PLANTES IMPRIMÉES
Un autre procédé que celui des planches gravées a été imaginé pour reproduire aussi exactement que possible l'aspect et la forme des végétaux. Nous voulons parler de l’impression de la plante opérée sur le papier avec la plante même.
Tous ceux qui ont feuilleté des collections de plantes sèches ont pu remarquer certains échantillons qui, après leur pression et un long séjour dans l’herbier, ont laissé sur le papier une empreinte reproduisant exactement leur forme, empreinte due à l’humidité de ces plantes ou à un suc visqueux qu’elles pouvaient renfermer. On a cherché à imiter artificiellement cette empreinte, soit en gommant ou huilant la plante, et en déposant sur cet enduit de la couleur en poudre, soit en recouvrant la plante d’une couleur quelconque, ou simplement d’encre d’imprimeur, et lui faisant subir sur une feuille de papier blanc un peu humide une pression suffisante pour que toutes les parties enduites de cette teinte soient appliquées et laissent leur empreinte sur le papier. Ce procédé réussit parfaitement pour certaines plantes, les fougères, par exemple, dont il reproduit avec netteté l’aspect et les nombreuses divisions des feuilles, mais pour le plus grand nombre des autres l’empreinte de la tleur ou du fruit est nécessairement d’une grande imperfection, et c’est un inconvénient que ne sauve pas même le soin que l’on a pris, dans quelques collections de ce genre de figures, de retoucher et colorier après coup ces organes que la plus faible pression écrase et dénature.
Les premiers essais de ce mode de représentation, peu usité de nos jours, remontent à une époque déjà assez éloignée. Ad. Spigel en fait mention dans son Isagoge publié en 1606. Nous avons sous les yeux un volume de Kniphof, me-
decin et botaniste allemand, publié à Erfurt en 1755, sous le titre de Botauica in originali , in-folio, donnant les figures de 200 plantes officinales, assez imparfaitement imprimées en noir. Plus tard, de 1757 à 1764, le même auteur fit paraître, sous le même titre, 12 centuries nouvelles de plantes, mais cette fois, retouchées au pinceau, ce qui dissimule un peu la rudesse de l’impression. VEctypa vegetabilium de Ludwig (1760) reproduit des figures imprimées et coloriées de la même manière.
La bibliothèque de M. Delessert renferme d’autres ouvrages qui présentent des exemples de ce genre d’impression.
Un beau volume sur le système vasculaire des feuilles ( Die Nahruncjs- Gejàse in tien Blattern , etc.), publié par le graveur J.-M. Seligmann en 1 7 4 S , donne 56 planches contenant des exemples de feuilles de différents arbres, dépourvues de leur parenchyme, et imprimées en rouge avec une pureté et une précision, qui ne laissent rien à désirer. On peut y observer et y suivre à la loupe même les plus petits vaisseaux dans toutes leurs ramifications, ce qu’aucun dessin ne pourrait donner avec autant de légèreté et d’exactitude.
Marcellin Bonnet, de Carcassonne, botaniste peu connu, commença, il y a trente ou quarante ans, la publication d’un recueil intitulé : Faciès planiarum , dans lequel les plantes sont imprimées en couleur avec beaucoup de soin ; il n’en a paru que trois livraisons renfermant 45 planches. C’est un livre qu’on rencontre difficilement, parce qu’il n’a été tiré qu’à un petit nombre d’exemplaires.
À la suite d’un ouvrage ayant pour litre : Boianische Schai ternisse ( Silhouette botanique ), un auteur allemand a publié 79 figures de diverses feuilles de plantes imprimées en noir, mais ces figures, toutes mal venues, sont de beaucoup inférieures aux spécimens donnés par Graumüller en 1 809, dans sa méthode pour imprimer les plantes (Neue Méthode von Pflanzena bdrucken . )
D’autres plantes en noir, et qui ont très-bien réussi, ap-
partiennent à une collection de plantes imprimées avec des échantillons qui paraissent provenir de l île de Java, et principalement de Sourabaya. Ce recueil, imprimé probablement par Van Fier, forme un volume grand in-folio, et renferme 240 planches.
M. Kunth a donné à la bibliothèque de M. Delessert un choix de plantes du voyage de MM. de Humboldt et Bonpîand, composé de 210 espèces; mais, imprimées sans doute avec promptitude et au milieu des embarras d’un voyage plein de difficultés et de périls (1), elles n’offrent pas la même régularité et la même netteté que dans le recueil précédent. Les noms des plantes y sont écrits de la main de MM. Bonpîand et Kunth, ce qui donne un intérêt tout particulier à cette collection.
On avait eu l’idée, il y a quelques années, de chercher à obtenir une empreinte de la plante sur une pierre lithographique, empreinte qu’on aurait pu ensuite transporter sur le papier par les procédés ordinaires de l’impression. L’essai de cette méthode n’a donné que des résultats imparfaits. Elle offrait d’ailleurs des difficultés d’exécution qui tiennent à la nature même de l’objet destiné à servir de prototype.
REVUE DES PRUNCirAUX OUVRAGES DE LA BIBLIOTHEQUE BOTANIQUE DE M. DELESSERT.
Sans vouloir mentionner ici tous les ouvrages rares ou précieux qui composent la bibliothèque du musée botanique de M. Delessert, nous allons parcourir les différentes divisions
(1) « La petitesse des canots dans lesquels nous avons été renfermés des mois entiers, a écrit M. de Humboldt, le climat brûlant de ces régions, la multitude d’insectes venimeux, l’humidité de l’air, qui est l’effet des pluies continuelles, et le manque de papier, que l’on éprouve souvent malgré toules les précautions, sont des obstacles que ne peuvent sentir que ceux qui se sont trouvés dans des situations semblables. »
que nous avons établies plus haut, et nous nous arrêterons sur quelques-uns seulement des principaux ouvrages que renferme chacune de ces divisions. Mais il est bien entendu que l’ordre dans lequel nous citons tous les ouvrages, et la place que nous leur assignons dans nos diverses énumérations, ne peuvent servir d’indice pour apprécier la valeur scientifique de chacun d’eux, appréciation inutile, que nous ne voulons point faire, et qui serait d’ailleurs difficile pour une série de travaux qu’on ne saurait comparer entre eux, et dont chacun se recommande par un mérite particulier.