BOTANIQUE PROPREMENT DITE
Botanique élémentaire.
Peu d’ouvrages anciens contiennent des notions raisonnées sur la botanique. Longtemps cette science ne fut que Fart de distinguer une plante d’une autre, et d’y attacher les vertus médicinales qu’on pouvait lui attribuer. Les modernes ont donné à la botanique un caractère plus élevé quand ils ont voulu étudier l’organisation des plantes, et traiter avec méthode deux points particulièrement négligés par les anciens : i’anatomie et la physiologie végétales. Les livres qui ont en vue de nous enseigner les principes sur lesquels repose l’étude de la botanique acquièrent de l’importance quand on voit les savants les plus distingués dans cette science ne pas dédaigner de tracer aux commençants la route qu’ils doivent suivre. Ainsi Font fait A.-P. De Candolle, dans sa Théorie élémentaire et son Organo graphie, dans sa Théorie surtout, livre écrit depuis 25 ans, qu’on lit encore avec plaisir, et qui restera, alors même qu’il aura été dépassé ; M. Auguste de Saint- Hilaire, dans sa Morphologie, leçons pleines de science et agréablement écrites, où Fauteur nous fait assister à toutes les phases de la métamorphose des plantes, théorie ingénieuse qui désormais est appelée à servir de base à Fensei-
gnement (-1) ; M. Adrien de Jussieu, dans son Cours élémentaire cle Botanique , ou sont rassemblés avec méthode tous les faits acquis à la science, et que distingue un style simple, clair et précis ; M. Achille Richard, dans ses Nouveaux Eléments de Botanique si recherchés par les nombreux élèves qui suivent ses cours à la faculté de médecine de Paris, et nous pourrions citer, à la suite de ces noms, les noms d’autres savants étrangers, tels que MM. Kunth, Link, Lindley, Bischoff, Endlicher, Alph. De Candolle, qui ont, eux aussi, renfermé tous les éléments de la science dans des ouvrages écrits avec une grande précision et une méthode parfaite.
Anatomie et physiologie végétales.
Ceux qui veulent pénétrer plus avant dans la structure intime des végétaux, étudier Faction de leurs organes, connaître les phénomènes de la vie végétale et les lois des transformations ou métamorphoses des plantes, peuvent consulter les savants écrits d’Aubert du Petit-Thouars, de MM* De Candolle, Treviranus, Meyen, Mirbel, Mohl, Unger, Amici, Meneghini, etc., les Mémoires de physiologie de M. Dutrochet, Y Or g ano graphie de M. Gaudichaud, les Recherches anatomiques
(1) Goethe a le premier nettement exposé et développé cette théorie des transformations réciproques de tous les organes des végétaux, transformations par suite desquelles certaines parties du végétal revêtent des formes qui peuvent faire considérer chacune de ces parties comme le produit de la métamorphose de l’autre. Cette idée avait été entrevue bien avant Goethe, mais il était réservé à cet illustre poète de l’éclairer, de l’étendre et de lui donner tonte l’autorité de son génie. M. De Candolle, qui ne connaissait pas l’ouvrage de Goethe, avait désigné dans sa Théorie élémentaire, sous le nom de dégénérescence, le même phénomène que Goethe avait nommé métamorphose.
La Russie réclame l’honneur de cette découverte; elle en attribue la priorité à Gaspard-Frédéric Wolf, de Berlin, membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, qui, en 1759, consacra sa dissertation inaugurale à une théorie sur le développement des plantes. Goethe n’a connu cet ouvrage qu’après la publication de la première édition de sa métamorphose.
et physiologiques sur la Garance et le Mémoire sur le Gui de M. Decaisne ; ces derniers, remarquables par les belles analyses tracées par Fauteur lui-même, qu’on sait être botaniste aussi distingué que dessinateur habile.
D’autres noms pourraient être ajoutés ici et augmenter la liste de ces ouvrages dans lesquels les points les plus importants de la physique végétale sont exposés avec ordre, où se trouvent débattues les questions les plus élevées, où se trouventindiqués les faits les plus concluants.
Phytograplûc générale.
Les livres de botanique élémentaire et de physiologie végétale sont en bien petit nombre, comparés à la masse considérable des ouvrages où les plantes, prises individuellement, sont décrites et figurées. Les noms de Généra et de Species sont donnés quelquefois aux écrits qui ont pour objet d’indiquer les noms et les caractères distinctifs soit de tous les Genres seulement, soit de toutes les Espèces de plantes connues, rangées d’après un système ou un ordre méthodique quelconque. Les autres ouvrages phytographiques qui entrent dans la catégorie qui nous occupe, prennent différents titres, selon la nature du sujet qu’ils traitent, ceux-ci décrivant principalement ou les plantes cultivées dans un jardin botanique, ou un certain nombre d’espèces choisies et étudiées d’une manière plus particulière ; ceux-là, les plantes recueillies dans des voyages scientifiques.
Dans les Généra et les Species , nous remarquerons, indépendamment de ceux de Linné, le Généra d’Antoine-Laurent de Jussieu où il a posé pour la première fois d’une manière fixe les principes de la méthode naturelle, méthode qui, en se généralisant, devait donner un nouvel essor aux sciences d’observation, et à laquelle le nom de Jussieu restera désormais attaché.
En franchissant l’intervalle qui nous sépare de cet ouvrage
de M. de Jussieu pour arriver à une époque plus récente, nous trouvons le beau Généra de M. Endlicher, disposé également selon la méthode naturelle, mais avec les modifications de détails qu’ont dû apporter à cette méthode les découvertes faites depuis la publication du Généra de M. de Jussieu. M. Meisner, de Bâle, a publié un Généra plant arjnn vascula riunij où les caractères des genres sont exposés dans des tableaux synoptiques très étendus.
Quant aux Species , le grand ouvrage entrepris par M. De Candolîe sous le titre de Prodromus , et que sa mort est venue interrompre, est continué par M. Âlp. De Candolîe, son fils*Plusieurs savants botanistes ont bien voulu prêter leur concours pour l’achèvement de cette œuvre immense, travail pénible où s’est usée la vie de M. De Candolîe. M. Kunth a commencé, il y a plusieurs années, une Enumeratio plantarum, mais ce Species est encore bien loin d’étrc achevé. Le Synopsis plantarum de Persoon et le Systema vegetabilium de Sprengel sont encore estimés, malgré l'espace de temps qui s’est écoulé depuis leur publication.
