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Herbier de Barbarie.
M. Desfontaines (René-Louiche), devenu membre de l’Académie des sciences et professeur de botanique au Muséum d’histoire naturelle de Paris, avait eu la pensée d’explorer, sous le rapport botanique, la côte de Barbarie, depuis les frontières de Tripoli jusqu à celles de Maroc, c’est-à-dire les pays d’Alger et de Tunis. Le plan de ce voyage ayant été approuvé et agréé par l’Académie des sciences, M. Desfontaines s’embarque à Marseille le 16 août 1785, et arrive le 25 à Tunis. Il parcourt aussitôt les environs de cette ville. Une occasion se présente de pénétrer plus avant; il part de Tunis le 25 décembre 1785, avec le bey qui marchait à la tête de son camp et se rendait dans le Biledulgerid, à 160 lieues de Tunis, pour percevoir les tributs annuels des Arabes qui habitent les parties méridionales du royaume. M Desfontaines visite Kaïrouan (la plus grande ville du royaume après Tunis), et ses environs jusqu’à Cafsa, sur les bords du désert, ville distante de Tunis d’environ 7 0 lieues, et où l’on campa pendant quatre jours. Quelques heures après Cafsa on entra dans le désert et l’on se rendit à Tozer. Vers la fin de février l’armée quitte le Biledulgerid pour revenir à Cafsa en suivant la route qu’elle avait déjà parcourue, visitant les ruines de
Sfaïtla et de Sbibah, et se dirigeant sur la viüc frontière de Keff ( ou El-Kief ) . M. Desfontaines revint à Tunis le 8 avril -1784.
Étant passé à Alger, le savant professeur projette bientôt un nouveau voyage vers Tremecen. Il venait de trouver, comme à Tunis, l’occasion de se réunir à une expédition chargée, cette fois encore, d’aller lever les tributs. Il part d'Alger le 4 mai, et va camper dans les plaines de la Metidja, à environ une lieue et demie de Blidah. 11 explore les environs de Tremecen et de Mascara et revient à Alger; il avait fait pendant le cours de ce voyage plus de trois cents lieues dans un pays qui offre des dangers de toute sorte.
Vers le commencement de juillet notre voyageur entreprend de visiter la côte de Tunis, dans un espace d’environ 80 lieues, jusqu’à Sfax sur le bord septentrional du golfe de Cabès. La botanique gagna beaucoup à ce voyage qui eut lieu par Sousah, une des grandes villes de la régence, éloignée de Tunis d’environ 54 lieues, par Monastir, Africa ou El-Mahadia et El-Gem. De Sfax aux limites de la régence de Tripoli on compte environ 40 lieues ; M. Desfontaines ne franchit point cet espace, et il était de retour à Alger le T 8 août.
Au mois de septembre et après avoir visité au loin les environs d’Alger, M. Desfontaines veut encore entreprendre une autre exploration. Profitant d’une caravane qui se rendait à Constantine, il côtoie les bords de la rade d’Alger, descend dans la plaine de la Metidja qu’il traverse à l’extrémité orientale, et commence le lendemain à monter l’Atlas. 11 arrive, après avoir parcouru un pays difficile et par le défilé nommé la Porte-de-Fer, dans une contrée appelée Magenah, et à l’est sur le territoire de Constantine qui en est séparé par une petite chaîne de montagnes. M. Desfontaines fut très-bien reçu par le bey de Constantine qui lui donna toutes les facilités possibles pour parcourir les belles plaines de cette province. Après avoir traversé deux fois la Séibouse, rivière considérable qui coule vers l’ouest, il atteint une plaine de
six à sept lieues de largeur et au bout de laquelle se trouve la ville de Boue. Il rencontre dans cette ville l’abbé Poiret qui déjà avait exploré plusieurs points de l’ancienne Numidie. Ces deux savants se lièrent d’amitié et leurs courses devinrent communes. Ils parcoururent ensemble les plaines situées au delà de l’ancienne Hippone, le long de la rivière de Séibouse, et, dirigeant leur route vers les bords de la mer, ils herborisèrent au Cap-Rose, à l’ancien Bastion de France; et, après avoir traversé d’assez vastes forêts et visité la Mazoule, le pays des Zulmis, ils se rendirent à la Calle, s’y arrêtèrent quinze jours, et retournèrent àBone, oùM. Desfontaines s’embarqua pour Marseille. 11 arriva à Paris en 1783.
