‹ Musée d'AlgerChapitre 21 sur 52 · PLANCHE VI · texte numérisé non relu

PLANCHE VI

STÈLE LIBYQUE D'ABIZAR

Dalle irrégulière de grès; hauteur de i.^^ à 1.3^ ; largeur de i.io à 0.88; épaisseur de o.io. Découverte dans un verger, à Abizar en Kabylie.

Cette planche est la première reproduction photographique qui ait été publiée de ce monument, dont Tinscription a donné lieu à discussion. Le général Hanoteau y voyait: « A loukas (ou bien loukar); Annoures rend hommage à son maître ». Berbrugger proposait d'y lire le nom de « Iakous ». Aristide Letourneux y reconnaissait plutôt : <( Babadjedel fils de Kazrouz Radji ». M. Halévy: « Ravaï Mahanradun Bab fils de Lai ». M. Masqueray, qui a lu : '< Babaouadil fils de Kenroun Ravaï », a rapproché, dubitativement il est vrai, le nom de Babaouadil de celui de Boabdil, dernier roi de Grenade. Cette remarque n'a pas rencontré l'assentiment des savants, le nom de Boabdil étant, comme chacun sait, une déformation espagnole du nom arabe Abou-Abd-lllah.

Le bas-relief représente un cavalier en armes, un bouclier rond et trois javelots dans la main gauche, le bras droit étendu et la main élevée à la hauteur du front, avec un objet rond, mais incertain, entre le pouce et le second doigt. Sur la croupe du cheval est posé un personnage de petite taille, la main gauche en contact avec le guerrier et la main droite également levée : il tient dans celle-ci une arme. Le cavalier a la barbe triangulaire, pointue, descendant sur la poitrine. M. Masqueray a proposé d'y voir le voile des Touareg, le litam. Cette assimilation paraît d'autant plus difficile à admettre que la moustache est séparée de cette barbe de manière à indiquer la bouche, trait du visage que le litam a précisément pour but de cacher. Le cheval porte au cou un amu-

lette(') où Berbriigger voyait un phallus. En avant du cheval se trouvent deux animaux : l'un quadrupède, peut être un chien, suivant M. Masqueray, l'autre, qui semble un volatile, peut être une autruche, comme le pensait Berbrugger. Le sens de ces représentations est incertain. Berbrugger y voyait un chasseur, « peut-être le (' dieu de la chasse. Le petit bonhomme qui le suit, croyait-il, vient « de battre le buisson avec son matrag et de lancer les deux animaux, « qui figurent comme échantillon du gibier à poil et à plume ». Cette explication anecdotique a peu de chances d'être la vraie.

Le relief est sculpté moins que gravé. On le rapprochera avec intérêt de deux monuments analogues, découverts par M. Masqueray en 1881 à Souama, chez les Beni-bou-Chaïb. Ce sont des stèles grossières figurant sans doute des chefs indigènes, ceux, dit-il, auxquels Rome avait remis l'administration des peuplades de la montagne. Babagedel, désormais célèbre grâce aux travaux que cette stèle a suscités, était un personnage de même espèce.

La stèle d'Abizar est un monument capital pour l'histoire de l'art antique indigène. Elle représente, à l'âge romain, la tradition directe de l'art berbère le plus ancien. Les procédés de sculpture, les partis pris de dessin dont elle témoigne dérivent tout droit de la pratique à laquelle sont dues les grandes sculptures rupestres de Hadjar el Khenga, comme celles de Moghar, de Tyout, d'El Hadj Mimoun et de tant de points du Souf et du Sahara.

(i) Cf. les chevaux vainqueurs de la nio- portent encore au cou, suspendus de la

saïque d'Hadrumète, Coll. Alaoïii, p. 20 sqq., même manière, les chevaux et les mules de

et les médaillons trouvés dans la même habi- nos Arabes, tation, ihid., p. 23 et 25, et les talismans que

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