M. Steudel, par son Nornenclalor botanicus , M. Walpers, par son Répertoriant , rendent de grands services aux botanistes, le premier en classant dans un ordre facile les nombreux synonymes qui surchargent la science, le second en rassemblant dans un seul corps d’ouvrage toutes les espèces décrites par différents auteurs depuis l’apparition du Prodromus de M. De Candolîe.
Un grand nombre d’ouvrages descriptifs et iconographiques que l’on trouve dans la bibliothèque de M* Delessert se distinguent par leur importance et par la beauté des planches qui les accompagnent, et peuvent être consultés avec fruit aussi bien par le savant et l’artiste que par l’homme du monde. Ainsi les précieux travaux de Martius et de Pohl nous donnent une idée de la végétation luxuriante du Brésil, et le premier de ces auteurs, en nous transportant au milieu des forêts vierges de cette contrée, reproduit à nos yeux toutes
les magnificences de cette végétation si active, en même temps qu’il nous fait connaître l’organisation si curieuse des palmiers, ces rois jusqu’alors peu connus de l’empire végétal.
Ici c’est Wallich qui décrit et figure les plantes les plus rares de l’Asie ( Plantœ asiaticœ rariores) ; c’est Boyle qui, dans ses Illustrations of the botany of the Himalaijan Moun tains , nous fait connaître l’histoire naturelle de ces prodigieuses montagnes placées comme une barrière entre les possessions anglaises dans l’Inde et le territoire de la Chine; c’est Siebold et Zuccarini ( Flora Japonica), dont les belles planches font apparaître à nos yeux les plantes du Japon, et surtout un des plus beaux arbres de ce pays, le Paulownia imper ialis , destiné chez nous à une grande célébrité comme plante d’ornement.
Là se font encore remarquer, parmi les ouvrages descriptifs et iconographiques, les belles publications de Yentenat et de Humboldt et Bonpland ; la Flore Portugaise , par Hoffmansegg et Link, ouvrage non achevé, mais qui n’en reste pas moins hors de ligne par le soin et le fini apportés à l’exécution des, figures ; les graminées de Host ( Icônes Gramïnum Austriacorum) , la Révision des Graminées de Kunth, les Icônes plantarum rariorum Hungariœ , de Waldstein et Kitaibel, les Nova Généra de Pœppig et Endlicher, etc.
Et maintenant que la famille des orchidées nous fournit en abondance les plantes les plus singulières par leur aspect, par leur forme, par leur organisation, et que ces (leurs, quelquefois si magnifiques et si brillantes, commencent à s’introduire dans les serres et deviennent un objet de culture pour de grands amateurs, il nous faut mentionner le beau choix d’orchidées ( Sertum Orchidaceum ), que M. Lindley a réunies en un volume in-folio, comprenant 49 espèces figurées, et les orchidées du Mexique ( The Orchidaceœ of Mexico and Guatemala), de James Bateman, publié avec le plus grand luxe, et remarquable par la dimension de son format et la splendide exécution des 40 planches qu’il renferme. Ce dernier ou-
vrage, déjà rare, puisqu’il n’a été tiré qu’à 125 exemplaires (ce qui ne fait que quelques exemplaires en plus du nombre de ses premiers souscripteurs), et que les planches ont été détruites après l’impression, ne compte que trois souscripteurs sur le continent ; ce sont MM. de Humboldt à Berlin, Torlonia à Rome, et Benjamin Delessert à Paris.
On remarque encore, dans les livres consacrés à des descriptions de plantes, VHortus Eystettensis , publié en 1615 par Basile Besler, aux frais de Jean Conrad de Gemmingen, évêque d’Eichstædt en Bavière, et contenant Jes figures des plus belles plantes du jardin qu’il avait établi près de son palais et dans lequel il cultivait un grand nombre de plantes rares ; Y Herbarium Amboincnse de Rumphius, VHortus indiens Malabaricus de Van Rheede; Andrews, Boiamst’s Repository ; l’Héritier, Sertum Angücmn; les Icônes de Cavanilles, et celles de Schmidel; les Symbolœ botanicœ de Vahl et de Presl; les Collectanea botanica de M. Lindley, les Alakta botanika et Iconographe a generum plant arum , de M. Endîicher, les Meleleniata botanica de MM. Schott et Endîicher, ce dernier ouvrage tiré à 50 exemplaires seulement; les Illustrations of Indien botany, de M. Wight, les Icônes plantarum de sir W.-J. Hooker, etc.
M. J -S. de Kerner, conseiller aülique et professeur d’histoire naturelle à Stuttgard, a publié une suite de dessins originaux, coloriés, accompagnés d’un texte imprimé et qui maintenant font partie de la bibliothèque de M. Delessert. La collection entière de ces dessins comprend, outre les Raisins et les Melons, les Généra plantarum, composés de 200 dessins, et VHortus sempervirens. Ce dernier ouvrage a été publié dans l’origine (le tome 1er porte la date de J 795) en 71 volumes ou livraisons de 12 planches et J 2 feuilles de texte. Le prix de chaque volume lors de sa publication était de 450 fr., ce qui mettait le tout à plus de 50,000 fr. On l’offrait il y a quelques années pour \ 0,000 fr. Mais ce dernier prix est encore, et de beaucoup, trop élevé pour un recueil dont la
plus grande partie des figures est empruntée à des ouvrages déjà connus. L ’Horlus est relié en 18 volumes grand infolio.
Parmi les recueils périodiques publiés à Londres, et qui reproduisent les figures coloriées des plantes d’ornement les plus rares et les plus curieuses cultivées dans les serres et jardins d’Angleterre, nous mentionnerons particulièrement les Botanical Magazine et Botanical Register , format in-8°, dont les livraisons, d’un prix modéré, paraissent chaque mois avec la plus grande exactitude et depuis un grand nombre d’années. En effet, le premier et le plus ancien de ces recueils, le Botanical Magazine , date de l’année 4 787. 11 a été fondé par William Curtis, auteur de la Flora Londinensis . Son but était d’initier les gens du monde et les jardiniers à la connaissance scientifique des plantes qu’ils cultivent. A la mort de W. Curtis, arrivée en 1799, ce recueil fut continué par le docteur John Sims jusqu’en J 826. La partie botanique en est maintenant confiée à sir W.-J. Hooker. Au 1er octobre J 844, il avait été publié sans interruption 4, H 9 figures accompagnées chacune d’un texte où la plante est décrite, avec diverses observations botaniques et horticulturales.
