‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 73 sur 257 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

Docteur Riciiardson.

Le docteur JohnRichardson a fait partie, comme naturaliste, du voyage à la mer Polaire, exécuté en 1819-1822 par le capitaine John Franklin. Le gouvernement anglais avait placé sous le commandement de cet officier une expédition qui, partant des bords de la baie d’Hudson, devait reconnaître la côte septentrionale de l’Amérique depuis l’embouchure de Copper-Mine-River (rivière de la Mine-de-Cuivre), jusqu à l’extrémité orientale du continent. Arrivé à la factorerie d’York, dans la baie d’Hudson, à la fin du mois d’août 1819, trois mois après son départ d’Angleterre, le capitaine Franklin fit bientôt ses préparatifs pour le voyage dans l’intérieur. Nous citerons seulement, pour donner une idée de la route suivie par l’expédition, quelques-uns des endroits par les-

quels elle passa : Cumberland-House, établissement important de la compagnie de la baie d’Hudson, Garlton-House, Forts-Chipewyan, Providence et Entreprise.

De ce dernier lieu l’expédition se dirigea, le 14 juin 1821, sur la rivière de la Mine-de-Cuivre, où elle s’embarqua pour le nord, et, visitant sur la route les Copper-Mine-Mountains, on descendit la rivière jusqu’à son embouchure. Deux canots conduisirent de là l’expédition le long des côtes de la mer Polaire et vers l’est jusqu’au cap Turnagain. Remontant ensuite Hoods-River, l’expédition revint à Fort-Entreprise. Le 25 mai 1 822, elle s’embarque pour Fort-Chipewyan et arrive, par Norway-House, à York-Factory le \4 juillet, ayant parcouru par terre et par eau, pendant ce voyage long et pénible, y compris la navigation sur la mer Polaire, 5,550 milles.

Quoique, pendant les voyages d’été, le docteur Richardson n’ait pu consacrer qu’une partie de son temps à la botanique et qu’il ait été obligé d’abandonner les collections qu’il avait 1 faites pendant l’été de 1 821 , à l’exception de quelques plantes recueillies pendant la descente de Copper-Mine-River, le nombre des espèces trouvées pendant le voyage, et dont il a donné la liste, s’élève à près de 700. Elles ont été récoltées principalement, les unes dans le pays aux environs d'York- Factory, ce qui comprend une petite portion des rives de la baie d’Hudson et la partie inférieure de Hayes River ; les autres sur les bords du Saskatchawan, dans les plaines sablonneuses au voisinage de Carlton, aux Barren-Grounds, depuis Point-Lake jusqu’à la mer Arctique et sur les côtes de cette mer.

M. David Douglas.

David Douglas, le même dont nous avons raconté plus haut la fin déplorable, était entré, au printemps de 1823 et sur la recommandation de M. Hooker, au service de la société d’hor» J ticulture de Londres en qualité de botaniste-qollecteur. En

juin 1825, il fut envoyé dans les États-Unis pour aller y chercher des plantes qui manquaient à la collection de la société et particulièrement des arbres à fruit. M. Douglas arriva à New-York dans le mois de juillet, et, après avoir choisi les échantillons qui lui paraissaient les plus convenables dans les pépinières de New-York et de Philadelphie, il employa le restant de l’année à une excursion botanique dans l’État de New-York et dans le Canada. A son retour il s’embarqua à New-York avec toute sa collection et arriva à Londres au commencement de l’année 1824.

La société fut si satisfaite de la manière dont M. Douglas avait rempli sa mission, qu’elle saisit avec empressement l’occasion qui se présenta bientôt de l’envoyer dans une partie de la côte nord-ouest de l’Amérique septentrionale, la compagnie de la baie d’Hudson ayant offert de lui faciliter le passage jusqu’à l’embouchure de la rivière Columbia. M. Douglas devait explorer cette contrée et visiter le nord de la Californie.

