MOUVEMENTS DES PLANTES
Les divers phénomènes que nous venons d'exposer nous amènent à une question digne d'intérêt, celle des mouvements dont certaines parties de la plante sont susceptibles. Lorsque l’époque de la fécondation est arrivée, les organes reproducteurs d’un grand nombre de plantes exécutent des mouvements très-remarquables. Dans la rue, les étamines se redressent alternativement pour déposer leur pollen sur le stigmate, et se déjettent ensuite. Les étamines d’épine-vinette, quand on les irrite avec la pointe d’une aiguille, se resserrent et se rapprochent les unes des autres. Dans la pariétare, les étamines, infléchies vers le centre de la fleur et au dessous du stigmate, se redressent avec élasticité, et lancent leur pollen sur le pistil. Dans la migelle, les
styles, qui s'élèvent en colonne au milieu de la fleur, se courbent en arc, et vont offrir leurs stigmates aux étamines qui sont placées au dessous d'eux. Dans les épilobes, les styles abaissés vers la terre se redressent, écartent leurs quatre stigmates, qui se fléchissent comme des cornes de bélier pour se rapprocher des étamines.
Mais ce n’est pas à ces rapprochements que se bornent les mouvements des plantes ; et il en est qui rappellent par de curieuses analogies les actes de locomotion des animaux. Nous n’insisterons pas sur la tendance constante de la tige à monter vers le ciel, et celle de la racine à se diriger vers le centre de la terre, ni l'énergie qu'elles développent pour reprendre leur direction naturelle, quand on a voulu la troubler. Mais nous parlerons du mouvement singulier que présentent Les feuilles. Nous avons dit que leur face interne se dirigeait constamment vers le ciel, et leur face externe vers le sol; si l'axe qui les porte est incliné, elles se tordent sur le pétiole pour reprendre cette situation. Les feuilles ont encore des mouvements particuliers qui témoignent d’une différence entre leur état pendant le jour et leur état pendant la nuit, et qui semblent dépendre de l'atmosphère , suivant qu’elle est éclairée ou obscure , chaude ou froide, sèche ou humide, particularités qui constituent ce qu'on appelle le sommeil des plantes. Ainsi, pendant la nuit, les folioles des acacias et des réglisses se baissent verticalement; celles des trèfles et de la fève se relèvent. Nous avons déjà vu qu’on peut en plein jour faire dornur une plante, en la plaçant dans l’obscurité, et qu'on peut aussi l’éveiller en la plaçant, pendant la nuit, sous l’action d’une lumière intense.
Les folioles des sensitives, celles du sainfoin de Barbarie, les cils qui bordent les feuilles de la dionée attrape-mouches, les feuilles de presque toutes les Légumineuses, exécutent des mouvements plus apparents que ceux des gorgones et des coraux. Mais les lois physiques suflisent la plupart du temps pour rendre compte de ces mouvements ; ils ne sont pas dirigés par une action volontaire et une détermination spontanée ; 1ls sont purement automatiques et diffèrent essentiellement des mouvements volontaires des animaux. C’est donc sous cette explication générale que doit être rangée la locomotion si souvent signalée des semences munies d'ailes ou d’aigrettes. Il en est de même des mouvements de direction vers la lumière, des oscillations du sainfoim des bords du Gange, des anthères de la grenadille bleue, des étamines de l’épine-vinette; des mouvements de rotation de la parnassie, du tournesol à grandes fleurs, de l’héliotrope suave du pays des Incas, des Légumineuses, des mouvements d’élasticité de
l’aristoloche-syphon, etc., etc.