Le Botanical Register, qui doit son origine à une mésintelligence survenue entre les propriétaires du Botanical Magazine et quelques-uns des patrons de ce dernier recueil, a fait paraître en mars 4 815 son premier numéro, disposé sur le même plan que le Botanical Magazine. La partie botanique, dirigée alors par John Bellenden Ker, à qui le Botanical Magazine a dû pendant longtemps sa réputation scientifique, est confiée aujourd’hui à M. John Lindley, dont le talent et l’habile rédaction ont maintenu le succès de l’ouvrage. 2,482 plantes y ont été figurées depuis le 1er mars 4 815 jusqu’au 1er octobre 4 844.
Le Magazine of Botany , de Paxton, et le Floral Cabinet de MM. Knowles et Westcott, publiés, l’un et l’autre, avec un
certain luxe de coloris et de papier, font encore partie de la bibliothèque de M. Delessert.
Nous dirons quelques mots de deux autres recueils du même genre et qui ont cessé de paraître. Le Botanical Cabinet avait été établi en 4 84 8 par MM. Loddiges, célèbres pépiniéristes à Hackney, comme un moyen de faire connaître au public les plantes qui entraient dans leurs cultures. C’est un recueil sans prétention, dont le texte est borné à quelques indications brèves sur les plantes qui y sont figurées au nombre de 2,000. Le vingtième et dernier volume de cette collection porte la date de 4 855.
Le Briiish Flower-Garden , dirigé par Robert Sweet, a paru dans l’intervalle des années 4 825-4 858. Publié comme les Bo tanical Magazine et Regis ter, il renferme 74 2 figures contenues dans 7 volumes in- 8°.
Pbytograplile spéciale.
Flores.
Le nombre des ouvrages consacrés à la description des plantes d’une localité déterminée est assez considérable, et si nous en jugeons par la quantité de ceux qui se trouvent au *
musée botanique de M. Delessert, l’Aîlemagne serait la partie de l’Europe dans laquelle on aurait publié le plus grand nombre de Flores; on en compterait même davantage qu’il n’en existe pour la France et l’Angleterre réunies. Il serait trop long de citer toutes celles de ces Flores qui se recommandent par la méthode et par une critique savante ; nous n’en mentionnerons qu’un petit nombre, mais nous allons nous arrêter particulièrement d’abord sur plusieurs ouvrages précieux ou remarquables qui appartiennent à la catégorie qui nous occupe en ce moment.
Nous placerons en première ligne la Flora Grœca de Sib-
thorp comme offrant quelques particularités assez curieuses.
Le docteur John Sibthorp avait depuis longtemps formé le projet de visiter la Grèce dans le but de rechercher et de dé-
terminer les plantes indiquées par les auteurs classiques de cette contrée. Nous avons vu déjà, page 406, que le docteur Sibthorp était parti en 4786, emmenant avec lui le célèbre dessinateur Ferdinand Bauer, et qu’il était mort au retour d’un second voyage qu’il avait fait en Grèce.
Par son testament en date du 4 2 janvier 4 796, le docteur Sibthorp légua à l’université d’Oxford un bien-fonds dont le revenu devait être consacré à la publication de la Flora Grœca en 4 0 volumes in-folio, avec 4 00 planches gravées et coloriées par chaque volume, et d’un Proclromus composé de texte seulement. Le docteur Smith (sir James-Edward) fut choisi par les exécuteurs testamentaires pour diriger cette publication, dont le plan avait été tracé par le docteur Sibthorp. À l’exception d’une partie des dessins, rien n’était préparé encore pour la Flora, et le docteur Smith eut à faire le travail de détermination et de critique des plantes. Le premier volume parut en 4 806. La mort du docteur Smith, arrivée en 4 828, n’arrêta pas louvrage. Il avait achevé alors la sixième centurie et la première partie de la septième. M. Lindley fut chargé de continuer la publication de la Flora Grœca, et le huitième volume, dont la première moitié parut en 4 855, porte le nom de ce dernier botaniste, qui a terminé l’ouvrage dans le courant de l’année 4 840. Au lieu des 4 ,000 planches annoncées, il n’en a été publié que 966, ce qui s’explique par la mort de Ferdinand Bauer, qui eut lieu avant qu’il eût pu achever ses travaux. Quant à la rente léguée par Sibthorp, il a voulu qu’une somme annuelle de 200 livres sterling (5,000 fr. ) en fût distraite après l’achèvement de la Flora Grœcci , pour fonder une chaire d’économie rurale à l’université d’Oxford, le reste devant être employé en achat de livres pour le professeur.
La Flora Grœca a été tirée à trente exemplaires seulement pour autant de personnes qui se sont engagées à payer chaque volume 25 liv. st. (625 fr. ). À ce prix, l’ouvrage complet reviendrait aux souscripteurs à 6,250 fr. L’exemplaire
de ce bel ouvrage en la possession de M. Delessert est le seul qui se trouve en France.
La Flora Danica présente des particularités d’une autre nature. Publiée aux frais du roi de Danemark, elle fut commencée par Georges-Chrétien OEder, d’Anspach, élève de Haller et professeur de botanique à Copenhague, où il avait été appelé par Strueosée. Ce ministre avait conçu îe plan de la Flore de Danemark, et c’est sous ses auspices qu’OEder, après avoir voyagé pendant cinq ans en Norvège, fit paraître, dans l’année 4 76-1, îe prospectus de l’ouvrage accompagné d’un spécimen. La Flore devait contenir toutes les plantes qui croissent spontanément dans les pays danois. Le premier fascicule de la Flora Danica porte la date de 4761 . Dix livraisons furent mises au jour depuis cette époque jusqu’en 1772, où OEder fut envoyé en Norvège. Le célèbre Otto-Frédérick Müller, plus zoologiste que botaniste, qui succéda à OEder, publia les fascicules 4 4-15 renfermant les planches 601-900. En 1785 le professeur Martin Vahl, élève de Linné, continua l’ouvrage en y apportant quelques perfectionnements. Dans l’intérêt de la Flore, il visita les parties du royaume les moins connues des botanistes. Vahl a publié les fascicules 4 6-24 (planches 901-1260).'
