dont le dernier a été achevé à Vienne, où Bauer était retourné en 1 81 4.
MM. Paterson et €aley.
Aux plantes recueillies par lui-même, M. Robert Brown a ajouté, pour les décrire dans son ouvrage, entre autres plantes qui lui ont été communiquées, celles de M. Paterson et quelques-unes de M. Caley. On les retrouve en partie dans les collections de M. Delessert.
Le lieutenant-colonel William Paterson, ami de M. Robert Brown, et le même auquel ce savant a dédié le genre Pctter- Honia , était un botaniste distingué. Lieutenant-gouverneur de ta Nouvelle-Galles du Sud, il a résidé plusieurs années dans cette colonie, et a introduit en Angleterre de nombreux végétaux provenant de la Nouvelle-Hollande. II a communiqué aussi à M. Robert Brown diverses espèces qu’il avait découvertes dans la colonie du port Dalrymple, dont il fut également le gouverneur.
M. Georges Caley avait été envoyé par sir Joseph Banks, vers l’année 1800, à la Nouvelle Galles. 11 devait y recueillir des échantillons de plantes pour sir Joseph Banks, et des graines pour le Jardin de Kew, et il était autorisé à faire des collections pour son propre compte. Pendant dix années, la libéralité de son noble patron le soutint dans ce pays. 11 y réunit, dans cet espace de temps, des collections qu’il recueillit principalement à Paramatta, où il résidait, et dans les montagnes de la colonie du port Jackson. Il n’a négligé
aucune branche de l'histoire naturelle. Ses collections de zoologie ont été achetées en 1818 par la société -linnéenne de Londres et figurent parmi les plus remarquables qui existent dans le Muséum de cette société.
M. Caley se trouvait à la Nouvelle-Galles du Sud à l’époque du voyage de MM. Robert Brown et Bauer. M. Robert Brown faisait un très grand cas.de M. Caley. B lui a dédié un genre d’orchidées, sous le nom de Caleana , qu’il a changé plus tard en celui de Caleya. Outre ses plantes de la Nouvelle- Hollande, M. Delessert possède un herbier de l’f le de Saint- Vincent, dans les Antilles anglaises, provenant également de M. Caley. En 1815, quelques années après son retour de la Nouvelle-Hollande, ce botaniste succéda à M. Lockhead, directeur du jardin botanique de Saint-Vincent. 11 résida dans cette ville environ onze années.
M. Caley est mort en Angleterre en 1829.
Mil. les gouverneur et capitaine Kfing.
D’autres collections choisies de plantes de la Nouvelle-Hollande, et qui ont fait partie des herbiers de M. Lambert, proviennent du capitaine Philip Gidley King, ancien gouverneur de la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud, et de son fils le capitaine Philip Parker King, savant naturaliste qui fut employé par le gouvernement anglais au voyage d’exploration de la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande.
En 1817, le capitaine Parker King fut envoyé dans la Nouvelle-Galles pour reconnaître toute la porlion des côtes qui n’avait pas encore été parcourue, c’est-à-dire à partir delà baie d’Arnheiiu à l’occident du golfe de Carpen tarie jusqu’au cap nord-ouest, en y comprenant les baies de la Terre de Van- Diémen et le groupe d’îles connu sous le nom d’îles des Romarins. Le capitaine King s’embarque au port Jackson le 22 décembre, sur le cutter la Mermaul , où se trouvait, en qualité de naturaliste, M Allan Cunningham. L’expédition
entre dans le détroit de Bass le 51, et le 21 janvier 1818 jette l’ancre dans le port du Roi -George. Allan Cunningham recueille des plantes principalement à l’île Malus, une des îles de l’archipel de Dampier, dans les îles Goulburn, à Goupang dans l’île de Timor. 11 évaluait à 500 espèces le nombre des plantes trouvées sur les côtes de l’Australie pendant le voyage. Le capitaine King entreprit ensuite une reconnaissance à Macquarie-Harbour (Port- Macquarie J sur la côte ouest de la Terre de Van-Diéinen, ce qui permit à Cunningham de visiter cette partie de l’Australie, ils arrivèrent à Hobart- Town le 2 janvier 18 H, et retournèrent à Sydhey le J 4 février. Dans le mois de mai, on se disposa à faire un second voyage aux côtes nord et nord-ouest, partant du port Jackson. Des plantes furent recueillies pendant cette excursion à Port-Macquarie, à la baie de Rodd, à Cîeveland-Bay, à Palm- Island dans la baie -d’Halifax, à Endeavour-River, qui probablement n’avait pas été visitée depuis le départ du capitaine Cook en 177 0, et où avaient herborisé à cette époque sir Joseph Banks et le docteur Solander. Le voyage se termine à l’île de Vernon dans le détroit de Clarence ; l’expédition y arrivait le 27 juillet. Le 1 6 octobre, on se rend de nouveau à l’île de Timor. Un troisième voyage commencé le 15 juin 1820 mène l’expédition à Port-Bowen, à Endeavour-River, à l’île Lizard, au cap Flinders, etc.
La Mermaid , ne pouvant plus tenir la mer, fut remplacée par un autre navire qui prit le nom de Batliurst , et partit du port Jackson le 26 mai 182t pour un quatrième voyage. Une des îles Percy, le cap Grafton, l’île Clark, Prince-Regent’s- River, etc., furent examinés sous le rapport botanique, ainsi que Port-Louis à l’île de France, où l’on se rendit pour faire quelques réparations au bâtiment. Le Bathursi mit à la voile de Port-Louis le 1 5 novembre, et arriva le 25 décembre au port du Roi-George. Le 8 janvier 1822, on se rend à Bathurst-Jsland, à l’île de Dirk Hartog, et on arrive à Sidney le 25 avril.
M. Robert Brown a créé le genre Kingia en vue de son
ami le capitaine King, qui, pendant ce voyage, a formé des collections importantes d’histoire naturelle et prêté assistance par tous les moyens en son pouvoir à l’infatigable botaniste qui l’accompagnait, M. Allan Cunningham.
Par la création du genre Kingia , M. Robert Brown a voulu également honorer la mémoire du gouverneur King par l’entremise et l’amitié duquel il vit ses recherches facilitées pendant son séjour dans la Nouvelle-Galles du Sud.