CLASSIFICATION DES PLANTES
L’appréciation des rapports naturels des plantes est le but des divers procédés de Classification dont elles ont été l'objet. Ce n’est pas la connaissance des Individus qui préoccupe le botamiste, et on conçoit, en effet, que le nombre des Individus étant infini, aucun ne ressemblant à un autre, et tous mourant après un temps plus ou moins long, il n’est au pouvoir de personne de rassembler, d'examiner et de comparer tous ces êtres divers et périssables.
Mais chaque Individu appartient nécessairement à une Espèce, et ce qui intéresse vraiment le botaniste, c’est de retrouver l’Espèce dans l’Individu, car ce n’est que par l'appréciation de l’Individu qu'il peut avoir des notions utiles sur l’Espèce. Abstraction faite des différences individuelles qui peuvent ètre produites chez les plantes, on peut poser en principe que l'on retrouve communément dans l’ndividu l'ensemble des caractères qui servent à distinguer l'Espèce à laquelle il appartient, de toutes les autres Espèces du Règne Végétal.
C'est à saisir ces rapports mystérieux que s’appliquèrent, dans le xvn et le xvin® siècle, une succession de grands botanistes. Comme il était impossible de se livrer à l'étude des végétaux, sans les ranger dans un ordre quelconque, on fit des Systèmes artificiels, et, à l’aide d’un petit nombre dé caractères, on composa des tableaux synoptiques où vinrent se placer les espèces connues.
Ce travail s’étendit successivement à tous les organes, parce que chaque botaniste, reconnaissant l'insuffisance des méthodes imaginées avant lui, tâchait d'en trouver une meilleure et de la faire prévaloir.
Entre les systèmes qui ont été imaginés, on en distingue trois qui onteu et conserveront une grande célébrité, je veux parler du Système de Tournefort, du
Système de Linnée et de la Méthode de Jussieu. Les deux premiers conduisent à la connaissance des Genres, la troisième a pour objet la connaissance des Familles. C'est en 1694 que parut le Système de Tournefort; 1l repose sur les modifications que présente la corolle, dans les végétaux. Il comprend vingt-deux classes, dont les caractères sont tirés de la consistance et de la grandeur de la tige, de l'absence, de la présence et la forme de la corolle. Sous le rapport de la consistance et de la durée de la tige, Tournefort partage les plantes en deux grandes coupes : les Herbes et les Sous-Arbrisseaux, d’une part; de l’autre, les Arbrisseaux et les Arbres. L'absence ou la présence de la corolle établit dans chacune de ces coupes deux sous-divisions : les Apétalés et les Pétalés. Les herbes pourvues de corolles ont des fleurs simples ou composées. La clarté, l’ordre, la précision, disinguèrent ce système entre tous les autres; mais c’est surtout par l'établissement des Genres et des Espèces que ce botaniste rendit de grands services à la science. Malheureusement il ne connaissait que près de dix mille plantes, et, depuis lui, on en a découvert beaucoup qui ne peuvent rentrer dans aucune de ses Classes; cette seule raison les a peut-être fait abandonner.
En 1737, parut le Système de Linnée, et, dès ce moment, la science eut des fondements certains. Linnée, pénétré de cette idée qu'il n’est aucune plante privée d'organes sexuels, jugea qu'ils devaient offrir des caractères pour la Classification. Les Classes sont établies d’après les étamines ; les Ordres, d’après les pistils.
Linnée divise d’abord tous les végétaux connus en deux grandes sections : les
Phanérogames, qui ont des organes sexuels apparents, et les Cryptogames, chez lesquels ces organes sont où absents, ou très-difficiles à distinguer. Les végétaux pharénogames sont divisés en vingt-trois classes; les cryptogames, beaucoup moins nombreux, n’en forment qu'une seule. Parmi les premiers, les uns sont monoclines où hermaphrodites, c’est-à-dire ont toujours les deux sexes réunis dans la même fleur; les autres, diclines ou uniseæués. Les monoclines comprennent les vingt premières classes. Tantôt les étamimes sont libres de toute adhérence avec le pistil, tantôt elles sont soudées avec lui. Les étamimes libres sont distinctes les unes des autres, ou peuvent ètre soudées entre elles; les étamines distinctes sont égales ou inégales entre elles; et enfin celles qui sont libres et égales peuvent être en nombre déterminé ou indéterminé.
Ainsi le Système de Linné est fondé : 1° sur le nombre des étamines (les 13 premitres classes); 2 sur leur proportion respective (14€ et 15€ classes); 3° sur leur
réumion par leur filet (16°, 17e et 18€ classes); 4° sur leur soudure par les an-
thères (19° classe) ; 5° sur leur soucure avec le pistil (20€ c asse); 6° sur la sépa-
ration des sexes (21€, 22e et 23° classes ); et 7° enfin, sur l’absence des organes sexuels (24€ classe).
Ce qu'il y a de remarquable dans ce système, c’est qu'il renferme non seulement toutes les plantes connues par Linnée, maïs encore toutes celles trouvées depuis lui. C’est le plus ingénieux tableau synoptique qu’on ait imaginé pour compléter les Genres et les retrouver au besoin.
Mais le but de la science est plus élevé; c’est la recherche des lois qui rapprochent les plantes en F amilles, ou, en d’autres termes, la recherche des affinités naturelles et la réunion des Genres en Familles à l’aide de ces affinités. C’est ce but qu'ont atteint les travaux immortels des Jussieu, résumés dans le Genera plantarum secundum ordines naturales disposita.
I y a, parmi les végétaux, quelques Famulles reconnues universellement pour naturelles, suivant l’acception donnée précédemment à ce terme : les Graminées, les Ombellifères, les Légumineuses sont de ce nombre. Les botanistes, observant dans chacune de ces Familles les organes constants et ceux qui varient, et trouvant que ceux qui sont constants dans l’une le sont aussi dans les autres. jugèrent que les premiers étaient plus importants, et que, dans la formation des Familles, l'on devait y donner plus d'attention.
Avant ainsi classé les organes d’après leur importance reconnue, ils mirent d’abord ensemble toutes les plantes qui s’accordaient par les organes de première classe ; ils les subdivisèrent ensuite d’après ceux de la seconde, et ainsi du reste.
C'est ce calcul de l'importance des organes et son application aux divers végétaux qui dirigèrent Laurent de Jussieu dans la formation de ses cent Familles primitives, et qui guident encore aujourd'hui ceux qui travaillent, d’après ses vues, à perfectionner ce bel édifice.
On le voit, cette méthode est un tableau synoptique de toutes les variations que la nature a introduites dans la conformation des végétaux. Les modifications y sont rangées d'après leur importance relative, et servent à l’établissement de divisions et de subdivisions successives. Les plantes ainsi disposées ont entre elles des points de ressemblance d'autant plus multipliés et plus importants, qu'elles se trouvent plus rapprochées dans la Classification. Par ce procédé naturel, on arrive moins facilement, 1l faut le dire, à la détermination du nom de la plante qu'on cherche à reconnaitre, que si l’on se servait d’un. système artificiel; mais les connaissances qu'on acquiert sont bien plus mportantes, car, d’après la place qu'une plante occupe dans une classification semblable, on sait tous les traits principaux de son organisation et de son histoire
physiologique.
LR