DÉVELOPPEMENT DES FLEURS
Dans certaines plantes, les fleurs se forment bien avant l’époque où elles paraissent à l'extérieur : c’est ainsi que dans les palmiers elles restent cachées pendant une ou même plusieurs années, avant que de se montrer au dehors. Ordinairement elles apparaissent d’abord sous la forme d’un bourgeon, qui est en général un peu plus gros que les bourgeons à feuilles, et, pendant un certain temps, leurs diverses parties constituantes restent contractées; on les désigne alors sous le nom de bouton. Lorsqu'elles sont parvenues à peu près au terme de leur croissance, elles s’épanouissent, et c’est ce phénomène qu’on nomme d'ordinaire la floraison des plantes.
L'âge auquel les végétaux fleurissent est variable suivant les espèces et suivant les circonstances ; mais la floraison se fait en général attendre d'autant plus que la plante croît plus lentement et qu’elle est destinée à vivre plus longtemps. Ainsi les herbes fleurissent dès la première année de leur vie; quelques-unes ne fleurissent que la seconde année; la plupart des arbustes ne fleurissent que la deuxième, la troisième ou même la quatrième année; pour les arbres, ce phénomène est souvent encore plus tardif. Un certain degré de chaleur est nécessaire pour que la floraison s’effectue, et on à remarqué que la même plante commence à fleurir plus tôt dans les pays chauds que dans les pays froids. C’est ce qui arrive pour le rhododendron, si répandu maintenant dans nos climats. Cette plante, originaire des montagnes de l'Inde, n’a été acclimatée en France que depuis près de trente années. Cette superbe espèce atteint, dans son pays natal, jusqu’à huit mètres de hauteur. Chez nous, elle n’est encore parvenue qu’à la moitié. Ses rameaux, revêtus d’une écorce brunâtre, garnis de belles feuilles vertfoncé et luisant en-dessus, supportent des fleurs rassemblées en un corymbe semi-globuleux, d’une belle couleur pourpre tachetée de rouge plus foncé à l'intérieur. Les contrées hyperboréennes ont souvent donné naissance à certaines plantes de nos climats, mais elles ne peuvent y fleurir. Trop d'humidité et une nourriture trop abondante, tout en favorisant le développement des feuilles et des tiges, contribuent souvent aussi à retarder la floraison.
Lorsqu'une plante vivace a commencé à fleurir, elle produit ordinairement de nouvelles fleurs chaque année, vers la même époque. Quelquelois cependant ce
retour périodique de Ia floraison ne se fait pas avec la même régularité, et quelque circonstance troublant la végétation, il peut y avoir des añnées stériles. On a remarqué aussi que, lorsque dans une année un arbre a porté beaucoup de fruits ou les à conservés très-tard, la floraison est fréquemment faible ou nulle l’année suivante. Ainsi, dans le midi de l’Europe, lorsqu'on laisse les olives trop tard sur les arbres, il peut arriver que la récolte manque l’année suivante. Quelquefois les époques de floraison se rapprochent davantage, et dans les automnes chauds et humides, on voit des plantes fleurir une seconde fois.
L'époque de l’année à laquelle la floraison a lieu est généralement déterminée pour chaque espèce de plante, mais varie un peu, suivant la température et les autres circonstances atmosphériques. Ainsi on voit fleurir dans le climat de Paris :
- En janvier, l’ellébore noir.
En février, le noisetier et le saule marsault.
En mars, le buis, l'if, lamandier, le pêcher, la primevère, la giroflée.
En avril, le prumier, le pin, le frêne, l’orme, le charme, la jacinthe, etc.
En mai, le pommier, le marronnier d'Inde, le lilas, le cerisier, la pivone.
En juin, le tilleul, la vigne, l’avoine, le froment, le pied-d’alouette.
En juillet, l’œillet, la carotte, le chanvre, la laitue.
En août, la plupart des asters, la balsamine des jardins, la gratiole.
En septembre, le lerre, le safran, l’œillet d'Inde.
En octobre, le topinambour et certains asters.
Le tableau de ces époques diverses de floraison constitue ce que les botanistes ont appelé le Calendrier de Flore. Dans les pays plus froids que le nôtre, la floraison est retardée, tandis que dans le midi elle arrive plus tôt : ainsi la même plante, l’amandier, fleurit à Smyrne dans la première quinzaine de février, en Allemagne dans la seconde moitié d'avril, et à Christiama dans les premiers jours de juin.
Suivant la saison durant laquelle elles développent leurs fleurs, les plantes sont partagées en quatre classes :
1° Printannières, celles qui fleurissent les mois de mars, avril et mai; telles sont les violettes, les primevères, etc.
2° Estivales, celles qui fleurissent depuis le mois de juin jusqu'à la fin d’août; la plupart des plantes sont dans ce cas.