M. Douglas s’embarqua le 25 juillet 1824 sur un bâtiment qui se rendait à l’entrée de la rivière Columbia. 11 fit la traversée avec le docteur Scouler, de Glasgow, et ces deux naturalistes visitèrent ensemble les montagnes de l’tle de Madère, Rio de Janeiro, File de Juan-Fernandez, etc. Le 7 février on jetait l’ancre dans la baie Baker, sur le côté nord de la Columbia. Douglas s’établit à Fort-Vancouver, à 90 milles audessus de 1 embouchure de la Columbia, parcourut le pays dans l'intérieur, visita divers affluents du fleuve, le Multnomah, les rivières Lewis et Clarke, et le 1er septembre il s'embarqua pour se rendre au nord de la Californie, vers la rivière Umtqua ou Arguilar. 11 avait vu, entre les mains d’un Indien, quelques débris d’un énorme cône de pin, et il allait à la recherche de l’arbre qui avait pu le produire, et qui devait être gigantesque. Il le découvrit bientôt, grâce à un Indien qui consentit à lui servir de guide. Douglas a donné à cette nouvelle espèce, vraiment magnifique et remarquable

par ses dimensions, le nom de Pinus Lamberliana, en l’honneur de M. Lambert, auteur d’un grand ouvrage sur les. pins. 11 s’agissait d’en recueillir des graines, et ce fut là le point difficile. On ne voyait des cônes que sur les arbres les plus élevés, et Douglas, pour en obtenir seulement trois, courut les plus dangers. « Il ne pouvait pas être question de les atteindre en montant ni de scier l’arbre, » raconte notre botaniste dans son journal de voyage ; « j’essayai de les avoir en les vigant avec un fusil chargé à balles. Malheureusement le bruit attira huit Indiens, tous peints de terre rouge, armés d’arcs, de flèches, de lances et de pierres tranchantes. Ils ne paraissaient rien moins que disposés en ma faveur. Je tâchai de leur expliquer le but de mes efforts ; ils parurent satisfaits et s’assirent pour fumer, mais je vis bientôt l’un d’eux préparer son arc, un autre aiguiser sa pierre tranchante et la suspendre à son poignet droit. Je n’attendis pas de nouvelles preuves de leur intention. Me sauver n’était] pas possible, en sorte que je n’hésitai pas un moment : je reculai de quelques pas et j’armai mon fusil. Je sortis ensuite un de mes pistolets, et le tenant dans la main gauche comme le fusil dans la droite, je me montrai résolu à vendre chèrement ma vie. Je m’efforçai de conserver mon sang-froid, et nous restâmes ainsi pendant dix minutes à nous fixer sans faire le moindre mouvement et sans articuler un mot. A la fin le principal d’entre eux me fit signe qu’ils voulaient avoir du tabac. Je promis de leur en donner s’ils me procuraient des cônes. Us partirent pour en chercher, et à peine furent-ils hors de vue, que je ramassai les trois cônes qui m’avaient donné tant de peine, avec de petites branches de l’arbre, et je m’enfuis dansla direction de mon campement où j’arrivai avant la nuit.»

Revenu à Fort-Vancouver, Douglas en part le 20 mars \ 827 pour la baie d’Hudson, afin de retourner en Angleterre. Le 27 avril il arrivait au pied même des Rocky-Mountains (Montagnes-Rocheuses), au point où se montrent majestueusement deux pics élevés auxquels il a donné les noms de monts

Brown et Hooker en l’honneur des deux célèbres botanistes Robert Brown et sir YV-.J. Hooker.

Après avoir traversé la principale branche de la rivière Athabasca, Douglas se dirigea par Cumberland-House et Norway-House vers York-Factory, dans la baie d’Hudson. Avant d’arriver à ce dernier endroit, il avait séjourné un mois à la colonie de Red-River et formé un petit herbier de près de 500 espèces. 11 était de retour en Angleterre le \\ octobre

En 1850, Douglas entreprit un second voyage à la Columbia et resta plus d’une année dans la Californie supérieure. En mars 1 855, il fît un voyage à Alexandria et dans la Nouvelle- Géorgie. Dans le mois de novembre, il s’embarqua pour les îles Sandwich, arriva à File Woahou le 25 décembre et en repartit pour l’île d’Hawaii. Quelques jours après son arrivée dans cette île, en janvier 1854, il fait une ascension au Mouna-Ko. h qui lui prend quatorze jours. Cette expédition lui procura une belle collection de plantes, principalement de fougères et de mousses, contenant environ 200 espèces des premières et 100 des autres. 11 visita ensuite le sommet du Mouna-Roa et employa dix-sept jours à ce voyage. Quelques mois après, en juillet, il trouvait, comme nous l’avons vu déjà, une mort horrible dans cette même île d’Hawaii.

