‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 85 sur 257 · IX. le docteur Hostmann · texte numérisé non relu

IX. le docteur Hostmann

Les plantes de la Guyane hollandaise ont été récoltées par M. le docteur F.-W. Hostmann, qui depuis longtemps exerce la médecine à Surinam et s’est dévoué entièrement à l’étude de l’histoire naturelle de cette riche et fertile contrée. Déjà, en 1825, M. Meyer décrivait, dans les Nova acta natures curio sorum , un choix de plantes de Surinam, que lui avait envoyées M. Hostmann, son condisciple. En 1859, avant de s’occuper sérieusement de la botanique de ce pays, le docteur Hostmann avait fait une excursion préliminaire dans l'intérieur de la colonie. 11 s’était dirigé vers la limite la plus méridionale, sur les bords du petit Mapanna, qui se jette dans la rivière Tempati. Les difficultés du voyage dans un tel pays sont très-grandes. Au Brésil, des routes plus ou moins entretenues, mais praticables pour des mules, permettent de suivre une direction donnée ; à Surinam, le voyageur est obligé de se frayer un chemin avec la hache au travers des forêts, ou bien il est guidé par le cours d’une rivière qui ne peut porter que de très-petits canots et dont la navigation est des plus périlleuses. Il faut qu’il emporte ses provisions, que l’extrême humidité ne lui permet pas de garder longtemps, et il est souvent réduit à compter pour vivre sur le produit incertain d’une chasse qui ne peut guère lui procurer que la chair assez peu appétissante d’un alligator ou d’un singe.

M. Hostmann venait d’être nommé résident chez les nègres marrons du district d’Auka. On sait que ces nègres sont des esclaves fugitifs qui réunis par troupe dans les bois, ont formé depuis longtemps des espèces de colonies ou de républiques. Ils s’y sont maintenus assez fortement pour obtenir par des traités que leur indépendance fût reconnue par

les colons, et que des relations de commerce s’établissent entre eux et les Hollandais. La petite république d’Auka subsiste depuis l’année 1706. C’est avec surprise que toute la population de Surinam apprit que le docteur Hostmann avait accepté le titre de résident et allait représenter le gouvernement colonial au milieu de cette peuplade de nègres marrons.

M. Hostmann se décida à quitter Paramaribo, chef-lieu de la Guyane hollandaise, le 20 mars 1840, pendant les plus grandes pluies d’une saison déjà remarquable par son excessive humidité. Il était accompagné d’un homme qui, par sa connaissance avec les nègres marrons, pouvait lui devenir utile, et à qui il avait inspiré quelque goût pour l’histoire naturelle ; il emmenait en outre un petit nombre de domestiques nègres. Ayant envoyé la plus grande partie de son bagage par mer, à bord d’une goélette, jusqu’à l’embouchure du Maroni, M. Hostmann et ses compagnons s’embarquèrent, dans un canot de 40 pieds de long et 6 pieds de large, et que recouvrait une tente mobile, faite d’une grosse toile huilée. Ils passèrent la rivière Commewine sous les torrents d’une pluie incessante dont cette tente était loin de les garantir. Suivant le cours de cette rivière, dans la direction du sud-est, ils entrèrent dans la rivière Cottica, et le 23 mars ils atteignaient le dernier endroit habité, poste militaire nommé Semiribo, où les nègres furent échangés contre des nègres marrons qui attendaient le docteur Hostmann pour le mener à sa destination. Le 23, le docteur Hostmann se remet en route, remonte les sinuosités sans nombre de la rivière, arrive à un lieu où elle change son nom pour celui de Coromotiba, et entre dans la Wana-Crique qui coule dans une direction plus orientale vers le Maroni. Il emploie ensuite plusieurs jours à naviguer péniblement sur un vaste marais qui, dans la saison sèche, ne produit pas d’eau ; des nègres marrons en habitaient les points élevés, qui alors semblaient comme autant de petites îles éparses.

Le 4 avril, le docteur Hostmann arriva au Maroni à une dis

tance de six heures de son embouchure, et le remonta non sans courir quelque danger. Le 7, il atteignait Armina, poste de la frontière, où il fut obligé d’attendre pendant un mois les moyens de transport qu’il avait fait demander à Auka.

Le 5 mai il quitta le poste Armina ; le 1 1 il entrait dans le premier village des nègres marrons et prenait quelques jours après possession de son habitation, située dans une petite île. C’était une hutte inhabitable, visitée par les reptiles, avec un toit autrefois couvert de chaume, mais donnant maintenant passage à la pluie dans toutes les directions. Obligé de rester dans cette habitation, le docteur Hostmann y tomba malade. Il fit récolter les plantes des environs par des aides qui, à leur tour, furent malades l’un après l’autre Le mois de juillet arrivé, le docteur, ne voyant pas qu’on s’occupât de réparer sa maison, crut devoir quitter cette résidence, et il s’en retourna à Paramaribo avec ses collections.

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