M. Desfontaines eut le bonheur d’être protégé dans ses excursions par le consul français, et la confiance qu’il sut inspirer aux beys qui gouvernaient les régences lui obtint, comme nous l’avons vu, les sûretés nécessaires pour ses voyages ; il put de cette manière visiter sans crainte des provinces où les étrangers ne pénétraient qu’au risque des plus grands périls. « Il herborisait toujours, dit M. De Candolle dans la notice qu’il a consacrée à M. Desfontaines, il herborisait toujours accompagné d’une escorte, ou tout au moins d’un garde turc qui, armé d’un fusil, devait le défendre contre les attaques des Maures. Quoiqu’il sentît l’utilité de cette protection, elle lui était souvent à charge, et je lui ai entendu plus d’une fois raconter, avec un naïf sentiment d’effroi, les craintes où il était sans cesse que la moindre impolitesse d’un Maure ne fût soudainement punie d’un coup de fusil par ce garde vigilant qui aurait cru par cela faire une simple preuve d’empressement. »
M. Desfontaines a décrit dans sa Flora atlantica environ 1,600 plantes, parmi lesquelles 500 espèces nouvelles , provenant de ses herborisations dans les régences de Tunis et d’Alger.
Ce voyage, qui avait permis à M. Desfontaines d’étudier la végétation d’un grand nombre de palmiers, amena la publi-
cation du beau mémoire sur l’organisation des monocotylédons, qu’il présenta à l’Institut en 1796. 11 y démontrait les différences si caractéristiques qui existent dans la structure et le mode d'accroissement des deux grandes classes naturelles de végétaux ligneux appartenant à la phanérogamic : les monocotylédooés et les dicotylédonés. Ainsi cette division primordiale se trouvait confirmée par l’observation de M. Desfontaines qui fait concorder avec l’organisation intérieure de la plante les caractères tirés jusqu’alors de ses seuls cotylédons, et qui permet, à l’inspection de la coupe transversale d’une titre, de reconnaître facilement à laquelle de ces deux grandes classes elle doit appartenir.
M. Desfontaines avait été l’élève et était devenu, malgré la différence des ares, l’ami intime de M. Lemonnier. 11 lui succéda dans la place de professeur de botanique au Jardin du Roi.
L’herbier du voyage de M. Desfontaines , que possède M Delessert, contient 600 plantes. Cet herbier, qui peut être considéré comme un double des échantillons-types décrits dans la Flora ailaniïca, avait été donné à M. Lemonnier avant la publication de cet ouvrage. Son auteur a bien voulu les revoir toutes en 1828 et 1829, et dénommer celles qui pouvaient offrir quelque ambiguïté.
Ces plantes n’ont pas été réunies à l’herbier général de M, Delessert. Elles sont conservées à part.
André laiciianv
Herbiers de Perse et de l’Amérique septentrionale.
Le voyage en Perse, entrepris sous les auspices de M. Lesnonnier, fut la première expédition d’André Michaux. Ce laborieux voyageur avait formé le projet d’aller dans des contrées peu connues, d’en rapporter les productions etde les acclimater parmi nous. M. Lemonnier, qui prenait à Michaux l’intérêt le plus tendre, saisit une occasion qui sc présentait, et il obtint que
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ce botaniste accompagnerait le consul de France en Perse. Ce consul n’était autre que M. Rousseau, neveu de Jean-Jacques Rousseau, né à Ispahan, et qui venait d’arriver à Paris. Ils partirent en 1782. Le 50 mars de cette année, Michaux débarquait à Alexandrette. 11 visitait ensuite les environs d’Alep et faisait des courses dans les montagnes. 11 se rendit d’Alep à Ragdad, où il arriva après quarante jours de marche à travers le désert, quitta le consul et se dirigea vers Bassora, où il séjourna quelques mois qu’il employa à l’étude de la langue persane et à prendre connaissance du pays Michaux, qui avait voulu entrer en Perse par Aboucher, port du golfe Persique, fut pris par les Arabes, qui lui enlevèrent tout ce qu’il possédait et le laissèrent sans ressources. Il trouva le moyen d’arriver à Schiras ; il y resta quelque temps et se rendit à Ispahan. Pendant deux années il parcourut la Perse depuis la mer des Indes jusqu’à la mer Caspienne. Sa passion pour la botanique ne se démentit pas au milieu des difficultés d’un tel voyage. Dans une excursion qu’il fit en bateau sur le Tigre, il regrette de n’avoir pu aller herboriser sur un coteau voisin. « Les Arabes m'avaient pris mes souliers, dit-il, et le sol était si brûlant, qu’il m’était impossible de poser les pieds ailleurs que dans les endroits couverts d’eau. »
Michaux revint à Paris, en 1785, avec un herbier considérable et des collections de graines. 11 repartit le 29 septembre suivant pour se rendre dans l’Amérique septentrionale. 11 était chargé par le gouvernement de parcourir les États-Unis, d’y recueillir des graines et des plants d’arbres et arbustes, d’en établir une espèce d’entrepôt au voisinage de New-York, et de les faire passer ensuite en France. 11 arriva à New-York le 15 novembre et y resta quelque temps. Bientôt commencèrent ses voyages dans l’intérieur de cette contrée. Aucun botaniste n’a plus que lui exploré l’Amérique septentrionale qu’il a parcourue depuis la baie d’Hudson jusqu’à la Floride et depuis le Canada jusqu’au Mississipi.
