CONCLUSION
On a pu juger, par l'étendue des diverses notices qui précèdent, de l’intérêt que présentent les nombreuses collections que M. Benjamin Delessert prend le soin de rassembler avec tant de sollicitude, et qu’il ouvre à la science avec un si généreux abandon. Les détails dans lesquels nous sommes entrés permettront également d’apprécier ce qu’il a fallu desoins, d’efforts, de persévérance* pour accomplir une telle œuvre et la poursuivre sans relâche et avec succès pendant une longue suite d’années.
Des collections de la nature de celles que M. Delessert a ainsi rassemblées ont besoin, pour offrir tout le degré d’utilité possible, de remplir, entre autres conditions indispensables, celles d’être réunies toutes ensemble, d’être tenues au courant des publications et des découvertes nouvelles , et classées de manière à faire trouver promptement et facilement ce que l’on cherche. Ces conditions, on les rencontre dans le musée de M. Delessert. Au point où il en est arrivé, ce musée est devenu comme un centre où viennent aboutir les communications et les correspondances des botanistes étrangers, et l’on peut dire, au reste, que les écrivains et les voyageurs travaillent encore pour la science lorsqu’ils enrichissent
cet établissement des produits de leurs travaux ou de leurs explorations.
Un conservateur est attaché au cabinet botanique de M. Delessert. 11 est chargé de mettre en ordre et de classer les différents matériaux qui y arrivent presque journellement, et d’en faciliter l’usage aux personnes qui fréquentent ce cabinet. On n’y est admis que d’après une autorisation spéciale, et ceux qui l’obtiennent ont l’avantage de jouir, aux heures d’études, de cette liberté d’action et de recherches si utile dans les compositions littéraires, indispensable surtout dans les travaux botaniques ; et comme le même local renferme à la fois l’herbier et la bibliothèque, chacun peut y puiser à son gré et compulser en même temps un grand nombre de plantes et de livres, avantage inappréciable qu’on ne saurait demander aux établissements publics ouverts à tous les visiteurs sans exception.
Non content de mettre de telles ressources à la disposition des botanistes, dont il facilite ainsi les études et les recherches, M. Delessert a voulu témoigner de l’intérêt qu’il porte aux arts et aux artistes, et il a entrepris la publication d’ouvrages importants écrits sur la science qu’il affectionne, dans ie but d’y faire concourir les arts du dessin et de la gravure, qui prêtent un secours si efficace à la botanique. La flore de la Sénégambie ( Florœ Seneyambiœ tentamen), rédigée par MM. Guillemin, Perrottet et A. Richard, dont le premier volume, publié de 4 850 à 4 855, renferme 72 planches dessinées par MM. J. Decaisne et Yauthier, et gravées sur pierre par M. Vielle, les Archives de Botanique , placées sous la direction de Guillemin, les Icônes selectœ plantarum , sont entre les mains de toutes les personnes qui s’occupent sérieusement de la science. Les Icônes selectœ, recueil destiné à faire connaître les plantes les plus rares ou les plus remarquables, forment aujourd’hui 5 volumes, et le dernier est à peine achevé, que déjà les matériaux se préparent pour la continuation de cette œuvre importante. Les 500 planches contenues dans les
cinq volumes qui ont paru jusqu’à présent ont été dessinées par madame E. Delile et par MM. Turpin, Decaisne,Riocreux, Rorromée, Node-Véran et Heyland, et gravées avec le plus grand soin par mesdames Rebel, Massard, Taillant et Noiret, et MM. Bien, Mougeot, Plée, etc.
Les sciences et les arts, livrés à leurs propres forces, ne peuvent exister sans appui, et ceci est vrai par rapport aux sciences naturelles principalement. Celles-ci reposent sur l’observation d’objets matériels qui ne sont pas à la portée de tous, et dont la réunion ne peut être opérée qu’à grands frais. Il est peu de travaux en botanique qui ne réclament l’examen d’une foule d’objets souvent très-rares, et l’on sait quelles difficultés attendent quiconque veut approfondir le moindre sujet et faire connaître ensuite le résultat de ses recherches consciencieuses. Ces difficultés sont encore plus grandes pour l’homme peu favorisé de la fortune et qui, à chaque pas qu’il veut faire, est arrêté dans sa marche. Que de savants laborieux, mais placés dans une humble situation, se sont vus contraints de renoncer à des travaux qui devaient les honorer eux et leur pays ! Combien d’autres, dans le débit d’un ouvrage qui ne s’adresse qu’à un petit nombre de personnes, ne rencontrent qu’une faible compensation à des veilles pénibles, à des frais dispendieux! Comment venir en aide à de tels hommes? Sans doute les gouvernements trouvent, dans la haute position où ils dominent la société, les moyens de faire accepter les moindres secours destinés à encourager ou à faciliter des travaux utiles ; mais un particulier ne jouit pas toujours de la même prérogative, et il ne peut d’ailleurs en user qu’avec de grands ménagements pour ne pas éveiller d’honorables susceptibilités. C’est sous l’influence de cette idée que M. Benjamin Delessert a agi lorsqu’il a voulu recueillir tous les documents précieux que renferme son musée botanique, et mettre de si nombreux et si rares
matériaux à la disposition de tous ceux que l’amour de la science porterait à en faire usage, au savant déjà introduit dans le sanctuaire comme à l’élève qui voudrait y pénétrer. A l’un comme à l’autre, M. Delessert offre un appui généreux, et par là s’établit une douce confraternité entre des hommes que leur position personnelle éloignerait souvent et que rapproche toujours une conformité de travaux et d’opinions scientifiques. Par là, encore, se trouve rempli un désir de M. Delessert, le but constant des efforts de toute sa vie, celui d’être utile, et il a réussi en offrant aux amis de la botanique l’encouragement le plus certain , le plus noble et le seul, par conséquent, qui soit en rapport avec la dignité de la science et celle des hommes d’intelligence appelés à la cultiver.