Le professeur Jens Wiîken Hornemann, de Copenhague, dirigea, à partir de Tannée 1805, la publication de la Flora Danica jusqu’en ■ 1 84 1 , où on lui adjoignit Salomon Drejer, auteur d’une flore de Copenhague. Tous deux étant morts, l’un en 4 844 et l’autre en 4 842, MM. J.-E. Schouw et J. Vahl ont publié en 4 845 un fascicule déjà préparé en partie par MM. Hornemann et Drejer. Ainsi, au 50 juin 1845, époque de l’apparition de cette dernière livraison, et après quatrevingt-deux années, la Flora Danica est parvenue au quarantième fascicule et à la planche 2,400, le tout formant 4 5 volumes in-folio de planches gravées et coloriées. En évaluant à près de 5,000 espèces (1,600 Cotylédonées et 5,200 Acotylédonées) le nombre des plantes qui croissent en Danemark,
le travail projeté sur la tlore de ce pays ne serait arrivé, en 1845, qu’à ia moitié seulement, ce qui donnerait encore, si cette publication continue à suivre la môme marche, quatrevingts années au moins à parcourir avant que l’ouvrage soit complètement achevé.
La collection des ouvrages du baron de Jacquin (Nicolas- Joseph) fait partie de la bibliothèque de M. Delessert. Le respectable Jacquin, né à Leyde, et qui étudia successivement à Anvers, à Louvain, à Rouen, à Paris, fut contemporain de Linné et vécut longtemps encore après ce grand naturaliste (Jacquin est mort en 1818). 11 alla s’établir à Vienne, s’y occupa de médecine et de botanique, et fut chargé par l’empereur François Ier, qui l’avait pris en amitié, de dresser le catalogue des plantes du jardin impérial de Schoenbrunn. Il fit ensuite un voyage aux Antilles, et c’est à son retour qu’il écrivit son Historia stirpium Americanarum ♦ De 1770 à 1786 il publia son Iiortus Vindobonensis , 5 vol. in-f°, tiré à J 02 exemplaires seulement (celui de M. Delessert porte le no 4 5), sa Flora Auïtriaca, 5 vol. in-f°, un de ses ouvrages les plus rares, ses Mlscellanea Austrïaca et ses Collectanea.
Léopold il lui confia la direction du jardin de Schoenbrunn, et mettant à profit les moments de loisir que lui lais>sait cet emploi, Jacquin fit paraître son bel ouvrage intitulé Hortas Schoenbrunnensïs , ses Icônes plantàrum rariorum , sa Monocj raphia Oxatidum , etc. Vers la fin de sa vie, il s’occupa de la fructification des asclépiadées, et publia l’histoire de la singulière famille des stapéliées en 4 vol. in-f° ( Stape liarum descriptiones) . L’intérêt qu’il portait à ces plantes était si grand, qu’à son lit de mort et après être resté plusieurs jours sans pouvoir parler ni faire aucun mouvement, il trouva la force de s’informer, un matin du mois d'août, « s’il y avait encore quelque Stapelici en fleur. »
jacquin dessinait et peignait les plantes. Un volume assez remarquable, qui se trouve dans la bibliothèque de M. Dclessert, est un des exemplaires originaux, d une grande ra-
reté, peint par Jacquin lui-même, de son Historia stirpium Americanarum. C’est un fort volume in-f° publié à Vienne en 4 780. 4 2 copies seulement en ont été exécutées par Jacquin. Le roi d’Espagne, qui désirait posséder un de ces volumes, ne put se le procurer, quoique Jacquin eût écrit la lettre la plus pressante au docteur Saîichetti* médecin du pape, pour rengager à céder l’exemplaire qui était en sa possession. Ce volume contient 4 57 pages de texte et 264 dessins en couleur. La bibliothèque de Dresde en a payé un exemplaire 4250 fr. en 4818. Celui.de M. Delessert, avant qu’il arrivât dans ses mains, paraît avoir été mis à prix à 4750 fr.
Cenluria plantarum Rossice meridionalis , prœserliniTauriœ et Cciucasi. Pars I, Charkovice , 4 810, grand in-f° ; seul exemplaire qui se trouve en France d’un ouvrage publié par les soins de M. Marschall Bieberstein. Cette belle centurie de planches peut servir de complément à la Flora Taurico-Caucasica du même auteur, publiée de 4 808 à 4 84 9 en 5 volumes in-8°. 11 n’a été tiré de la Centuria plantarum que 70 exemplaires ; les planches en sont gravées et coloriées avec le plus grand soin. L’exemplaire qui appartient à M. Delessert a été acheté à Vienne en 4 857 ; c’est celui que l’empereur Alexandre avait donné en cadeau au prince Razoumovsky. M. Steven, qui a fait de fréquentes excursions aux montagnes du Caucase, dont il connaît bien les productions naturelles, a pris une part distinguée à la rédaction de cette magnifique flore. Elle doit être continuée par les soins de f Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg.
Les Icônes du professeur et conseiller d’État Ledebour trouvent naturellement leur place ici ( Icônes floram Rossicam imprïmis Altaïcam illustrantes). Ce sont les illustrations de la Flora Altaica du même auteur, publiée à Berlin en 4 829-1 855, 4 volumes in-8°, et placée au premier rang parmi les ouvrages de ce genre. Les plantes altaïques furent collectées par M. Ledebour, assisté des docteurs de Bunge et Meyer, pendant
un voyage dont nous avons tracé l’itinéraire à la page 419.
Les Icônes , en 5 volumes in-f°, comprennent 500 planches lithographiées et coloriées. M. Ledebour a ajouté aux plantes décrites dans cet ouvrage quelques autres espèces rares ou peu connues appartenant à la flore de la Russie asiatique.
