II . le docteur F*é veillé
L’expédition scientifique exécutée en 1 857 sous les auspices de M. le prince Anatole de Demidoff a procuré à l’herbier de M. Delessert des plantes de la Crimée qu’a bien voulu lui donner M. le docteur Léveillé, qui faisait partie de cette expédition. La section à laquelle ce botaniste était attaché quitta
Paris dans le mois de juin , et le 10 août, après avoir visité Munich, Vienne, la Hongrie, la Valachie, la Moldavie, la Bessarabie , Odessa et ses environs, elle arrivait par le bateau à vapeur Pierre-Le- Grand à lalta, petite et nouvelle ville située sur les bords de la mer à la partie méridionale de la Crimée. Cette ville, par la facilité des communications, devint le centre des diverses excursions des voyageurs , et ils purent, à différentes époques, visiter cette belle chaîne de montagnes qui s’étend dans l’espace de trente-six lieues de l’est à l’ouest de la Crimée, et forme la partie la plus pittoresque et la plus riche en végétaux que l’on puisse trouver ; elle offre des rochers arides, des forêts et des pics assez élevés, notamment le Tchadir-Dagh ou montagne de la Tente, qui, d’après des mesures récentes, a 1,540 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer. Le docteur Léveillé parcourut les steppes qui environnent les principales villes, comme Sevastopol, Simphèropol , Eupatorie (Koslov) , Théodosie (Caffa) , Soudak, Bala~ clava, etc., espaces immenses, fatigants à explorer à cause de l’uniformité de leur végétation , et qui n’offraient qu’un très-petit nombre de plantes, celles que l’ardeur du soleil avait respectées étant devenues la pâture des troupeaux.
Après avoir coupé la Crimée dans toutes les directions, depuis Eupatorie jusqu’à Théodosie , et depuis le couvent de Saint-Georges jusqu’à Karasou-Bazar, nos voyageurs gagnèrent la flèche d’Arabat, les bords du Sivach (ou mer Putride) et d’Azof, et de là traversèrent l’ancien royaume de Pont jusqu’à Kertch. Tout ce pays est représenté par une vaste steppe dont la végétation est la même qu’en Crimée. Ils passèrent enfin le détroit de Iéni-Kaleh. et visitèrent Taman, remarquable par ses nombreux volcans de boue, ses coquilles fossiles très-curieuses, et par le Centaurea solsiitud’is^ qui y prend un développement si gigantesque qu’il forme le principal combustible de ce pays.
La végétation, qui était à peu près accomplie à l’arrivée de l’expédition, n’a pas permis au docteur Léveillé de récolter
un grand nombre de plantes. La partie cryptogamique, sauf les mousses et les lichens, ne lui a cependant pas manqué ; il a plus que doublé le nombre des algues que Ton connaissait dans la mer Noire, et il a trouvé plusieurs champignons nouveaux.
Après avoir visité Taman, l’expédition revint sur ses pas; elle se trouvait à lalta le 28 septembre. De là elle se rendit à Odessa , d’où la peste qui venait de se déclarer chassa nos voyageurs le 4 octobre , et les obligea d’effectuer leur retour par Constantinople, l’Asie Mineure, etc. Ils arrivèrent à Marseille le 5 décembre.