Il se rendit d’abord dans îa Caroline du Sud et s’établit à Charleston, point central où il se proposait de revenir à chaque excursion qu’il terminerait. Il avait formé dans Je New- Jersey, près la ville de New-York, un jardin destiné à recevoir les graines et les jeunes plants qu’il rapporterait de ses voyages, lî en établit un second à quelques lieues de Charleston. Â l’aide de ces pépinières, il trouva moyen d’envoyer en France plus de soixante mille pieds d’arbres et quarante caisses de graines.
En avril -1787, Michaux quitte la ville de Charleston pour entreprendre son premier voyage aux monts Alleghany. Il était de retour le 1er juillet, par la Savannah qu’il avait descendue jusqu’à Augusta. Le 10 juillet il s’embarque pour Philadelphie et de là se rend par New-York au jardin qu’il avait établi dans le New-Jersey. Revenu dans le mois d’août à Charleston, il y reste jusqu’en février 1788, s’embarque pour Sainte-Augustine et explore pendant le printemps la Floride orientale, 11 fait ensuite une seconde excursion aux sources de la Savannah, afin cl’y prendre des racines et des graines des plantes les plus remarquables qu’il avait découvertes précédemment dans ces localités- A la fin de décembre il revenait à Charleston avec une grande collection d’arbres vivants, de racines et de graines, il passa le reste de l’hiver dans les îles Bahama, d’où il rapporta 860 pieds d’arbres ou arbustes.
Après différentes excursions, dont une entre autres dans une portion des montagnes de la Caroline du Nord, il résolut de visiter les montagnes de la Virginie. 11 pénétra dans cet État et arriva à Washington- Court-House, première ville que l’on trouve sur la côte occidentale des montagnes, en sortant de la Caroline du Nord. Après avoir continué sa course le long cle la vallée de Virginie, et passé par Frédérick dans le Maryland, et par Lancaster en Pensylvanie, il revint à Philadelphie le 2-1 juillet, et à New- York le 50. Lu août et septembre, il retourna à Charleston par Baltimore, Alexan-
dria, Richmond et Wilmington, et visita de nouveau les montagnes qu’il avait explorées l’été précédent. Ce voyage lui procura 2,500 pieds de jeunes arbres, ainsi que des arbustes et
d’autres plantes.
En mars 1792, Michaux vendit son jardin de Charleston, et se rendant par eau à Philadelphie; il herborise dans le New-Jersey et aux. environs de New-York jusqu’à la fin de mai. Au commencement de juin il prend passage dans un bâtiment pour Àlbany, où il arrive le 14 juin, ayant récolté quelques plantes sur sa route à West-Point, Poughkeepsie, etc; le 20, il s’embarquait à Whitehall, explorait les deux rives du lac Champlain, et se trouvait à Montréal le 50 juin, et à Québec le 16 juillet. 11 consacra le reste de la saison à l'examen de la région entre Québec et la baie d'Hudson dont il observa, le premier, la botanique. Il quitte Québec dans le mois d’octobre, et il revenait une seconde fois à Philadelphie au commencement de décembre.
En juillet 1795, Michaux part pour le Kentucky afin d’explorer les États occidentaux qu’aucun botaniste n’avait encore visités. Il traverse les monts Alleghany, descend l’Ohio jusqu’à Louisville dans le Kentucky, traverse cet État et la partie ouest de la Virginie, et revient encore, après avoir fait ce voyage, à Philadelphie, qu’il quitte de nouveau en 1794, pour entreprendre une autre excursion dans les États méridionaux.