Flora Javœ et Rumphia , par M. Blume. — M. Blume, chargé du service de santé des armées de la Hollande dans ses possessions de l’Inde, est resté plusieurs années à Java, occupé à recueillir des matériaux pour la flore de cette contrée. Si avait commencé à Bruxelles, de J 828 à 1850, et sous la protection du gouvernement des Pays-Bas, la publication d’un grand ouvrage intitulé Flora Javœ. Ses matériaux étaient nombreux, car son herbier ne renfermait pas moins de 5,000 espèces de plantes. Déjà une grande partie de son ouvrage, exécuté avec un soin remarquable, avait paru lorsque les événements politiques survenus en Belgique en 1850 le forcèrent d’en suspendre la publication. Depuis, M. Blume a entrepris de décrire sur le même plan les végétaux les plus rares et les plus intéressants de tout l’archipel des Indes. 11 a donné à son recueil, arrivé au deuxième volume et enrichi, comme la Flora Javœ , de planches magnifiques, le titre de Rumphia , du nom du savant Rumphius, auteur de YHortus Amboïnensis .
Deliciœ Florœ, etc. — Scopoli (Jean-Antoine), auteur de la Flora Carnoliaca et de plusieurs autres ouvrages sur diverses branches de l’histoire naturelle, a publié en 1786 les Deliciœ Florœ et Faunœ lnsubricœ , in-f°. On a signalé dans cet ouvrage une méprise assez singulière que nous relaterons ici, méprise qui n’ôte rien cependant au mérite du livre et ne peut nuire à la réputation de son savant auteur.
Chacune des planches des Deliciœ Florœ est dédiée à un personnage différent dont le nom et les qualités sont inscrits au bas de la planche même. Scopoli avait cru devoir faire cet honneur, avec quelque raison peut-être, à un libraire distingué de Londres, M. Benjamin White. Celui-ci avait pris pour
enseigne le portrait d’Horace, ce qu’indiquaient ses adresses par les mots : B. Whlte at Horace* s Head [B. WKxte, à la tête d'Horace) ; mais Scopoli, qui probablement ne connaissait pas la langue anglaise, s’imagina que M. Horace Head était un associé de M. Whlte, et dédia en conséquence à ces deux individus conjointement une des planches d’insectes qui font partie des Deliciœ Florce. L’artiste partagea l’erreur de Scopoli, et grava sur son cuivre (lre partie, planche XXIV) cette légende : Auspiciis Benjamini While et Horatii Head , bibliopol . Londinemium *
Les ouvrages suivants sont encore consacrés à des flores locales ou à la partie botanique de plusieurs voyages de long cours.
Dans la première série, il est juste de rappeler la Flora Londinensis de Curtis, continuée par sir W.-J. Hooker, dont on ne saurait trop louer les planches, qui devraient être citées plus souvent, et qui se distinguent par leur beauté et leur exactitude ; la Flora Boreali-Americana de sir W.-J. Hooker, celle de Sénégambie ( Florœ Senegambiœ tentamen ), publiée, en 1850-1855, sous les auspices et aux frais de M. Benjamin Delessert, par MM. Guillemin , Perrottet et Achille Richard; la tlorc de la côte de Coromandel (Plants of the coast of Coromandel ) par le docteur Roxburgh, la Flore d’Oware et de Bénin de Palisot de Beauvois ; les Flora Peruviana de Ruiz et Pavon ; Rossica , de Pallas; Sibirica , de Gmelin ; Napolüana . de Tenore ; Monacensis , de Schrank ; la Flora Espanolat de Quer; la Flore des Antilles , de Tussac; les 11liistraliones Florœ Novœ-Hollandiœ , de Ferdinand Bauer.
La deuxième série nous présente la partie botanique magnifiquement illustrée des voyages autour du monde del ’Lranie et de la Bonite , par M. Gaudichaud ; de la Coquille , par MM. Boryde Saint-Vincent et Adolphe Brongniart; la botanique du voyage du capitaine Beechey, par sir W .-J. Hooker et Walker-Àrnott ; du Voyage an Pôle sud et dans l'Océanie , du capitaine Dumont d’ilrville, par M. Hombron ; la botanique
du voyage antarctique des vaisseaux Erebus et Terror , par M. J.-D. Hooker ; celle du Sidphur , par M. George Bentham ; le Voyage dans le midi de l’Espagne , de M. Edmond Boissier, etc.
M. Loudon. — Nous appellerons un moment l’attention sur quelques travaux de M. J.-C. Loudon, de cet infatigable écrivain connu par un grand nombre de publications périodiques, qui a attaché son nom à des ouvrages prodigieux par leur étendue et par les recherches qu’ils ont nécessitées.
En même temps qu’il dirigeait deux journaux scientifiques, le Magazine of natural histonj et le Gardener’s Magazine , M. Loudon faisait paraître successivement, en 4 gros volumes in-8°, contenant ensemble 4,800 pages de l’impression la plus compacte, ses Encyclopédies du Jardinage, des Plantes, de l’Agriculture, et l’Encyclopédie de l’Architecture des fermes, maisons de campagne, etc. L’Encyclopédie des Plantes {Encijclopœdia o f Plants) donne à elle seule les figures, gravées sur bois, d’une petite dimension, il est vrai, et intercalées, au milieu du texte, de i 6,710 espèces de plantes. Les 5 autres volumes renferment près de 4,000 figures gravées de la même manière.
Depuis la publication de ces Encyclopédies, M. Loudon a entrepris et achevé Y Arboretum et Frutieetum Bîiiannicum, in-8°, dans lequel on compte, indépendamment de 552 planches gravées à part et consacrées à reproduire le port des arbres mentionnés dans l’ouvrage, 2,546 figures réparties dans les 2,694 pages des 4 volumes.
En voyant cette énorme masse d’écrits où l’auteur a mon» tré de l’érudition et une grande connaissance des choses, on ne peut comprendre comment un seul homme a pu suffire à de tels travaux, et la surprise redouble quand on sait que M. Loudon était privé du bras droit, que son bras gauche avait éprouvé une contraction, et qu’il ne lui restait que deux doigts de la main gauche qui ne fussent pas entièrement paralysés.