Tliomas Dru mm on cl.

M. Thomas Drummond, connu depuis longtemps par ses voyages dans l’Amérique septentrionale, a fait partie, dans le printemps de l’année 1825, et avec le titre d’aide-naturaliste du docteur Richardson, de la seconde expédition de découvertes, confiée au commandement du capitaine Franklin, expédition chargée d’explorer la côte nord de l’Amérique, entre les sources de la rivière Mackenzie et le détroit de Béring. Embarquée le 4 6 février 1825 à Livcrpool, l’expédition arriva à New-York le mars. Quelques jours après, elle par-

tait de cette ville, se dirigeant, par la rivière Hudson, vers Àlbany, entrait dans le Canada, se rendait du lac Ontario au lac Winnipeg jusqu’à la rivière Mackensie, et arrivait à la mer Glaciale. Dans le cours de cette expédition, M. Drummond fit un voyage aux Rocky Mountains. Il avait quitté l’expédition à Cumberland-House, près de la rive gauche du Saskatchawan et devait la rejoindre à ce même endroit. M. Drummond parvint, lors de son exploration dans les Rocky - Mountains, à ce point important et intéressant qui peut être considéré comme le plus haut de cette grande chaîne et d’où descendent jusqu’à l’Océan les quatre rivières les plus fortes du Continent. Dans cette partie élevée se trouvent les deux grands pics dont nous avons parlé à l’article de Douglas, et que celui-ci a nommés monts Brown et Hooker.

Au printemps de 1851, M. Drummond se rend de New- York à Philadelphie et à Washington, traverse à pied à Frédéricktown les monts Alleghany ou Apalaches , arrive à Wheeling, sur l’Ohio, dix-sept jours après son départ de Frédéricktown et enfin à Saint-Louis. Il s’y trouvait en juillet \ 851 , accablé sous le poids d’une grave indisposition. A Washington, le chargé d’affaires anglais lui avait remis une lettre du gouvernement américain qui contenait l’ordre à tous les officiers des postes militaires, sur le Missouri, de l’aider autant qu’il serait en leur pouvoir, mais il ne put malheureusement en profiter. Par suite de la lenteur qu’il avait mise à arriver à Saint-Louis, il lui fut impossible de se rendre au Missouri, les commerçants de pelleteries qu’il désirait accompagner ayant quitté déjà leur quartier général, ce qui a lieu ordinairement au commencement de mai et même plus tôt. Il évaluait à 500 le nombre des espèces de plantes qu’il expédia en Angleterre et qui provenaient de son voyage et de plusieurs excursions botaniques aux environs de Saint-Louis.

Dans le mois de janvier 1852, M. Drummond envoyait 700 espèces de plantes phanérogames et une collection de mousses et d’hépatiques qu’il avait faite pendant le voyage.

Durant le printemps et l’été il explore les environs de la Nouvelle-Orléans et visite à plusieurs reprises le bord opposé du lac Pontchartrain. Il forma, pendant ces courses botaniques, une autre collection de 500 espèces, non compris les cryptogames. Avant de s’embarquer pour le Texas, il fait à Jacksonville une excursion qui complète la collection de plantes de la Louisiane. 11 s’était également arrêté et avait fait une herborisation assez considérable à Covington, toujours dans la Louisiane. Les plantes provenant de cette herborisation ont été étiquetées et distribuées par erreur comme provenant de l’Alabama, où se trouve aussi une ville appelée Covington, dont les plantes sont à peu près identiques avec celles trouvées dans l’autre ville du même nom par i\l. Drummond.

Nous dirons tout à l’heure quelques mots du voyage de ce botaniste au Texas.

docteur Frank.

Une autre collection de l’Amérique septentrionale, reçue par M. Delessert, est l’herbier recueilli en 1 855 par un des voyageurs de la société d’Esslingen, le docteur Joseph Frank, qui a herborisé dans diverses parties de l’État d’Ohio, où il est resté une ou deux années. D’autres plantes du même voyageur appartiennent à l’État de Pensyîvanie, à celui de Missouri et à la Nouvelle-Orléans.

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