Le J 9 avril 1795, notre infatigable voyageur se remet en route. Dans les premiers jours de mai il redescendaitDoe-River et le Holston jusqu’à Knoxville dansleTennessée. De là, traversant les Cumberland-Mountains et un désert de 120 milles d’étendue, il arriva à Louisville le 2o juillet. En août, il remonte le Wabash jusqu’à Vincennes , traverse le pays jusqu’à l’illinois-River, et consacre les mois de septembre, octobre et novembre, à des herborisations le long du cours de l’Illinois, du Mississipi, de la partie inférieure de l’Ohio et dans les pays renfermés entre ces rivières. En décembre, il descend
le Mississipi dans un petit bateau jusqu’à l'embouchure de l’Ohio, remonte cette rivière et le Cumberland jusqu’à Clarksville, où il s’arrête le 16 janvier 1796, après un voyage périlleux et dans une saison des plus mauvaises. Il se rend de nouveau à Louisville, part pour la Caroline à la fin de février, traverse les Iron-Mountains, dans la Caroline du Nord, et arrive à Charleston en avril.
Au mois d’août, Michaux s’embarqua pour Amsterdam sur rOphir. Ce bâtiment fit naufrage sur les côtes de Hollande, le 10 octobre. Michaux était attaché à une vergue, et il avait perdu connaissance lorsqu’on le transporta dans un village voisin. Ses caisses placées à fond de cale purent être heureusement retirées du vaisseau. Michaux resta plus d’un mois dans le village , occupé à sécher ses plantes qui avaient été mouillées par l’eau de la mer. 11 arriva à Paris le 25 décembre 1796.
Quoique l’herbier de M. Delessert ne renferme qu’une petite portion des plantes recueillies par Michaux, nous avons pensé qu’on lirait avec intérêt l’analyse abrégée de ses différents voyages dans l’Amérique septentrionale. Une partie de ces renseignements nous a été fournie par une notice de M. Asa Gray insérée dans le 1er vol. du London journal of botamj , notice faite d’après les journaux mêmes de voyage de Michaux qui ont été communiqués à M. Asa Gray.
Nous avons vu que le but principal des voyages de Michaux était de recueillir des objets et de rassembler des informations utiles à la culture; en même temps qu’il remplissait cette mission avec ardeur, ce zélé naturaliste ne négligeait pas les plantes qui intéressaient, uniquement la botanique, et celles , entre autres, qu’il rapporta de Perse, quoique peu nombreuses, ne laissent pas que d’être très-remarquables.
Michaux, de retour en France, préparait les matériaux de sa Flora 7 or ealis americana, lorsqu’on lui proposa d’accompagner le capitaine Baudin, qui commandait une expédition dirigée sur la Nouvelle-Hollande. Ne pouvant retourner en
Amérique comme il l’aurait désiré, Michaux accepta cette proposition et partit avec le capitaine Baudin le 27 vendémiaire an ix. Pendant la traversée il herborise à Ténériffe. Arrivé à l’île de France le 25 ventôse, il y reste six mois, parcourant 111e dans toutes les directions et passant souvent plusieurs jours dans les bois, seul avec un nègre. Pendant ce temps, Michaux avait pris sur Madagascar des informations qui lui donnaient le plus grand désir de visiter cette île, et profitant d’une condition qu’il avait mise à son voyage, et qui lui laissait la liberté, une fois arrivé à l’île de France, de ne pas aller plus loin s’il le jugeait convenable, il se sépara du capitaine Baudin et partit à la fin de prairial. 11 aborda sur la côte orientale de 111e de Madagascar, la parcourut l’espace de vingt lieues, et s’établit à Tamatave. Sa santé ne fut point altérée pendant quatre mois qu’il y resta, mais au commencement de frimaire an xi, comme il se disposait à partir pour le centre de l’île, il fut atteint de la fièvre du pays, qui l’emporta au second accès.
HERBIERS DES BURMANN.
M. Delessert se procura à Amsterdam plusieurs herbiers parmi lesquels ceux des Burmann, c'est-à-dire toutes les collections botaniques qui avaient appartenu à Jean Burmann et à Nicolas Laurent Burmann son fils. Nous citerons particulièrement, entre autres plantes dépendant de ces collections, l’herbier de fïnde formé par Hermann, Pryon, Kleinhoff, etc., l’herbier du Cap et un autre herbier renfermant les plantes de 111e de Ceylan , trois colîecîions dans lesquelles on trouve les plantes qui ont servi de types aux trois ouvrages suivants publiés par les deux Burmann, savoir : Thésaurus zeijlanicus , Décades et Flora indica.