Plantes peintes en Chine. — Une belle collection de plantes peintes en Chine et an Japon, et composée de plusieurs volumes, nous semble présenter encore un certain intérêt scientifique et de curiosité, soit comme offrant la représentation d’un grand nombre de végétaux qui croissent dans ces contrées, soit comme spécimen de la manière d’y peindre les productions naturellesXes noms y sont écrits en langue chinoise ou japonaise, et accompagnés, dans quelques-uns des recueils, de longues annotations. Un de ces volumes contient 404 figures de plantes peintes d’après un ouvrage original tiré du cabinet de l’empereur de la Chine, et qui avait été rédigé par un missionnaire, habile médecin et botaniste. Ce missionnaire avait réuni en \ 8 volumes tout ce qu’il y a de plus curieux et de plus intéressant sur les plantes, arbres, etc., qui sont propres à la Chine ou que la médecine emploie dans le pays. Le volume que possède M. Delessert, et qui a é^é envoyé en Europe par ie père Cibot, missionnaire à Péking, est une copie faite d’après cet ouvrage, copie assez faible, à ce qu’il paraît, en comparaison de l’original, mais qui présente néanmoins, dit le père Cibot, des informations plus complètes et plus sûres que celles qu’on pourrait trouver dans les livres imprimés.
Monographies.
Les monographies présenteraient une liste étendue d'excellents ouvrages à citer ici. Outre les Mémoires de M, De Candolle sur différentes familles de plantes, .Mémoires qui sont de savantes monographies, nous nous bornerons à mentionner le Species Astragalorum de Pallas, la Geraniologia de l’Héritier, V Histoire naturelle des Orangers de MM. Risso et Poiteau, A Description of tiw genus Pinus de M. Lambert; les Mémoires sur les Conifères et les Cycadées de MM. Louis Claude et Achille Richard, Y Histoire des Plantes grasses de De Candolle avec les figures de Redouté ; les monographies des Euphorbiacêes , Rutacêes , Malpighiacées , etc., de M. Adrien de
Jussieu; les Rubiacees de M. Achille Richard, îes Campanulées de M. Alphonse De Candolle, les Rhamnées de M. Adolphe Brongniart, les Labiées de M. Bentham , les Orchidées de M. Bindley, les Mémoires sur la famille des Lardizabalées par M. Decaisne, les beaux mémoires de M* P.-W. Korthals, publiés à Leyde dans les Verhandelingen over de Natuurlijke Geschiedenis , etc. ; une monographie (manuscrite) du genre Magnolia avec 22 dessins originaux, par J. -Th. Descourtilz.
W. Roscoe. Scitaminées. — C’est un fait assez remarquable qu’un ouvrage de botanique d’une certaine importance soit l’œuvre d’un littérateur, poëte et historien. William Roscoe, auteur d’une monographie de la curieuse famille des scitaminées ( Monandrian plants ofthe order Scitamineæ ), s^tait fait distinguer dès son jeune âge par des poésies pleines de talent. Sa Vie de Laurent de Médicis , publiée en J 795, et son livre intitulé : Vie et pontificat de Léon AT, qui parut en 1805, lui assurent une place distinguée parmi les historiens modernes. Très-versé dans la jurisprudence de son pays, il fut admis au barreau comme avocat. îl prit une part active aux débats qui eurent lieu en 1787 sur la question de la traite des nègres, et défendit avec force la cause des esclaves, pour laquelle il avait déjà exprimé sa sympathie dans un poëme qu’il écrivit à l’âge de J 9 ans. Il ne resta pas non plus étranger aux discussions qu’amenèrent plus tard les événements politiques dans son pays, et à la réforme des lois pénales, comme le témoignent les pamphlets qu’il fit paraître en différentes occasions. L’étude de la botanique l’avait néanmoins constamment occupé ; il consacra les dernières années de sa vie à sa belle monographie des scitaminées, qui ne fut achevée que peu de temps avant sa mort, arrivée en J85J. Son goût pour les beaux-arts s’est manifesté par diverses publications particulières, et il a dessiné lui-même une partie des planches de ses scitaminées. Cet ouvrage n’a été tiré qu’à i 50 exemplaires.
Cléograpliie botanique*
La géographie botanique réclame ici les noms de Humboldt, Schouw, Meyer, pour leurs ouvrages qui ont contribué à faire prendre à cette partie de la science une marche rationnelle.
llotanique appliquée.
Nous trouvons, en premier lieu, pour la partie médicale les Plantœ médicinales de Nées d’Ésenbeck, et celles du docteur Hayne ( Getreue Darstellung und Beschreîbung , etc.), deux ouvrages qui peuvent servir de base à l’étude des plantes officinales ; ces plantes y sont, en effet, décrites avec soin, surtout dans le dernier, où la plupart des espèces sont traitées comme le seraient de petites monographies. On peut ajouter à cette catégorie le grand ouvrage de Plenck, Icônes plantarum medicinalium , les Medical Botang de Woodville, American medical Botang de J. Bigelow, Materïa indiea d’Ain s-
lie, les Eléments d’histoire naturelle médicale de M. Achille Richard, la Phytographie médicale de M. Roques, le Dictionnaire universel de matière médicale de MM. Mérat et Delens, le Dictionnaire des Drogues de MM. A. Chevallier, A. Richard et Guillemin, Y Histoire abrégée des Drogues simples de M. Guibourt, la Flora medica de M. Bindley, les plantes officinales des pharmacopées de Prusse par M. Kunth [Anleitung zur Kentniss , etc.), et d’Autriche (Die médicinal Pflanzen ) par M. Endlicher, le Sgstema matériau medicœ vegelabilis Brasiliensis de M. de Martius ; le Cours d'histoire naturelle pharmaceutique de M. Fée, etc.
Nous mentionnerons ici un ouvrage plus ancien qu’aucun de ceux que nous venons de citer, à cause de quelques particularités qui se rattachent à son auteur; il s’agit de Yllerbarium Blackwellianum.
Élisabeth Blackwell était femme du docteur Alexandre Blackwell, médecin anglais. Celui-ci, qui s’était fait imprimeur à Londres, fut mis en prison pour dettes. Madame Blackwell,
quoique restée dans l’indigence, s’efforça d’adoucir la position de son mari. Elle entreprit de publier 500 plantes médi cinales, qui devaient être dessinées, gravées et coloriées en grande partie par elle-même. Cet ouvrage parut d’abord en 4 757 et 4 759 en 2 volumes in-f° sous le titre de Curions -fierbal, etc. il eut plusieurs éditions. Le produit qu’en retira madame Blackwell contribua , dit-on , à procurer la liberté à son mari, après une détention de deux ans. On a ajouté plus tard à cet ouvrage un supplément, et le nombre total des planches a été porté à 600.
