‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 6 sur 257 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Notre intention avait été d’abord de faire connaître, dans une notice courte, mais complète, les collections botaniques de M. Benjamin Delessert, c’est-à-dire les herbiers et la bibliothèque dont la réunion forme ce que nous appelons son Musée botanique. Nous voulions indiquer seulement l’origine des principales collections conservées dans ce riche musée, et faciliter par là aux botanistes des recherches et des comparaisons dont les sciences naturelles ne sauraient se passer. Nous étions d’autant plus porté à entreprendre ce travail, qu’il nous semblait devoir acquérir, en dehors même de sa spécialité, un degré d’utilité générale qu’il n’aurait pas eu, appliqué à un cabinet d’une moins grande importance.

M. Benjamin Delessert, animé par le même sentiment qui lui a fait réunir ces précieuses richesses, a désiré voir s’étendre davantage le cercle où nous nous étions renfermé. Il a pensé qu’il y aurait profit à rassembler dans un même livre des informations éparses, toujours difficiles, souvent impossibles à retrouver, et qu’il serait utile de donner, avec l’histoire de toutes ses collections, une idée des principaux herbiers qui existent ailleurs, en y ajoutant l’exposé des voyages

les plus importants entrepris dans l’intérêt de la science

(Test d’après ces indications que nous avons coordonné les différentes parties de notre travail. Quelques explications préliminaires le feront mieux saisir encore.

Les découvertes nouvelles, à mesure qu elles entrent dans le domaine des sciences, exercent une grande influence sur leur marche et sur leurs progrès; c’est ce qui arrive en botanique, lorsqu’aux plantes déjà étudiées viennent s’ajouter d’autres plantes jusque-là inconnues, soit que ces découvertes apportent des modifications aux idées adoptées, ou donnent lieu à des applications inattendues, soit qu’elles fournissent de nouveaux éléments aux méthodes de classification ; et, à cet égard, raconter l’accroissement et les phases successives d’une collection où ces végétaux trouvent une place assurée, et qui se fait remarquer par le nombre, le choix et la variété des objets qu’elle renferme, c’est contribuer pour une part à l’histoire de la science elle-même.

On sait qu’une foule de collections de plantes appartenant à des établissements publics ou à des particuliers, contiennent des matériaux utiles et quelquefois indispensables à consulter. Leur dispersion n’est pas sans inconvénient poulie botaniste, qui souvent ignore où il pourrait trouver l’explication d'un fait ou la confirmation d’une idée. Nous nous sommes livré à des recherches sur les endroits où sont déposés les herbiers que recommande principalement la célébrité scientifique de leurs anciens possesseurs, et nous nous sommes procuré le plus de renseignements qu’il nous a été possible sur les herbiers publics et sur les collections particulières qui se trouvent aujourd’hui en Europe.

11 nous a paru, en même temps, qu’il serait curieux de juger des progrès de la botanique sous le point de vue de l’accroissement des plantes connues, et nous avons établi , par des chiffres comparatifs, le tableau de cet accroissement à dater d’une époque remarquable, celle de Linné, dont les travaux

ont constitué un grand point de départ et une ère nouvelle pour la botanique. Mais il ne suflisait pas d’énoncer ces augmentations, il fallait encore remonter aux moyens par lesquels elles se sont produites, et réunir aux notices sur les collections elles-mêmes celle des explorations auxquelles on en est redevable. Nous avons donc tracé l’historique non-seulement des voyages qui ont fourni au musée de M. Benjamin Delessert ses nombreuses collections , mais encore d’une grande partie de tous ceux au succès desquels la botanique s’est trouvée intéressée. Pour résumer toutes ces données, au moins quant aux herbiers de M. Delessert, nous avons dressé un tableau géographique dont la disposition permet de saisir les détails et l’ensemble des explorations faites par chacun des botanistes qui ont fourni leur part à cette grande collection et de comparer la marche suivie par les explorations avec les résultats qu’elles ont procurés.

A une époque où une impulsion forte est donnée aux études en tout genre, la botanique ne pouvait manquer d’être entraînée dans le mouvement. Si les voyages, sanslesquels cette science ne saurait prendre aucune extension, lui ont fourni, dans ces derniers temps surtout, de précieux matériaux, ils ne lui ont pas toujours prêté leur assistance, ni rendu tous les services qu’ils auraient pu lui rendre. D’abord, et pendant une longue suite d’années, on voit des expéditions lointaines entreprises soit par des gouvernements, soit par des particuliers, remplir leurs missions politiques ou commerciales sans songer à en faire profiter l’histoire naturelle; plus tard, des hommes de science, étrangers au commerce et aux affaires, sont reçus à bord des bâtiments, et, transportés dans des régions éloignées, ils reviennent chargés des productions qu’ils y ont recueillies; bientôt enfin les gouvernements s’associant tout à fait au mouvement des esprits, font plus encore que de tirer parti de ces occasions incertaines de voyage : ils arment des vaisseaux dans un but purement scientifique, et appellent ainsi les savants à de nouvelles découvertes dans l’his-

toire naturelle, comme dans la physique et la géographie.

