II. Scliimpeiv
M. Guillaume Schimper, voyageur de la sociélé d’Essling* n, se trouvait en Égypte dans le courant de l’année 1854. I)u (.aire, il se rend au mont Sinaï, traverse Suez, se dirige dans l’Arabie-Pétrée et s’arrête à Tor. 11 prend pour son point central le couvent de Sainte-Gatherine, sur le Sinaï, et herborise dans les montagnes et les vallées environnantes.
En décembre 1850, la société d’Esslingen recevait un nouvel envoi de plantes, recueillies également par M. Schimper dans l’Hedjaz, près de Djeddah et dans les environs de la Mecque.
M. Léon de Laborde.
Mont Sinaï.
Nous venons de voir que M. Schimper, établi au couvent de Sainte-Gatherine sur le mont Sinaï, avait compris dans sa collection de plantes celles trouvées par lui dans cette localité* Déjà M. Léon de Laborde, connu par son voyage scientifique et archéologique dans l’Arabie-Pétrée, avait rapporté quelques plantes de ce même pays; les herbiers alors n’en renfermaient qu’un petit nombre. Le voyage de M. de Laborde n’avait pas été entrepris dans un but botanique ; il a recueilli seulement sur le mont Sinaï ou dans le désert qui l’environne, 85 espèces de plantes qui font partie de l’herbier de M. Delessert. C’est un souvenir auquel donnent plus de prix encore les liens d’amitié qui unissent M. Léon de Laborde à M. Benjamin Delessert. M. Delile, bien familiarisé
avec la végétation de ce pays, puisqu’il a étudié la flore d’une contrée voisine lors de l’expédition d’Égypte, a décrit les plantes de M. de Laborde à la suite de la relation du voyage de ce dernier. Sept espèces nouvelles en font partie, ainsi qu’un genre nouveau que M. Delile lui a dédié sous le nom de Leobordea .
M. Wellsted,
Cent plantes environ, récoltées par M. le lieutenant de vaisseau Wellsted (J. Raymond), dans les déserts' du mont Sinaï et à Akaba, ainsi que quelques espèces trouvées par le même dans un voyage du Sinaï à l’Yemen, sont venues depuis (en 1842) s’ajouter au petit herbier rapporté par M. Léon de Laborde.
M. Wellsted avait déjà concouru, en 1835, sous les ordres du lieutenant Haynes, à un relèvement des côtes de la mer Rouge. Quelques plantes ont été recueillies dans cette expédition, qui, après avoir touché à Mascate, arriva au cap Isolette, et ensuite à Morebat et à Maculah. De cette dernière ville, M. Wellsted fît un voyage à Sahar, capitale du district de ce nom, et se dirigea vers Aden. Là il se mit en route avec une caravane pour la ville de Lahadj, dans le pays d’Aden, et résidence du sultan.
Quelques plantes récoltées à Aden, entrées dans l’herbier en 1842, proviennent de M. Ralph.
âuclier-Éloy .
Les collections de ce voyageur-botaniste, enlevé trop tôt à la science, méritent une mention particulière. II a rapporté une grande quantité de plantes de diverses localités de l’Orient, et ces plantes il les a recueillies au milieu des privations, des périls de toute nature, accablé par les souffrances et les maladies les plus graves. Établi avec sa famille à Con-
stantinople dès 1850, c'est de ce point central qu’il entreprit plusieurs voyages, résolu qu’il était à recueillir les matériaux nécessaires pour une flore de l’Orient.
En novembre 1850 il part pour l’Égypte. A Alexandrie il fait la connaissance de M. Gustave Coquebert de Montbret, que son goût pour l’histoire naturelle avait aussi attiré dans ce pays. Tous deux allèrent jusqu’aux ruines de Thèbes et revinrent ensemble au Caire. M. de Montbret retourna en Europe par l’Italie, et Aucher-Éloy se dirigea par Suez- sur le mont Sinaï, et de là à Jérusalem par Gaza, en Syrie, en Chypre et à Stancho, et ne revint à Constantinople qu’au mois d’octobre 1 85 1 .
En J 852 il se rend à Smyrne, à Rhodes et au delà sur les côtes voisines de l’Asie- Mineure. L’année suivante il parcourt les environs de Constantinople et de Brousse, et en particulier le mont Olympe, accompagné, cette fois encore, de M. Coquebert de Montbret qui était revenu en Orient.
De deux voyages que fît M. Aucher-Éloy en 1854 et 1855, l’un l’amena à visiter, avec M. de Montbret, Nicomédie, Césarée, Antioche, Alep, et à se rendre en Arménie et à Erzeroum, par Malatia et le Haut-Euphrate Dans l’autre, Aucher-Eloy retourna, seul, par Brousse, Koutaïeh, la chaîne du Taurus et Adana à Alep. Il termina par Bagdad, ïspahan, Téhé ran, Tabriz et Trébisonde, d’où il s’embarqua, en novembre 1855, pour Constantinople.