Le docteur Blackwell s’était rendu en Suède, où il s’occupait d’agriculture et pratiquait la médecine. Arrêté à la suite de la saisie d’une correspondance avec la Russie, il fut malheureusement impliqué dans la conspiration qui avait pour but de changer l’ordre de succession au trône suédois, et mourut sur l’échafaud, en 4 747, protestant avec force de son innocence.
Parmi les livres qui se rangent dans la partie horticole ou agricole, nous citerons les Transactions of thc horlicultural Society of London , le Gardeners Magazine, les Annales de la Société royale d’horticulture de Paris , le Tropical agricullurist de G. Richardson Porter, le Ladies Flower-Garden de mistriss Loudon, etc., et nous mentionnerons particulièrement le beau travail de M. Matthieu Bonafous : Histoire naturelle, agricole et économique du Mais.
Plusieurs ouvrages consacrés à la représentation et à l’histoire des fruits comestibles doivent être nommés à la suite des précédents : les Pomologie et Fructologie du Hollandais Jean Herman Knoop ( Vruchten en Gewassen), la Pomona Auslriaca , la Pomona Franconica de Meyer, la Pomona Britannica de George Brookshaw, le Traité des arbres fruitiers avec les belles planches de MM. Poiteau et Turpin. Nous ajouterons, après ces grands ouvrages, le Pomological Magazine , le Jardin fruitier par L. Noisette, le Pyrus Malus Brentfordiensis ou description d’un choix de pommes, par Hugh Ronalds, don-
nant une figure de chaque variété dessinée sur pierre par miss Pionalds, et coloriée avec beaucoup de finesse et de vérité, Nous dirons à ce sujet que pour de telles figures le crayon lithographique l’emporte peut-être sur le burin par l’espèce de velouté qu’il produit et qui se fond mieux sous les diverses teintes de couleur que ne le feraient les traits plus secs de la gravure.
Nous ne mentionnerons pas tous les autres ouvrages qui pourraient rentrer dans la section de la botanique appliquée, tels que des traités sur l’indigo, sur diverses fabrications, sur la botanique forestière, etc., et nous terminerons cette catégorie par la citation des plantes économiques de J. -S. Kerner (. Abbildung aller œkonomischen Pflanzen) représentées en 800 planches coloriées, et d’un ouvrage ( Icônes lignorum) donnant les figures de plus de 400 espèces de bois, chacun en forme de petite planchette coloriée avec soin.
Comme exemples d’une application assez curieuse des plantes aux arts industriels, on trouve dans la bibliothèque de M. Delessert quelques volumes renfermant des échantillons de papiers fabriqués avec différents produits végétaux. Le papyrus des anciens est peut-être le premier essai que l’on puisse citer du genre d’industrie au moyen duquel les fibres ou les tissus végétaux sont soumis à différentes préparations d’où résulte un papier propre à écrire. Le papier de Chine, dont on fait aujourd’hui un si grand usage, est fabriqué dans le pays avec des écorces d’orme et du mûrier à papier ( Morus papyrifera ), avec des jeunes pousses de Bambou, etc. Chaque province, au reste, a son papier particulier fait avec différentes plantes. Celui du Japon provient de l’écorce du mûrier à papier. La substance connue sous le nom impropre de papier de riz, et qui est employée de préférence au papier pour certaines sortes de dessins et pour faire des fleurs artificielles, est due à une plante de la famille des légumineuses, YAeschynomene paludosa de Roxburgh.
Au Mexique, on fabrique du papier avec le maguey (Agave
Cubensis de Jacquin), et il y a quelques années qu’un acte du congrès mexicain défendait de se servir de papier autre que celui qui serait fait avec cette plante.
Un grand nombre de végétaux pourraient sans doute être utilisés de cette manière. On l’a déjà tenté avec des plantes de différentes sortes, et en essayant de remplacer par la paille et le bois le chiffon, dont la consommation devenait immense. On a fait entrer dans la fabrication du papier les feuilles ou les sommités du chanvre, l’écorce du tilleul, les mousses, la pulpe de pomme de terre, etc.
Plusieurs échantillons de différentes sortes de papiers fabriqués en Chine et dans l’Inde, et de papier fait en France avec l’écorce du mûrier à papier, existent, comme nous l’avons dit, dans la collection de M. Delessert. On y trouve également un petit volume (Œuvres du marquis de Villelte) in- 1 2, imprimé en 4786 et, tout entier, sur du papier de guimauve. Ce volume est terminé par des échantillons de papiers fabri* qués avec l’ortie, le houblon, la mousse, le roseau, plusieurs espèces de conferves, la racine de chiendent, le chardon, différentes écorces, etc.
E®©ëm©s sur les plantes.
Les plantes ont été chantées et célébrées par les poëtes à diverses époques et dans presque toutes les langues. Nous avons cité plus haut une édition de 4 522 du poëme latin ( De viribus lier b arum ) attribué à Æmilius Macer. Abraham Cowley a publié également un poëme latin sur les plantes en 4 678 (Plantarum libri FJ). En 4 712 un jésuite napolitain, F.-E. Savastano, fit paraître des éléments de botanique en vers latins : Botanicorum seu Instïtutïonum rei herbariœ libri IV; le père Rapin est connu par son poëme sur les jardins (Hortorum libri IV). Le professeur Yigo a composé un poëme latin sur les truffes ( Tubera terrœ carmen), qui a été traduit en vers italiens. Le Botanic Garden de E. Darwin, médecin, botaniste et poëte, a eu un grand succès en Angleterre. Une
partie en a été traduite en français par M. Deleuze sous ce litre : les Amours des plantes. Le marquis Spolvcrini a donné, en italien, un poème sur la culture du riz (La CoUivazione del lîiso). En français, Les Jardins de Delille et Les Plantes de Gastel doivent être indiqués particulièrement à la suite des précédents ouvrages.
