HERBIER I)E VENTENAT
En l’année J 809, M. Delessert fit l’acquisition de l’herbier de Yentenat (Etienne-Pierre), auteur du Choix de plantes , du Jardin de Cels, et du magnifique ouvrage du Jardin de la Malmaison. Cet herbier, qui remplissait cent quarante boîtes, a été intercalé dans l’herbier général. La plus grande partie des plantes qui le composaient est nommée avec une grande exactitude. On y trouve non-seulement les échantillons-types qui ont servi aux ouvrages de Ventenat, mais encore une immense quantité de plantes provenant de ses relations et de son active correspondance avec les principaux botanistes de l’Europe, tels que Swartz, Vahl , Schrader, Cavanilles, Bosc, Deliïe, Balbis, Villars, etc.
Cette grande collection comprenait en outre deux portefeuilles de plantes envoyées du Brésil à l’impératrice Joséphine et données par elle-même à Ventenat.
HERBIERS DE PALISOT DE BEAI VOIS.
En \ 820, M. Delessert se procura les collections faites par Palisot de Beauvois dans un point de la Guinée supérieure, et dans quelques parties des États-Unis de l’Amérique septentrionale.
Les pays d’Oware et de Bénin n’avaient encore été visités par aucun naturaliste, lorsque l’occasion d’entreprendre un voyage dans ces contrées s’offrit à Palisot de Beauvois. Le prétendu fils d’un roi nègre, de la côte d’Afrique, avait été amené en France en 1786 et il devait s’en retourner peu de temps après dans sa patrie. Palisot de Beauvois résolut de
raccompagner et il partit, à ses frais, pour le royaume d’Oware. 11 y arriva dans le mois cle novembre, après avoir relâché à Lisbonne, à Chamah, comptoir hollandais sur la Côted’Or, entre le cap des Trois-Pointes et le cap Corse; à Koto, comptoir danois de la même côte sur le fleuve Volta ; à Amokou, comptoir français, et à Juida. Partout il faisait des récoltes et profitait avec soin de tous les vaisseaux qu’il rencontrait pour adresser les produits de ses recherches à i\L de Jussieu.
Le pays d’Oware, ou Awerri, ainsi nommé par les européens, situé sur la côte occidentale de l’Afrique équatoriale, est borné au nord par le royaume de Bénin, et au sud par celui de Galbar. Ses habitants se désignent eux-mêmes sous le nom de Jackeris.
Arrivé dans ce pays, l’insalubrité du climat réduisit Pâlisot de Beauvois à un état de langueur déplorable, mais il ne perdit pas courage et, tant que ses forces le lui permirent, il parcourut le pays, recueillant tout ce qui s’offrait d’intéressant pour l’histoire naturelle. Après avoir fait un voyage a Agaton, premier entrepôt du royaume de Bénin, il en fit un second à Bénin même, où il séjourna quelque temps et fut accueilli par le roi. Revenu à Oware, Palisot de Beauvois en partit par une autre route pour Bono-Pozzo, dernière place du royaume du côté du désert.
Cependant ses forces diminuaient de jour en jour, et il se trouva enfin dans une situation tellement critique, qu’un de ses amis ne trouva d’autre moyen de le sauver que de l’embarquer de force sur un vaisseau négrier qui se rendait au Cap-Français, à Saint-Domingue. Palisot de Beauvois y débarqua le 28 juin 1788, dans un grand état de faiblesse, il se rétablit peu à peu et voulait se fixer à Saint-Domingue ; il étudia cette île et la parcourut en tous sens avec ardeur.
Au mois d’octobre 1791 , lors des événements de Saint Do mingue, il fut envoyé à Philadelphie dans un but politique ; i! y résida pendant près de deux ans et revint à Saint-Domin-
gue à Fépoque de l’incendie du Cap où toutes ses collections furent perdues. Obligé de se réfugier à Philadelphie, il y trouva, non sans peine, quelques moyens d’existence et se mita faire des courses scientifiques. Ses premières excursions eurent lieu dans les provinces du sud-ouest, parmi les Criks (Creeks) et les Cherokis ; ses collections dans tous les genres furent très-riches, mais il eut encore le malheur de les perdre par suite du naufrage du vaisseau sur lequel il les avait embarquées.
Alors que Palisot de Beauvois put revenir en France, il se hâta d’emporter le peu qui lui restait de ses collections et débarqua à Bordeaux au mois d’août 1798
Les plantes provenant de son voyage en Afrique ont été décrites dans la belle Flore d’Oware et de Bénin, que Palisot de Beauvois a publiée en 1804-1807. 11 y donne les figures coloriées de 120 plantes dont les dessins ont été faits sur les échantillons mêmes qu’il a rapportés et qui sont conservés à part dans le musée de M. Delessert.
L’herbier de Palisot de Beauvois, outre ses plantes d’Oware et d’Amérique, comprenait un choix de cryptogames et de graminées nommées par lui et des échantillons qu’il avait reçus de différents botanistes.