‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 46 sur 257 · TURQUIE D ASIE, ARABIE ET PERSE · texte numérisé non relu

TURQUIE D ASIE, ARABIE ET PERSE

M. Théodore Kotschy.

En 1841, M. Th. Kotschy, de Vienne, se trouvait dans la Turquie d’Asie.

De mars à juin il herborisait à Alep et sur le Djebel-Nabas ; en juillet et août, dans le Kourdistan, aux environs d’Amadiah, aux bords du fleuve Zab (ancien Lycus) ; et dans le mois de septembre, à Mossoul et dans les îles du Tigre.

M. Kotschy avait envoyé précédemment un herbier de plantes d’Égypte, du Taurus et de Nubie.

Ce naturaliste avait été adjoint comme botaniste à une expédition de géologues autrichiens, envoyée en Égypte. Il arriva en Grèce dans l’année 185R avec l’expédition; de là il se rendit au Caire, et, après un court séjour en Syrie, il passa

deux des mois d’été les plus favorables dans la chaîne si peu connue du Taurus.

11 y recueillit un grand nombre de plantes, dont la plupart, assez rares ou peu connues, ne se trouvaient que dans quelques herbiers.

Expédition du colonel Cliesney.

C’est ici le lieu de mentionner un petit herbier de planter provenant de l’expédition commandée par le colonel Chesney, et qui avait pour but d’étudier la navigation de l’Euphrate, et de déterminer les stations les plus convenables pour le service des bateaux à vapeur que les Anglais voulaient établir sur ce fleuve. Le colonel Chesney avait préludé à cette opération par un premier voyage d’exploration en janvier 1 851 . L’expédition nouvelle, partie de Malte en mars 4 855, se dirigeant sur Chypre et sur Baïrout, avait nécessité le transport d’un matériel considérable jusqu’à l’Euphrate. Des machines devaient servir à monter deux bateaux à vapeur en fer, parfaitement organisés, placés en pièces à bord du bâtiment qui emmenait les personnes engagées dans l’expédition. Ces deux bateaux portaient à l’avance des noms significatifs : l’un était /’ Euphrate et l’autre le Tigre. Le dépôt des matériaux et équipages fut établi à Port-William, petit ouvrage de campagne, ainsi nommé par les Anglais, sur la rive droite du fleuve, à environ deux lieues au-dessous de Bir, et dont on voyait encore les restes il y a quelques années. 160 mulets, 841 chameaux, des chevaux et des bœufs furent employés au transport des fardeaux. Malheureusement, la saison des pluies arriva au milieu de ces travaux; la chaudière du Tigre se trouva submergée, on y attela 100 bœufs pour la retirer de l’eau, et cette opération dura plusieurs semaines. Huit hommes perdirent la vie par suite des fatigues extraordinaires qu’on eut à endurer. Enfin les deux bateaux, lancés en septembre, commencèrent leur descente le 16 mars 1856. L'Eu-

phraie marchait en tête, et remonta jusqu’à Bir, aux acclamations des habitants accourus en foule sur le rivage. Pendant la descente, on se livrait aux sondes et aux relèvements. Le 21 mai un ouragan occasionna un triste événement. Au milieu de l’obscurité, le Tigre heurta avec force contre terre ; par différents chocs qu'il essuya, le bâtiment s’ouvrit, et bientôt après il sombra. Le colonel Chesney put heureusement se diriger à la nage droit vers le bord, où il retrouva plusieurs des officiers et matelots, mais la perte de ce jour ne s’éleva pas à moins de 21 hommes. L’Euphrate continua seul le voyage; il atteignit successivement Korna, au confluent de l’Euphrate et du Tigre, et Bassora, d’où il gagna Aboucher en quatre jours. Le colonel Chesney remonta alors d’Aboucher à Bagdad, et mit 104 heures à faire ce trajet.

Les étiquettes de quelques-unes des plantes récoltées dans cette expédition, et qui font partie de l’herbier de M. Delessert, les indiquent comme trouvées dans les localités suivantes : Port-William, mars 1 856 ; village de Gorlak ; embouchure du Sedjour ; château de Sedjimkala, bord mésopotamien ; Bamboudseh, avril 1856, etc.

Voyage de Bové.

Bové faisait partie, au moment où la mort l’a enlevé, de l’expédition scientifique envoyée en Algérie sous le commandement du colonel Bory de Saint-Vincent. Il avait été employé, comme jardinier, au Muséum d’histoire naturelle de Paris, et puis nommé directeur des cultures d’Ibrahim-Pacha, au Caire. Sa perte a été doublement regrettable, car Bové s’était montré jardinier habile autant que collecteur infatigable. Il a rapporté un grand nombre de plantes à la suite d’un voyage qu’il avait entrepris en Égypte, en Syrie, en Palestine et dans les deux Arabies; près de 500 espèces ont été recueillies par lui au Sinaï. Nous donnons ici l’indication rapide des lieux qu’il a visités.

Débarqué à Alexandrie le 10 avril i 829, il en part quelques jours après pour se rendre au Caire, où il séjourne pendant J 9 mois. Il étudie la végétation des environs de ce pays, visite plusieurs jardins, et se rend, au mois de novembre, dans la province de Fayoum.

Chargé par Ibrahim-Pacha défaire un voyage dans F Arabie- Heureuse, pour y prendre des graines et des plants de café qu’on voulait essayer de naturaliser au Caire, il part le •1er décembre 1850, et prend la route d’Yark, au nord du Caire. Le 4 décembre il arrivait à Suez ; il y reste plusieurs jours et y fait quelques herborisations. Après avoir parcouru les environs de Gadehhea, de Yembo et d’EÎ-Bohor, dans le désert, il arrive à Djeddah et fait quelques excursions dans l’intérieur de l’Yemen. Il revient au Caire après une absence de six mois.

Décidé à entreprendre un voyage au Sinaï et en Palestine, il quitte le Vieux-Caire le 27 avril 1852, et, prenant la route qu’avaient suivie les Israélites, il arrive le 2 mai à Suez, après avoir fait la veille une riche récolte de plantes dans de grandes plaines de sable qu’il avait traversées, lise rend, deux jours après, de Suez à Tor, où il reste trois semaines, qu’il emploie à parcourir les environs, à cinq lieues à la ronde. Le 1er juin, au matin, après avoir traversé des vallées, des plaines, des montagnes, il entrait dans la plaine du Sinaï. II visite les sommets du Sinaï et de Sainte-Catherine, et il augmente ses collections de plantes par des herborisations dans les déserts environnants. Le 18 juin il part pour Suez, où il reste dixhuit jours, attendant les chameaux qui devaient le transporter en Palestine. Parti de Suez pour Gaza, il arrivait à cette ville le 15 juillet, et employait plusieurs jours à en visiter les environs. 11 se dirige ensuite vers Jérusalem, où il reste trois semaines, et explore les bords du Jourdain et de la mer Morte. Le mont Carmel, Kaïffa, Nazareth, Tabarieh, sont les endroits principaux rencontrés par Bové le long de sa route jusqu’à Damas, où il arrivait le 20 septembre. Parti le 50, il prend le

chemin de Balbek, continue ses récoltes de plantes, et reste plusieurs jours à Baïrout. Enfin, le 15 décembre, après un voyage de huit mois, il rentrait au Caire par Saint-Jean d’Acre, Jaffa et Gaza.

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