Plante® cryptogames*
Les différents livres que nous venons de passer en revue renferment les descriptions et les figures des plantes les plus parfaites, de celles qui forment la végétation des forêts et des plaines et l’ornement de nos parterres, ou que nous faisons servir à nos besoins et à nos jouissances ; et si nous nous reportons maintenant à des objets placés plus bas dans l’échelle de la végétation, c’est-à-dire aux plantes marines dont la plupart se font admirer par le tissu le plus délicat et la couleur la plus éclatante, aux mousses et aux lichens qui tapissent les rochers et les arbres, aux champignons, les uns si agréables au goût, les autres d’un emploi si funeste, aux fougères si remarquables par leur organisation et 1 élégance variée de leur feuillage, d’autres ouvrages, réunis dans la bibliothèque de M. Delessert, viennent appeler notre attention, et s’offrir à l’étude des personnes qui se livrent à l’observation minutieuse et difficile des végétaux cryptogames. Ainsi nous trouvons :
Dans les Plantes marines : la Nereis Britannica de Stackhouse, les fucus de Dawson Turner : Fuci or colored figures, etc. ; Y Hydrophytologia Danica de Lyngbye, les British Confervæ de Diîlwyn, les Algæ Britannica; de Greville, YUisloire des Hydrophyles récoltées par Dumont d’Urvilîe etLesson dans le voyage de la corvette la Coquille et décrites par M. Bory de Saint-Vincent; l’ouvrage sur les algues de M. Kützing : Plujcologia generalis oder anatomie , etc., der Tange.
Dans les Mousses et les Lichens : les belles publications de sir WA-J. Hooker : Musci exotici et British Jungermanniæ ; la
Muscologia Britannica de MM. Hooker et Taylor, le Species Hepathicarum de Lindenberg , la Briotogia Europœa de MM. Bruch, W.-P. Schimper et Th. Gümbel.
Dans les Champignons : ceux de Schaeffer, qui le premier publia des figures coloriées de ces sortes de plantes ; les beaux ouvrages de Sowerby [English Fungi), de Greville ( Scutiish cryptogamie Flora), de Krombholz ( Naturgelreue Abbildungen , etc., (1er Schwàme ), de Gorda ( Icônes fungorum) y les Cryptogames des écorces officinales de M. Fée.
Et dans les Fougères : celles de Schkuhr ( Vier und Zwan zigst Klasse , etc.), les Filices Britannicœ de Bolton, les Icônes Filicum de Hooker et Greville, les Généra Filicum de M. Hooker, illustrés d’après les dessins originaux de Francis Bauer, les Filices de Raddi, les Analecta Fteridographica, et les Farrnkràuter de M* Gustave Kunze.
A côté de ces divers ouvrages figurent les travaux également distingués de plusieurs savants cryptogamistes, tels que Acharius, Agardh, Berkeley, Bridel, Fries, Gmelin, Harvey, Hedwig, Holmskiold, Kaulfuss, Montagne, Persoon, Presl, Vaucher, Vittadini, Viviani, etc., et différentes publications sur les cryptogames accompagnées des échantillons de plantes en nature, et que nous avons déjà mentionnées pages 288 et suivantes.
Avant de terminer la revue bibliographique de cette partie de la botanique, nous dirons quelques mots sur un ouvrage de M. Corda [Pracht-Flora europaeischer Sçhimmelbildungen ), un des plus curieux qui aient été publiés sur une tribu de la grande famille des champignons, les mucédinées, peu étudiées jusqu’alors sous le rapport de leur structure et de leur développement. Le groupe des mucédinées renferme ces végétaux qui croissent ordinairement sur les substances en décomposition, et qui sont plus généralement connus sous le nom de moisissures. M. Corda a voulu nous donner, à l’aide d’un puissant microscope, une idée de ces plantes infiniment petites dont quelques-unes ne s’offrent à l’oeil que sous l’aspect
d’une tache sans aspérités. 11 a choisi et dessiné lui-même 25 espèces des plus remarquables par leur singularité et leur élégance, et les a représentées énormément grossies. Les figures en sont toutes coloriées.
Plantes fossiles*
On sait de quelle importance est pour l’histoire de notre globe l’étude des corps organisés dont on trouve des restes dans les profondeurs de la terre, et combien la géologie est redevable aux fossiles, animaux et végétaux, qui lui fournissent les matériaux à l’aide desquels elle repeuple le globe et construit les plus magnifiques théories. Ce n’est qu’au moyen de ces débris pétrifiés, survivant, immobiles, aux grandes catastrophes qui ont agité la terre, que nous pouvons nous faire une idée des révolutions et des changements successifs qu’elle a éprouvés, nous rendre compte des principaux phénomènes qui se lient à l’histoire naturelle de notre globe, et constater l’existence des races diverses qui sont venues tour à tour le peupler. Les plantes, non moins que les animaux, ont été d’un grand secours pour résoudre certaines questions, pour expliquer certains faits sur lesquels aucune donnée positive ne nous serait parvenue sans leur témoignage irrécusable. A l’étude des plantes fossiles se rattachent, en effet, des inductions sur la formation des terrains, sur les causes qui sont venues à diverses époques modifier l’enveloppe extérieure du globe, sur réfat de l’atmosphère à chacune de ces époques; et ce n’est pas sans un vif intérêt que la science est amenée à comparer notre végétation actuelle avec les débris qui nous apparaissent de la végétation de l’Ancien-Monde.
Depuis quelques années, des savants d’un grand mérite ont observé cette nature fossile, et l’obscurité qui enveloppait l'antique flore du globe commence à se dissiper. Mais une telle étude présentera toujours de grandes difficultés. L’état d’imperfection de ces vestiges de plantes qu’on trouve renfermés
dans les couches de la terre, l’absence ou l’isolement des organes principaux sur lesquels reposent nos classifications actuelles, ne permettent de saisir aucun des caractères par lesquels nous distinguons les plantes qui croissent aujourd’hui sous nos yeux ; il y faut suppléer par des observations particulières , et indépendamment de la considération des formes extérieures des végétaux fossiles, y ajouter l’examen de leur structure interne, examen difficile et qui, vu la rareté des échantillons, explique pourquoi l’étude de ces végétaux a été longtemps négligée. Peu de botanistes s’en occupent en Europe, et des collections nombreuses et variées en ce genre ne peuvent convenir qu’à un grand établissement ou à une grande institution publique. Le musée de M. Delessert ne possède que quelques échantillons de ces plantes, mais on y trouve une partie des ouvrages publiés sur les végétaux fossiles dont l’étude a été grandement éclairée par les travaux particuliers de M. Adolphe Brongniart.