Tant de voyages lointains n’enrichissent pas seulement les élablissements publics ; ils augmentent encore les collections particulières, et parmi celles qui ont le plus profité de la répartition de ces richesses, on peut placer au premier rang le cabinet botanique de M. Benjamin Delessert. L’histoire de ce cabinet, telle que nous l’avons conçue, a pour objet d’abord de faire connaître un établissement fondé sur une base large, qui s’associe et concourt avec force aux progrès de la botanique, et, ensuite, de présenter le tableau des documents souvent très-rares ou uniques qu’il contient et qu'il serait impossible d’apprécier exactement à la simple inspection. Mais, ainsi entendu, ce travail n’était pas sans quelques difficultés. La nature des produits que renferme le cabinet botanique de M. Delessert ne permettait pas d’en dresser le catalogue comme on le ferait d’objets de curiosité dont chacun se prête à une description plus ou moins développée. La collection se compose d’une quantité considérable de plantes et d’une grande bibliothèque botanique : donner l’énumération des plantes prises une à une, c’était rentrer dans le cadre des ouvrages destinés particulièrement à décrire les végétaux connus; le catalogue complet des livres, œuvre isolée et de longue haleine, ne pouvait être abordé que dans un ouvrage tout spécial et purement bibliographique. Au milieu de ces difficultés nous croyons avoir fait, pour la description des herbiers, ce qui convient le mieux au but que nous nous proposons d’atteindre et que nous venons d’indiquer. Quant à la bibliothèque, nous avons cherché à donner une idée de son importance, à indiquer les principales ressources qu’elle présente pour l’étude et à faire voir jusqu’à quel point se sont multipliées les publications sur les diverses branches de la botani que depuis des temps assez anciens jusqu’à nos jours.

Indépendamment de l’intérêt que peuvent offrir aux botanistes les différents détails que nous donnons sur les herbiers, nous pensons que la partie historique des voyages pourra

fournir quelques enseignements à ce point particulier de la science que l’on désigne sous le nom de Géographie botanique.

Cette branche de la botanique est de création assez nouvelle. Pendant longtemps les botanistes livrés à la recherche des végétaux et occupés de leur classification ont négligé l’étude et l’indication de la patrie des plantes. Cependant il se mêlait à cette étude, prise dans une certaine étendue, des considérations de physique générale, dignes d’être méditées, et qui enfin ont été aperçues. On a donc voulu, dans ces derniers temps, regarder les plantes sous ce point de vue particulier ; on lésa envisagées comme soumises à l’influence non-seulement du sol dans lequel elles puisent leur nourriture, mais encore à l’action des agents physiques extérieurs qui peuvent hâter ou arrêter leur accroissement ou même altérer leurs formes. On a observé le mode de dissémination et d’association des végétaux sur le globe, leur répartition territoriale, etc. ; et par suite des recherches faites en vue de ces principes, la géographie botanique s’est trouvée établie sur des données qu’une masse de faits nouveaux doit rendre de plus en plus positives. Renfermant l’énumération des nombreux herbiers de M. Delessert, la liste des voyageurs qui les ont recueillis, Pindication des localités que ces voyageurs ont parcourues, et enfin des informations sur les explorateurs qui se sont livrés à la recherche des productions naturelles, notre livre, nous l’espérons, permettra d’apprécier ce que les découvertes nouvelles peuvent ajouter à nos connaissances, et, considérés sous le rapport géographique, ces renseignements, déjà utiles pour savoir ce qui a été fait, le seront encore pour savoir ce qui reste à faire.

En résumé, notre travail présentera plus particulièrement :

L’origine et les accroissements du musée botanique de M. Benjamin Delessert;

La note de tous les herbiers que renferme ce musée ;

L’indication de toutes les personnes et les itinéraires des voyageurs-botanistes qui ont contribué à enrichir la collection de plantes ;

Un tableau géographique rapprochant méthodiquement les noms de toutes ces personnes et les localités d’où provien nent les plantes ;

Des notions sur tous les grands herbiers connus et l’indication des lieux où ils sont conservés ;

L’historique des expéditions et des voyages entrepris dans l’intérêt de la botanique, indépendamment de ceux qui se rapportent à l’herbier de M. Delessert ;

Une liste générale de tous les voyageurs-botanistes classés par grandes régions de pays;

Et enfin des détails étendus sur la bibliothèque botanique et sur quelques-uns des principaux ouvrages qui en font partie.

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