3° Automnales, celles qui poussent et développent leurs fleurs, depuis le mois de septembre jusqu’en décembre ; tels sont beaucoup d’asters, le colchique, etc.
Iibernales, toutes celles qui fleurissent depuis le milieu de décembre
environ jusqu'à la fin de février ; tels sont un grand nombre de mousses et de jongermannes, des ellébores, des daphnés, etc.
Une foule de circonstances peuvent faire avancer ou retarder l’époque de l’année ou le moment du jour où la floraison et l'épanouissement ont lieu, car ces phénomènes sont liés à des conditions atmosphériques variables de leur nature. Ils dépendent de causes externes, telles que la lumière, la chaleur, le fluide électrique, l'humidité de l'atmosphère, etc.; et de causes internes, telles que le mouvement des liquides dans l’intérieur des organes, le dégagement des gaz contenus dans le végétal, etc. Mais de toutes les causes extérieures, la plus influente paraît être la lumière : M. de Candolle à fait ouvrir une belle-denuit pendant le jour en l’exposant à l'obscurité, et 1l l’a fait fermer pendant la nuit en l'éclairant d’une lumière artificielle; M. Bory de Saint-Vincent à fait également fleurir plusieurs espèces exotiques d'alleluia, dont les corolles ne s'étaient point encore ouvertes, en les éclairant fortement pendant la nuit, à
l’aide d’une lentille.
Il est des fleurs qui s'ouvrent ou se resserrent à mesure que le soleil s'élève ou s’abaisse sur l'horizon ; on les nomme tropiques ou caniculaires : tels sont la gorteria du Cap et plusieurs Ficoïdes.
D’autres s'ouvrent et se ferment à une heure déterminée, peu distante de celle de leur épanouissement, pour ne plus se rouvrir; on les nomme éphémères. Parmi elles on distingue les éphémères diurnes, qui s’épanouissent entre dix et onze heures du matin, et se ferment entre trois et quatre heures de l'après-midi : tels sont la plupart des Cistes et les éphémères nocturnes, qui s’épanouissent à sept heures du soir et se ferment avant la fin de la nuit, comme les cactus des Florides.
D’autres s'ouvrent et se ferment plusieurs jours de suite, au retour des mêmes heures; ce sont les fleurs équinoæiales. Il y a aussi des équinoxiales diurnes, telles que l’ornithogale à ombelle ou dame-d’onze-heures, et des équinoxiales nocturnes, comme certames Ficoïdes.
Enfin, certaines fleurs épanouissent ou resserrent leur corolle à plusieurs
reprises, selon l’état de l’atmosphère ; aussi les a-t-on nommées fleurs météori-
ques. Le souci du Cap ne s'ouvre pas quand il doit pleuvoir dans la journée; le laitron de Sibérie reste ouvert pendant la nuit quand il doit pleuvoir le lendemain. NECTAIRES.
Pour compléter ce qui a trait à l’histoire de la fleur, nous devons parler des nectaires, espèces de glandes situées dans ses enveloppes, et qui excrètent une
24h BOTANIQUE.
liqueur dont la composition et les propriétés ne sont pas les mêmes dans toutes les plantes, mais qui le plus souvent est sucrée.
Les formes des nectaires varient et leur nombre est plus ou moins considérable. Ainsi, dans les lauriers on en rencontre de cordiformes et de pédicellés, situés à la base des étamines, et qui semblent n'être autre chose que des anthères avortées; dans les Ombellifères, on trouve des nectaires au dessus de l'ovaire; dans un grand nombre de Labiées, on en trouve autour et au dessous du pistil; dans les Crucifères, on en voit de saillants et de couleur verte, embrassant le filet des étamines, la giroflée, par exemple. Le plus souvent c'est dans les appendices qui accompagnent les organes que se développent ces glandes nectarifères : ainsi, dans la capucine, les éperons offrent au nectar un réservoir où 1} peut s’accumuler.
La substance des nectaires est formée d’un tissu cellulaire très-fin, traversé par des ramifications vasculaires. Dans certaines espèces, comme dans le cobéa, par exemple, les vaisseaux du pédoncule parcourent le nectaire, et y font plusieurs circuits avant d'arriver au pistl. Le suc mielleux des fleurs s'échappe tantôt par un ou plusieurs pores placés au fond de quelque repli de cet organe, tantôt par toute sa surface, couverte de pores imperceptibles. Cette exsudation mielleuse appelle les insectes dans la fleur ; mais ce produit y joue probablement -un rôle utile, car son apparition coïncide avec l'épanouissement de la fleur ou l'ouverture des anthères; 1l est plus abondant au moment de l'émission du pollen, il disparaît avec l'étamine ; en un mot, 1l est lié à toutes les phases de la floraison. On ignore la fonction des nectaires ; mais on les suppose destinés à débarrasser la fleur des sucs qui ne peuvent être utiles à la plante qu’au moment de la fructification.