QUADRUMANES
Les Quadrumanes où Mamnufères à quatre mains forment une division trèsmarquée dans les animaux supérieurs. La place qu'ils occupent en tète du Règne amimal tient à la fois et à leur organisation, qui est plus compliquée, et à leur instinct, dont les manifestations sont plus réfléchies que celles des autres groupes. C'est à cette perfectibilité que l’on a dù souvent de pouvoir les apprivoiser et leur faire contracter des habitudes domestiques. Dans les régions équatoriales, ils s’accoutument aisément à notre vie intérieure, et 1l n’est pas rare en Amérique, d'en rencontrer qui vivent sans contrainte dans les habitations, et y rendent même de petits services. Sensibles aux corrections et aux réprimandes, quelquesuns d’entre eux se plient familièrement au régime des personnes qui les élèvent, et, à travers leurs manières gauches et intelligentes, 1ls montrent souvent de la
douceur et de l’amabilité.
Les Quadrumanes ont des mains aux membres postérieurs aussi bien qu'aux membres antérieurs. Ils sont essentiellement frugivores, et leurs dents ont la plus grande similitude avec celles de l’homme. Ce sont des animaux de moyenne ou de petite taille, dont le crâne est presque toujours arrondi, le museau médiocrement prolongé, Le cou court, le corps svelte et les membres grèles et longs. Ils sont couverts d’un poil assez serré, long et soyeux; il en est qui dans le jeune âge n'ont pas la ligne faciale très-oblique ; en vieillissant, leur museau devient beaucoup plus saillant, et chez quelques singes cette partie de la face se déve-
loppe au point de ressembler à celle d’un chien.
Aïnsi que nous l'avons déjà dit, les quadrumanes ont des dents imeisives aussi bien que des canines et des molaires. Leurs yeux sont dirigés en avant ou du moins obliquement, et leurs mamelles sont situées sur la poitrine. On pourrait ajouter que leur cerveau ressemble beaucoup à celui de homme, else compose,
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pour chaque hémisphère, de trois lobes, dont la partie su périeure recouvre le cervelet, et que leurs viscères abdominaux diffèrent à peine des nôtres.
L'Ordre des quadrumanes se divise en trois familles : les Singes, les Ouistitis etles Makis.
SINGES. — Ces animaux, dont la taille ne s'élève que dans une seule espèce jusqu'à celle de homme, sont souvent réduits à de très-petites proportions. Dans le plus grand nombre, le crâne est arrondi, la face médiocrement prolongée, le nez plus ou moins proéminent; les veux sont dirigés en avant, le cou est court, le corps svelte; les membres sont grèles et longs. Plusieurs sont dépourvus totalement de queue; tous les autres en ont une, mais qui varie considérablement dans sa longueur.
La tête des Singes, assez petite ou moyenne, est tantôt de forme arrondie ou ovalaire, avec la face peu prolongée (Sapajous, Guenons), et d’autres fois, au contraire, tout aussi avancée que celle des animaux carnassiers du genre des Chiens (Cynocéphales). La mesure de l'angle facial varie entre 65 et 30 degrés, et cela non seulement dans la série des espèces, mais encore dans les différents âges d’une seule de ces espèces. Le crâne est tantôt lisse, orbiculaire et sans éminences extérieures bien prononcées, et d’autres fois pourvu de crêtes plus ou moins relevées. Dans quelques-uns, les mâchoires supérieures sont comme tuméfiées et augmentent considérablement la saillie de cette face (Mandrill). La mâchoire inférieure, presque toujours de même forme que celle de l’homme, offre dans un seul genre (Alouate) une anomalie smgulière, dans la hauteur et l'écartement de ses branches montantes, entre lesquelles se trouve placé un tambour dépendant de l’hyoïde, et qui sert à augmenter prodigieusement le volume de la voix. La capacité crâmienne est très-vaste, bien qu'il y ait encore des