‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 7 sur 257 · UTILITÉ DES COLLECTIONS · texte numérisé non relu

UTILITÉ DES COLLECTIONS

L’histoire naturelle, comme on le comprend, ne repose que sur l’observation d’objets matériels précis et déterminés. Ces objets, épars sur toute la surface de la terre, sont placés dans des conditions d’existence différentes les unes des autres, qui en rendent la recherche souvent difficile et laborieuse. On s’étonne des résultats obtenus par les efforts d’un petit nombre d’hommes, ouvriers actifs et intelligents, qui vont sans cesse interrogeant la nature et rassemblant, à force desoins et de peines, les produits variés de sa création. Et là, cependant, ne s’arrête point la mission du naturaliste ; d’autres travaux réclament sa sollicitude, travaux immenses s’ils étaient dévolus seulement à quelques hommes; mais combien la tâche est allégée quand chacun apporte son tribut à la masse et met en commun le fruit de ses recherches personnelles, celui-ci affrontant tous les périls pour se procurer les matériaux que, plus sédentaire et non moins utile, celuilà doit mettre en œuvre.

Mais pour qu’ils fussent profitables au plus grand nombre, pour que tous les observateurs pussent être appelés à leur examen, il fallait disposer d’une telle façon les objets ainsi recueillis , qu’il devînt possible de les consulter à

volonté, sans grand déplacement, et de les étudier, au besoin , dans le repos et le silence. C’est alors que l’on dut songer à les réunir, à en accroître la quantité par tous les moyens possibles et à veiller à leur conservation. De là l’idée et la formation de ces collections dont l’importance varie et auxquelles on a donné les noms de musées et de cabinets d’histoire naturelle.

La nécessité des collections pour l’étude des sciences est bien démontrée ; leur utilité est grande, car elles rassemblent dans un même lieu une foule de documents et de matériaux qu’elles sauvent ainsi d’une dispersion qui serait leur perte ; elles fournissent les moyens de remonter aux sources pour certains ouvrages publiés avec ces matériaux ; elles offrent en outre des éléments pour des publications nouvelles et présentent aux voyageurs une sorte d’encouragement en assurant une destination honorable et un avenir utile aux produits de leurs explorations. Mais tous ces bienfaits' qui ne peuvent résulter que d’une sorte de publicité donnée aux collections disparaissent entièrement, et les collections ne rendent aucun service si les personnes qui les possèdent ne les recueillent que par vanité et pour leur satisfaction personnelle, si elles les tiennent soigneusement renfermées et les dérobent à la vue et à l’examen des visiteurs sérieux. La suite de notre ouvrage montrera que telle n’est pas la pensée de M. Delessert, que ses collections, réunies pour l’usage de tous, sont constamment ouvertes à tous, et que ses galeries servent comme de centre de réunion à des savants dont il se plaît à faciliter les travaux; renouvelant ainsi de nos jours l’exemple donné, au commencement de ce siècle, par le célèbre sir Joseph Banks,

Page 1