‹ Musée d'anatomie pathologiqueChapitre 84 sur 87 · REPRÉSENTÉES EN RELIEF · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉES EN RELIEF

BT PUBLlftBS WAWL LB DOOTBUA F^LIZ TBXBBAT,

Auteur d'un nouveau procédé ,

Par une commission composée de MM. Akdral, Professeur de pathologie générale à la Faculté de Médecine de Paris; Brbschbt, Memlîre de Tacadémie des Sciences, Professeur d'anatomie à la même Faculté ; Cbu- TBiLHiBR, Professeur d'anatomie à cette même Faculté, rapporteur (1).

Messieurs,

Vous nous avez chargés, MM. Andral, Breschet et moi, de vous faire un rapport sur les pièces d'anatomie pathologique modelées en relief et publiées par M. le docteur Thibert (Félix).

Notre tâche sera facile, et parla nature du sujet, qui permet i chacun des membres de TAcadémie d'apprécier d'un coup d'œil l'importance de ce mode de représentation des lésions morbides, et

(1) Voir le bulletin des comptes-rendus de TAcadémie royale de médecine.

288 BIBLIOTHÈPUE DE MtDÉClIfB

par le mérite de ces modèles qui fournit à votre commission l'occasion rare de distribuer l'éloge sans rien donner à l'obsession et à la complaisance.

Si Futilité des planches oii des tnodèlH appliqués à l'anatomie des organes sains a pu être contestée; si on a pu leur reprocher avec Biehat d'élre des monuments de luxe, ou de brillants dehors cachant un vide réel , il n'est personne qui puisse révoquer eo doute, je no dis pas leur utilité, mais leur nécessité en anatomie pathologique. Ici, Toccation est Tugitive, les yeux oublient facilement ce qu'ils n'ont vu qu'une fois, ce qu ils n'ont «ouveoi foit qu'entrevoir. Une description, quelque bien faite qu'on la suppose, se traîne péniblement de détail en détail pour nous retracer une image toujours incomplète, quelquefois obscure, inintelligible et souvent défigurée par l'idée dominante de l'observation. La pratique la plus étendue ne fournit que de loin en loin les cas analogues, les cas qui peuvent s'éclairer mutuellement. Une représentation fidèle des pièces originelles est en quelque sorte éternelle comme la nature. A Tabri des vacillations de l'esprit de système, elle reproduit incessamment la même image; rappelle à l'an ce qu'il a déjà vu, apprend à l'autre ce qu'il ne connaît pas, dispense de fastidieuses lectures, et laisse dans l'esprit des impressions aussi profondes que durables. Combien de faiseurs d'hypothèses, si tranchants, si dogmatiques dans une description dont l'imagination avait fait tous les frais, ont été trahis par la figure même qu'ils invoquaient, critique muette, mais irrécusable de leur ignorance, de leur erreur ou de leur mauvaise foi.

11 n'en est pas de l'anatomie pathologique comme de l'anatomie physiologique. Dans celle-ci, l'observateur contemple à loisir les organes ; il reproduit à volonté les mêmes objets. Ce qu'il n'a pas bien vu une première fois, il peut le revoir une seconde, une troisième , une vingtième fois ; et c. est ainsi que l'anatomie des organes sains a pu marcher à pas de géant , vu l'état de perfection où nous la voyous aujourd'hui. £n anatomie pathologique, au contraire, une occasion perdue ne se retrouve peut-êtrejamais; rien n'égale la mobilité des tableaux qui se passent sous les yeux de l'observateur. S'il ne se hâte d'en fixer les traits fugitifis, s'il ne les grave pas comme sur le bronze, de manière à pouvoir se les représenter au besoin , à mettre en regard les faits analogues, à

pouvoir réveiller dans son esprit les mêmes sensations, les mémei idées qu'au moment de l'observation, il n'aura que des faits isolés, que des ressouvenirs ; il ne pourra les rapprocher, les comparer; il n'y aura pas de science proprement dite , et c'est là , je pense , la source principale du peu de progrès qu'a fait la connaissance du siège et des causes des maladies, pour me servir du langage de l'immortel Morgagni.

Ces considérations suffiront pour justifier la faveur avec la* quelle votre commission croit devoir accueillir un nouveau mode de représentation des pièces pathologiques, qui réunit à la fidélité de l'image des pièces en cire la solidité et l'indestructibilité de la pierre. Ajoutez à cela, que, peu dispen4ieuses , ces pièces sont en quelque sorte à la portée de toutes les fortunes, et peuvent être multipliées presque indéfinitnent.