Ces voyages réitérés n’avaient point abattu l’ardeur d’Aucher-Éloy. Son zèle'infatigable ne reculait devant aucune difficulté. 11 voulait visiter la Grèce et les côtes de la Turquie d’Europe et retourner en Perse. Rien ne put le dissuader d’entreprendre ces nouvelles excursions. A peine de retour de Syra, d'Athènes, de l’île d’Eubée, de la Thessalie, du mont Athos, il se remet en route, visite le nord de l’Anatolie et l’Arménie, Tabriz, le Ghilan et ses côtes sur la mer Caspienne. Il retourne à Ïspahan, se dirige sur Schiraz et Aboucher, traverse la province du Laristan pour s’embarquer
à Bender-Abbassy. Arrivé à Mascate et quoique accablé par les fièvres, il pénétra jusqu’à la contrée des Wahabites. Il voulait pousser plus loin ses explorations, mais il en fut empêché par la maladie. De retour à Ispahan, il y mourait le 6 octobre 1858 et terminait, loin de sa famille, une existence dont les dernières années avaient été tout entières consacrées à l’étude de la botanique et à la recherche des plantes.
M. le comte Jauberta publié, en 1 845, les Relations de voyages en Orient éT Aucher-Èloy . C’est d’après cet ouvrage intéressant que nous avons tracé la marche de ce naturaliste dans les divers pays où il a été herboriser. Les plantes provenant de ces voyages font partie des collections de M. Delessert.
M. le comte «laubert.
Au printemps de 1859, M- le comte Jaubert mit a exécution le projet qu’il avait formé d’un voyage en Asie-Mineure. Occupé jusqu’alors, et en particulier, de la flore méditerranéenne, il voulait poursuivre ses recherches vers l’Orient. A une époque antérieure, il avait parcouru successivement et à plusieurs reprises, d’abord avec Jacquemont, et puis seul, le midi de la France, les Alpes, les Pyrénées, l’Autriche et l’Italie.
Accompagné de M. Saul qui devait le seconder dans ses courses botaniques et réuni à M. Charles Texier, si connu par ses travaux archéologiques en Asie-Mineure et qui partait alors pour sa quatrième tournée, M. le comte Jaubert explore la portion de l’Asie-Mineure qui comprend Smyrne etEphèse, la vallée du Méandre, Geyra et le mont Cadmus, dans l’ancienne Carie, l’ancienne Phrygie, la chaîne de l’Olympe de Bithynie, Brousse, Nicée, Nicomédie et Constantinople.
il. Edmond Itoissicr.
Les plantes recueillies par M. Edmond Boissier, dans son
voj âge en Orient, sont en ce moment l’objet d’une publication particulière. C’est le IG mars 1842 que M. Boissier part de Trieste, et après six jours de navigation il arrive à Athènes ayant relâché à Corfou où il trouve plusieurs espèces intéressantes. Il fait à Athènes des herborisations au milieu des localités les plus riches, à la baie de Phalère et dans plusieurs des gorges de l’Hymète et dans le mois d’avril uns excursion en Morée, visitant Corinthe, Argos, le plateau de l’Arcadie et Tripolitza, d’où il se rend à Sparte. De retour à Athènes, et pendant les premiers jours de mai, M. Boissier fait une nouvelle excursion à travers le mont Cithéron, à Thèbes, puis à Chalcis dans l’Eubée. D’Athènes il se rend par Pile deSyra à Smyrne où il emploie toute la fin de mai à herboriser dans les environs dont les montagnes surtout lui offrirent une grande quantité d’espèces nouvelles. Dans les premiers jours de juin, faisant partie d’une caravane assez nombreuse munie de tentes et de provis. ons de bouche, il se met en route pour visiter l’intérieur du pays. Il se rend à l’ancienne Ephèse (Aia- Salouk) et débouche dans la vallée du Méandre. Il remonte ce fleuve et s'arrête huit jours à Aïdin ou Guzel-Hissar situé près de l’ancienne Tralles. Quittant le fleuve pour suivre un de ses affluents, il s’élève dans les plateaux qui appartiennent à la Carie et où est située Geyra, l’ancienne Aphrodisias. Son séjour dans ce village lui permet de faire l’ascension du pic le plus occidental de Cadmus, couvert de neige encore à cette époque; il arrive ensuite dans le vaste plateau de la Carie septentrionale. De Degnizli, où il s’était établi quelques jours, M. Boissier se rend à Hierapolis, célèbre par ses sources chaudes ; il va camper deux ou trois jours sur les hauteurs du Tmolus, et poursuit ses recherches botaniques sur les sommités les plus occidentales et les plus hautes de cette montagne, se dirige vers Sart, l’anlique Sardes, qui n’est plus qu’un moulin ; arrive à Magnésie, et était de retour le 1 0 juillet à Smyrne.
Peu de jours après cette exploration, le bateau à vapeur transporte M. Boissier à Constantinople ; il herborise à Brousse
et sur le mont Olympe, dans la région supérieure duquel il s’arrête pendant huit jours. Il examine avec soin la végétation de cette montagne et trouve plusieurs espèces qui avaient échappé aux botanistes déjà assez nombreux qui l’ont parcourue avant lui. Le 29 août il quitte Constantinople, aborde après vingt-quatre heures de navigation à Kustendjé sur les bords de la mer Noire, et revient par la Hongrie, Vienne et Munich, faisant en route une excursion de quelques jours dans les montagnes du Banat autour des bains si pittoresques de Mehadia.