DISPOSITION ET CLASSIFICATION DE L HERBIER
Une collection de plantes qui remonte à une époque éloignée, qui reçoit de toutes parts des augmentations, et à laquelle sont venus principalement se réunir d'anciens herbiers disposés de diverses manières, ne saurait avoir dans toutes ses parties cet aspect uniforme qu’il est facile de donner à une collection naissante. L’herbier de M. Delessert présente donc des anomalies inévitables, soit dans la nature et la teinte du papier qui renferme les plantes, soit dans la préparation des plantes mêmes; mais, sans nul inconvénient pour l’étude, ces anomalies ont l’avantage de conserver à certains échantillons le caractère particulier qu’ils tirent de leur origine, et d’offrir, pour d’autres, cet intérêt qui s’attache, d’ordinaire, aux objets qui ont appartenu à d’anciens et illustres savants.
On a adopté pour les plantes de l’herbier de M. Delessert, à mesure qu’elles arrivent, un mode d’arrangement suivi avec une uniformité constante depuis plusieurs années. Chaque échantillon se trouve placé dans une feuille double de papier gris-blanc, un peu fort, lisse et collé, et du format
in-folio. Les plus anciennes plantes ne sont fixées par aucun Sien, les autres, c’est-à-dire celles introduites récemment dans l’herbier, sont retenues sur une feuille simple de papier blanc au moyen de bandelettes étroites attachées avec de petites épingles, et cette feuille est placée elle-même dans une feuille double. Le système d’épinglage est bien préférable à celui employé autrefois par quelques personnes qui collaient la plante tout entière ou qui la cousaient par ses bords sur la feuille de papier même. Ces deux procédés ont l’inconvénient de fixer invariablement la plante sur le papier ou de ne la laisser voir que d’un seul côté, ce qui n’arrive pas dans l’épinglage qui permet pour les besoins de l’étude de détacher l’échantillon et de l’examiner sous toutes ses faces.
Chaque échantillon est accompagné dans l’herbier d’une ou de plusieurs étiquettes indiquant, autant que possible, le nom de la plante et quelques-uns de ses synonymes, sa patrie, le nom du voyageur qui l’a recueillie, l’époque où elle a été reçue et donnant en outre quelquefois les notes ou rectifications des botanistes qui l’ont particulièrement étudiée.
On a pris pour base de la classification adoptée pour toutes les plantes de l’herbier la méthode linnéenne, telle qu’elle a été disposée par Sprengel dans son Sysiemn vegetdbiliiim , dont l’ordre a été suivi avec la plus grande exactitude : les numéros des genres et ceux des espèces mentionnés dans cet ouvrage sont ceux donnés aux genres et aux espèces de la collection de M. Delessert, de manière que la table de l’ouvrage de Sprengel sert de catalogue à l’herbier, et comme ces numéros d’ordre sont eux-mêmes répétés sur chacune des feuilles qui enveloppent les plantes, on arrive très-promptement et avec une grande facilité à trouver le genre et même l’espèce dont on a besoin. Un catalogue manuscrit, séparé et tenu au courant, renvoie aux genres qui ne se trouvent pas dans le Systemn de Sprengel, soit qu’ils y aient été omis, soit qu’ils aient été créés depuis la publication de ce livre dont le dernier
Ai)
volume a paru en 1828. Ces genres supplémentaires rapprochés, au moyen de numéros bis , ter, etc., de ceux avec lesquels ils ont le plus d'affinité, peuvent donc s’augmenter indéfiniment sans que leur recherche en devienne jamais plus embarrassante r
Les plantes sont renfermées dans des caisses légères en bois blanc de la longueur et de la largeur du papier qui sert d’enveloppe aux échantillons. Une petite portion de l'herbier, non renfermée dans des boîtes, se trouve réunie en paquets. Ce dernier mode est adopté par quelques personnes, mais peut-être a-t-il l’inconvénient, plus que l’autre, en donnant accès à la poussière, de faciliter l’introduction des insectes dans les plantes.
Une étiquette collée avec soin sur chaque boîte ou attachée à chaque paquet indique extérieurement les numéros des genres qui y sont contenus.
Quoique, lorsqu’il s’agit de chercher un objet, toute classification est bonne qui le fait trouver promptement, il en est cependant de plus ou moins rationnelles. La classification linnéenne est préférable à l’ordre alphabétique qui remplirait pourtant le même but, mais une autre méthode l’emporte •encore sur toutes les autres, c’est la méthode naturelle, c’està-dire celle qui tend à rapprocher, à grouper ensemble les .êtres qui présentent le plus d'analogie entre eux et dont la série ne se trouve point interrompue par des anoîualies trop sensibles. C’est d’après cette méthode qu’eût été disposé l’herbier de M. Deîessert, si, à l’époque où il a été remis en ordre, il avait été possible de prendre pour guide un autre auteur que Sprengeî. Mais il n’y avait pas alors d’ouvrage complet qui décrivît toutes les espèces de plantes connues, classées selon les principes de la méthode naturelle. Le grand travail de M. De Candolle, son Prodromus, était peu avancé, etplu- * sieurs années s’écouleront encore avant qu’il soit achevé.
Les échantillons de l’herbier n’ont été soumis à aucune des préparations que nous avons indiquées plus haut pour ga-
rantir les plantes du ravage des insectes. On s’en est dispensé depuis l’origine, et maintenant le nombre des plantes de la collection est si considérable, que cette opération entraînerait de grands inconvénients, et serait d’ailleurs presque impraticable. Beaucoup d’échantillons, au reste, sont naturellement renouvelés par l’introduction fréquente dans l’herbier de plantes plus récemment recueillies et qui se trouvent, par conséquent, dans un bon état de conservation.
Toutes ces plantes, produits de végétations si diverses, sont réunies, à l’exception de quelques collections particulières que nous indiquerons plus tard, en un vaste herbier général. Autrefois cet herbier était subdivisé en un grand herbier assez considérable et en plusieurs herbiers particuliers et isolés renfermant en quantité plus ou moins nombreuse des plantes propres à certaines localités, telles que seraient celles de l’île Bourbon, de Saint-Domingue, delà Guyane, de la Nouvelle-Hollande, etc. Ces herbiers particuliers peuvent être utiles quelquefois en abrégeant des recherches longues dans un herbier général riche en espèces, mais la difficulté d’en dresser des catalogues complets, l’embarras qu’éprouvent à compulser tant de collections séparées, et les auteurs de monographies qui ont besoin de voir les plantes de tous les pays, et les personnes qui veulent chercher une plante dontia localité est indéterminée ou douteuse, ont fait prendre le parti de réunir à peu près tout en un seul herbier. Des étiquettes jointes à chaque échantillon donnent d’ailleurs toutes les indications possibles, quant à l’origine de la plante et au lieud’ou elle provient. Aussi dans certains cas, les recherches se trouvent-elles singulièrement facilitées.