‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 199 sur 257 · PÉROU ET CHILI · texte numérisé non relu

PÉROU ET CHILI

Feuillée.— Le père Feuillée, religieux de l’ordre des minimes, fut chargé, en 4708, par Louis XIV, de se rendre dans l’Amérique méridionale, afin d’y faire toutes les observations nécessaires pour la perfection des sciences et des arts, l’exactitude de la géographie, etc. Le père Feuillée s’était proposé d’utiliser ce voyage dans l’intérêt de la botanique et de la zoologie, et il avait formé le projet de dessiner les plantes les plus curieuses et les arbres dont les fruits ne seraient pas connus en Europe, d’en décrire l’histoire et de tâcher, par le moyen des Indiens, d’en découvrir l’usage et les propriétés ; il voulait dessiner aussi les animaux qu’il trouverait, et les représenter dans leurs couleurs naturelles. 11 fit ses recherches et ses observations pendant les années 4 708-4 714 , visitant Buenos-Ayres, Montevideo, la Conception, Valparaiso, ainsi que Lima, Coquimbo, Cobija, Arica.

Antérieurement à cette expédition, le père Feuillée avait entrepris, en 4 700, un voyage dans le Levant. De 4 705 à 4 706 il s’était rendu dans les Antilles, à la Martinique, à Saint- Domingue et Saint-Thomas, et avait visité sur les côtes de la Nouvelle-Espagne, Porto-Bello et Carthagène.

A. -F. Frézier. — Amédée-François Frézier s’embarque à Saint-Malo le 25 novembre 4 74 4 pour se rendre au Chili et au Pérou. 11 visite dans le Chili Valparaiso, Santiago et Coquimbo , et remonte la côte du Pérou jusqu’à Lima, s’arrêtant à Cobija, port de la ville d’Atacama, à Arica, à Pisco, à Callao, d’où il s’embarque le 9 octobre 4 74 5 pour la Conception, passe trois mois dans cette ville, retourne en France et débarque au port de Marseille le 47 août 4 714.

Joseph de Jussieu. — En 4 755 Joseph de Jussieu fut choisi comme botaniste pour accompagner les astronomes de l’Aca

demie des sciences envoyés au Pérou pour mesurer sous i equateur un degré du méridien. Il avait mission d’étudier i’histoire naturelle des pays qu’il devait parcourir, et de faire parvenir au Jardin des plantes de Paris tout ce qu’il pourrait recueillir en graines et autres objets utiles ou curieux. Deux mathématiciens espagnols, don Georges Juan et don Antoine de Ulloa, avaient été désignés par leur gouvernement pour suivre les académiciens de Paris et les assister dans leurs observations. Les deux savants espagnols reçurent l’ordre de s’embarquer sur deux vaisseaux de guerre qu’on armait à Cadix pour transporter le vice-roi du Pérou à Carthagène et de là à Porto-Bello. A peu près dans le même temps les académiciens français devaient partir à bord d’un bâtiment de leur nation, et, prenant leur route par Saint-Domingue, venir joindre les Espagnols à Carthagène pour continuer le voyage tous ensemble. Le 9 juillet 1755 ceux-ci débarquent à Carthagène (ils étaient partis de Cadix le 26 mai); et vers le milieu de novembre arriva la commission française dont faisaient partie, entre autres, avec Joseph de Jussieu, les académiciens Godin, Bouguer et de la Condamine. Joseph de Jussieu avait, dans sa route, touché à la Martinique et à Saint-Domingue, d’où partirent ses premiers envois pour le Jardin des Plantes.

L’expédition s’embarque le 25 novembre à Carthagène pour se rendre à Quito par Porto-Bello, Panama et Guayaquil. Elle arrive à Quito le 29 mai 1756. Bouguer et de la Condamine, qui étaient restés à Guayaquil pour y faire quelques observations, rejoignirent leurs compagnons à Quito dans les premiers jours de juin.

Pendant le temps employé aux travaux astronomiques auxquels concourut d’ailleurs Joseph de Jussieu en mathématicien éclairé, il s’occupa de botanique activement; il se rendit à Loxa, observa les différentes espèces d’arbres qui donnent le quinquina, les caractères qui distinguent chaque espèce, le degré de vertu de chacune; il apprit aux habitants mêmes

du pays à employer cette écorce avec méthode, à en reconnaître les différentes espèces , à en tirer la matière extractive, etc.

Après sept années de travaux pénibles, les astronomes se disposaient à retourner en Europe, mais Joseph de Jussieu ne put se résoudre à quitter le Pérou sans visiter les parties inconnues de ce pays qui lui offraient l’espoir de découvertes et d’observations nouvelles. Il ne commença cependant ses voyages qu’en 1747, ayant été retenu par ses fonctions de médecin et par des maladies violentes auxquelles il ne put échapper. Il parcourut plusieurs pays sauvages et inhabités jusqu’à ce qu’il arrivât au pays des Moxos. Tout ce que les provinces éloignées des côtes pouvaient lui offrir d’objets nouveaux avait été l’objet de son attention. 11 se retrouva, en 1750, au Potosi, séjourna pendant cinq années dans cette province et se rendit à Lima, où il arriva vers la fin de décembre 1755. 11 resta dans cette ville jusqu’en 1771, époque où il revint à Paris, après trente-six ans d’absence.

De la Condamine. — De la Condamine faisait, comme nous venons de le voir, partie de l’expédition dans laquelle figurait Joseph de Jussieu. Après avoir terminé ses travaux académiques sur les montagnes de Quito, de la Condamine se trouvait, vers la fin de mars 1745, à Tarqui, près de Cuenca au Pérou. 11 en part le 1 1 mai, s’arrête dans les montagnes de Loxa pour y recueillir des plants de quinquina, et se rend à Jaen. De là il atteint le Maranham (l’Amazone), s’embarque dans un petit canot et se dirige vers San-Francisco de Borja. Ayant toujours suivi le cours du fleuve, et s’étant arrêté à Pauxis et à Curupa, de la Condamine arrive à la ville de Para le 19 septembre, et à Cayenne le 26 février 1744. Un an plus tard il était de retour en Europe.

Juan et UUoa. — De 1740 à 1746, don Georges Juan et don Antoine de Ulloa, que nous avons nommés plus haut, se rendent à Lima, et reviennent à Quito, font un autre voyage à Guayaquil, et de Lima où ils se rendent de nouveau, ils par

tent pour 111e de Juan-Fernandez et la côte du Chili, ou ils visitent la Conception et Yalparaiso. Ils font enfin un troisième voyage à Lima, pour passer de là en Espagne par le cap Horn.

Voyageurs divers . — La résidence au Chili de M. Al. Cruckshanks et ses excursions étendues, d’abord à Mendoza, dans le Buenos-Ayres et ensuite à Lima et à Pasco dans le Pérou, ont produit des résultats favorables à la science.— -Le major O'Brien a voyagé dans le Haut-Pérou comme naturaliste. 11 s y était rendu vers la fin de 1855. — Le naturaliste Tschudy, aidé par le roi de Prusse et d’autres souscripteurs, et envoyé à Lima pour faire des excursions dans les Cordillères du Pérou et les pays voisins, a transmis en \ 840 au Muséum de Neuchâtel les objets qu’il avait recueillis jusqu’alors. 11 se trouvait encore à cette époque dans les montagnes du Pérou.

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