Le Thésaurus zeijlanicus de Jean Burmann, publié en 1757, a été rédigé, avec l’assistance de Linné, encore assez jeune, en partie sur des échantillons de plantes rapportées par le
docteur Paul Hermann, un des botanistes les plus distingués du dix-septième siècle, qui fut envoyé en 1670 à Ceyian aux frais de la compagnie des Indes hollandaises, pour y décrire toutes les plantes et tous les aromates qui croissaient dans cette île. Hermann y resta jusqu’en 1677. La collection de ces plantes, maintenant en la possession de M. Delessert, est reliée en un fort volume in-folio. Chaque échantillon collé sur une feuille de papier est chargé d’annotations manuscrites.
Le même Jean Burmann a publié en 1758-1 759 ses Décades rariorum qfricanarum plantarum sur des plantes et des dessins qui provenaient des collections d’Oldenland, de Hartog et d’Hermann et de celles de Witsen, bourgmestre d’Amsterdam, bien connu par son goût pour la botanique.
En 1768 Nicolas-Laurent Burmann publia sa Flora indien, ouvrage disposé selon le système linnéen, et qui renferme les descriptions de près de 1,500 espèces de plantes, dans lesquelles se trouvent confondues plusieurs espèces du Cap. Nicolas Laurent Burmann avait puisé les matériaux de cette Flore dans les collections de son père et dans celles de Garcin.
La collection Burmann montant à plus de 29,000 plantes, a été intercalée dans le grand herbier général de M. Delessert, à l’exception des trois herbiers de l’Inde, du Cap et de Ceyian. Malgré leur ancienneté, ces plantes se trouvent dans un état de conservation parfaite. Outre les échantillons-types dont nous venons de parler, la collection Burmann renferme des plantes envoyées par Àllioni, Breyn, Schmidel, Van Royen, Houttuyn, etc.
En petit herbier assez curieux provient également des Burmann : c’est une collection de plantes de la Laponie, récoltées et envoyées par Linné, lui-même, à l’un des Burmann (1), et dont quelques-unes portent des annotations de
(1) On sait que Jean Burmann, élève de Boerhaave, .et promoteur ex-
la main de Linné, espèce d’herbier-type de la Flora lapponica qu’il a publiée en 4757.
Un petit choixde plantes de Suisse, envoyées à Burmann et étiquetées par le célèbre Haller, a été intercalé dans l’herbier général de M. Delessert.
Les plus célèbres botanistes de nos jours ont consulté les herbiers des Burmann, afin d’y reconnaître les types d’un grand nombre de plantes décrites par Linné et par les auteurs de son époque.
HESiBIER DU JAPON , DE TH U iS BERG.
Au nombre des herbiers dont M. Delessert avait fait l'acquisition à Amsterdam, se trouvait une collection de plantes du Japon provenant de Thunberg.
Le désir qu'avait ce célèbre botaniste d’étendre ses connaissances en histoire naturelle dans un pays peu exploré, le décida à entreprendre un voyage au Japon. Entré au service de la compagnie hollandaise des Indes, il s’était embarqué pour le cap de Bonne-Espérance en 1771, y était resté trois années, et de là s’était rendu à Batavia; il quittait cette ville le 20 juin 1775 pour s’embarquer sur le bâtiment qui devait le transporter au Japon. 11 venait d'ètre nommé premier chiüurgien du vaisseau amiral envoyé dans ce pays par la compagnie hollandaise, et le commandant de l’expédition avait reçu toutes les instructions et les ordres capables de favoriser les travaux de Thunberg, qui était même chargé de l'accompagner, comme médecin de légation, à la cour de l’empereur où il devait aller en ambassade. Outre les fonctions de l'emploi que lui donnait la compagnie des Indes, Thunberg avait contracté, en Hollande, l’engagement de rassembler, dans les
tîêmement zélé de la botanique, accueillit de la manière la plus amicale Linné, qui lui avait été recommandé par Boerhaave, et que ce fut chez Ici que l’illustre Suédois passa l’hiver de 1755.
contrées lointaines qu’il allait parcourir, la plus grande quantité de graines pour le jardin botanique d’Amsterdam et pour différentes personnes de distinction de Hollande.