L'inaltérabilité de la matière dont se composent ces modèles, permettra de les faire servir aux cours de pathologie non moins qu'aux cours d'anatomie pathologique, et ottrira l'immense avantage de mettre les altérations des organes en regard avec les symptômes par lesquels ces altérations se traduisent au dehor»^ avec les causes qui les ont produites et avec les indications théra«peutiques.

Cette même inaltérabilité donne la facilité de transporter ces pièces presque sans précaution dans toutes les régions du globe et assure leur conservation pour l'avenir.

Sous tous les rapports, votre commission pense que les pièces artificielles de M. Thibert devront faile partie intégrante nécessaire de tous les musées d'anatomie pathologique, soit pour venir à l'appui des pièces naturelles conservées , soit pour remplacer les pièces originatoa; on pourra les substituer avec avantage aux pièces en cire, dans tous les cas où le transparent de l'image ne sera pas nécessaire pour rendre le transparent des objets.

La perfection vraiment remarquable à laquelle est parvenu M. Thibert dans la confection de ces modèles en relief, suppose en même temps un véritable talent naturel, de longs essais et une grande persévérance.

Elle suppose dans l'auteur des connaissances très-profondes en peinture, en sculpture et en moulage. Il y a dans toutes ces pièces un art de coloris tel, qu'on serait tenté de prendre l'image pour la

290 BIBLIOTHÈQUE DE MÉDECIME

réalité, et celle erreur a été cooiiniae. Ud île nés collèfues, voyant, aaoâ être prévenu, un modèle représentant une anse d'intestia makide, a cru que c'était l'intestin lui-Hnéme.

Le &it suivant m'a été affirmé: M. le docteur Thibert, s'étant rendu cette année au congrès scientifique d'Allemagne, plusieurs aavaqta anatomistes ont cru au premier abord que les pièces artificielles de notre confrère étaient les organes conservés, et lui ont demandé qu^ étaient ses procédés conservateurs. Nous apprenons que ce mode de représentation si fidèle des lésions morbides a produit en Allemagne une grande sensation , et que plusieurs professeurs des universités de ce pays doivent adresser i leur gouvernement la dfmande de faire l'acquisition de la oollection des modèles en relief publiés par M. Tbibert.

Déjà, sur l'avis du conseil royal de l'instruction publique, M. le ministre, pressentant en quelque sorte la décision de FAcadémic, avait pris l'initiative et invité les préfets des départements à appeler Tattention des conseils généraux ou des conseils municipaux du dief-lieu |ur les pièces de M. Tbibert, lesquelles, placées dans les bibliothèques des facultés et des écoles secondaires, seraient mises à la disposition des praticiens et des élèves.

Votre commission pense que TAcadémie doit répondre de la manière la plus favorable à la lettre par laquelle M. le ministre lui de- «ande son avis sur les pièces pathologiques modelées en relief de M. le docteur Félix Thibert : Qu'il y aurait avantage pour renseignement ^ ce que chaque faculté , chaque école secondaire de médecine en peasédât la oolleckion.

Votre commission pense qu'on ne saurait trop encourager \m mode de représentation aussi fidèle des lésions morbides. EUé croit d'ailleurs devoir inviter M. Tbibert à appliqMB sop beau talent , non-seulement à la reproduction des formes générales des lésioqs morbides, mais encore à l'étude de l'anatomie de texture des organes malades.

BT DB GIIIBURGIB PRATIQUES. 291

Lu et adopté en séance, le 22 octobre 1839.

Signé , Parisbt.

Signé , Crdvbii<bibb , ra(tparUur.

Paris , le 22 octobre 1839.

^ioiaioH 9V ooMiBift moTAft DB vniaTBuoTioii tUBUQinp*^

« Le Conseil de l'Université , consulté sur la question de savoir v> s'il serait avantageux pour les Etudiants en médecine de placer » dans les Facultés et dans les Ecoles secondaires les collections ou » modèles en relief d'anatomie pathologique du docteur tFélix B Tbibert, vient de se prononcer pour raffirmative. »

1 Voir le Journal de Vlnêtruetion publique du M octobre 1838.

luitm mm m «ii!Kis.-Bsmrr m ruxL RAPPORT

Page 1