Thunberg arriva dans le mois d’août au port de Nagasaki sur la côte occidentale de l’île de Kiou-Siou ; en raison de son grade de chirurgien et de ses connaissances en médecine qui lui donnèrent plus d’une fois l’occasion d’être utile à quelques interprètes, il obtint du gouverneur une permission jusqu’alors refusée aux Européens, celle de parcourir les environs de la ville de Nagasaki pour y ramasser des plantes et des graines ; mais cette faveur lui fut retirée peu de tem'ps après. Il finit par obtenir cependant une autorisation nouvelle, mais si tard, qu’il ne put en profiter qu’au mois de février. Heureusement que plusieurs interprètes s’étaient rendus ses élèves en médecine et en chirurgie ; ils traitaient, même en ville, et sous sa direction, les malades de Thunberg qui leur demandait, pour prix de ses leçons journalières, toutes les plantes et les graines qu’ils pourraient recueillir sur les collines du voisinage.
Le 7 février 1776, Thunberg commença ses premières excursions botaniques dans les environs de Nagasaki d’après sa nouvelle permission ; mais ses courses lui devinrent assez coûteuses. Accompagné d’une suite nombreuse d’interprètes, d officiers et d’esclaves, il était tenu, à la fin de chaque herborisation, de conduire toutes ces personnes à l’auberge et de leur offrir des rafraîchissements, selon l’usage du pays. Mais, comme il le dit lui-même dans la relation de son voyage, il n’avait pas la complaisance de modérer son pas sur le leur, et il fallait qu’ils le suivissent sur les collines et à travers les montagnes. Ces promenades eurent lieu régulièrement une fois et souvent deux fois la semaine, jusqu’au départ de l’ambassadeur hollandais pour la cour de l’empereur.
Thunberg visita également l’île de Desima, dans laquelle se trouve relégué le comptoir hollandais, et fut obligé, deux mois après, de se rendre à 111e de Papenberg où le bâtiment
qui l avait amené devait achever sa cargaison. On permit à l’équipage hollandais pendant son séjour dans cet endroit de visiter plusieurs petites îles des environs, et Thunberg en profita pour recueillir toutes les plantes qu’il put se procurer. Ce ne fut pas sans peine qu’il y parvint, car, escorté par plusieurs barques japonaises, il ne pouvait s’arrêter un peu de temps dans un endroit qu’il ne vît aussitôt une de ces barques se détacher pour l’observer de près. Ses herborisations dans le cours de son voyage auraient été peu fructueuses, s’il n’avait mis à profit les bonnes dispositions des interprètes dont il se servait et qui lui procurèrent un grand nombre de plantes rares et curieuses, surtout de celles qui croissent dans l’intérieur du pays dont l’accès est interdit aux étrangers.
Le 4 mars 1776, Thunberg quitte file de Desima pour se rendre, à la suite de l’ambassadeur hollandais, à Yedo, ville capitale du Japon, sur la côte sud-ouest de l’île de Niphon, traversant, dans l’île delviou-Siou, Sanga, capitale delà province de Fizen, la province de Tsikousen et la ville de Kokura, Le 1 1 mars, une chaloupe japonaise transporta les voyageurs à Simonoseki dans l’île de Niphon, d’où ils se rendirent à Fiogo et de ce port à Osaka et à Miako. Thunberg avait espéré que ce pays, si rarement visité par les Européens, lui offrirait un grand nombre de plantes neuves et intéressantes, mais à cet égard il se trompait, car dans tontes les provinces qu’il avait traversées, ainsi qu’à l’endroit où il se trouvait alors, les champs étaient cultivés avec tant de soin et tellement purgés de ce que l’on appelle mauvaises herbes, qu’il ne restait rien à glaner pour un botaniste.
L’expédition quitta Miako le \ 4 avril, passa à travers les pays d’Oumi et d’Isé, et arriva à la montagne de Fousi (Fousi-Yama), la plus haute peut-être du Japon. Thunberg en examina la végétation jusqu’au sommet. Le 28 avril, l’ambassadeur hollandais arrivait à Yedo. Ce voyage avait duré trente-quatre jours. Thunberg repartit de Yedo le 25 mai et.
un mois après, il était revenu, par le même chemin, à Nagasaki.
La Flore du Japon , que Thunberg a publiée, à son retour (en J 784), contient environ 1 ,000 espèces.