variétés nombreuses à cet égard. Les fosses orbitaires sont, comme celles de l'homme, séparées des fosses temporales, et leurs ouvertures sont très-rapprochées et dirigées en avant. Les yeux médiocrement grands sont très-vifs et trèsmobiles; ceux des Sakis sont assez proéminents. Les oreilles ont souvent leur: conque appliquée contre la tête, avec le contour supérieur plus ou moins arrondi; mais dans les Makis cette conque se simplifie, et présente supérieurement un angle qui est comme l'indice de la forme en cornet si commune dans la plupart des oreilles des mammifères. Le nez est tantôt dessiné par une simple gibbosité au miheu de la face (Guenons, Sapajous); d’autres fois 1l se prolonge d’une mamère remarquable (Semnopithèque), et dans les Cynocéphales, 11 se compose d'une surface nue, comme tronquée au bout de la face, telle que celle qui terinine le museau des chiens. Les narines qui sont simples, ont tantôt une eloison
très-mince qui les sépare (Singes de l’ancien contment), et tantôt un intervalle très-remarquable (Singes américains). La face est nue ou à peu près nue, tantôt elle est couleur de chair livide, d’autres fois noire ou rouge de cuivre, ou variée de ces différentes teintes. Dans une espèce, le visage est coloré en bleu indigo et en rouge de sang (Mandrill); deux Guenons ont le nez d’un blanc de lait (le Hocheur et l’Ascagne).
Les Singes habitent, en général, les zônes intertropicales ; on les rencontre aux mèmes latitudes à peu près, en Amérique, en Afrique, dans l'Inde et dans les îles de l'archipel Indien. Les pays peu élevés au-dessus de la surface de la mer, très-boisés, où la température est fort élevée, sont ceux qui conviennent à leur nature. Aussi, en Amérique, ne les trouve-t-on que sur toutes les parties qui sont situées à l’est des Andes, et jamais sur ces montagnes ou celles qui en sont le prolongement. Passé l’isthme de Panama, on n’en rencontre plus vers le nord, et il en est de même pour le Paraguay au sud. Ainsi les seules parties de l’Amérique qui offrent les animaux de cette famille sont le Brésil, le Paraguay, les Guyanes et une partie du Mexique. L'Afrique est peuplée de Singes dans tous les lieux où l’on à pénétré, mais le pays de Congo, le Sénégal et le cap de Bonne- Espérance semblent être leur patrie par excellence. Deux ou trois espèces au plus se voient sur la côte de Barbarie, et les mêmes se montrent dans la haute Égypte. L'ile de Madagascar parait posséder un petit nombre de ces animaux. Les rochers de Gibraltar, inaccessibles à l’homme, et dans lesquels quelques magots se sont échappés, sont le seul point de l'Europe où il existe des Singes à l'état de liberté.
Il n’y en a pas en Asie-Mineure, en Géorgie, en Syrie, et vraisemblablement la Perse en est dépourvue ; mais deux ou trois espèces ont été signalées comme propres à PArabie. La chaîne de l'Himalaya est une limite à l'existence des singes, et on ne les trouve qu’au sud de ces cimes les plus élevées du globe, c'est-à-dire dans la presqu'ile de l'Inde, surtout au voisinage de la mer, au Bengale, à Ceylan, à Malacca, à Sumatra. Les grandes îles de l’Archipel Indien, et surtout Bornéo, en renferment quelques-uns. |
On remarque une assez grande analogie entre les gestes ou les mouvements de ces animaux et ceux de l'espèce humaine. Plusieurs se tiennent facilement dans une position presque verticale, surtout lorsqu'ils peuvent s’aider d’un bâton, comme nous nous servons d’une canne, et on en voit qui marchent de la sorte. Il faut cependant remarquer que ce n’est jamais d’une manière aussi sûre que l’homme ; car leurs mains de derrière ne posent sur le sol que par leur bord extérieur ; Particulation de leur genou est très-lâche et leur bassin est étroit,
circonstances qui doivent gêner ce mode de station où de progression. Ils sont admirablement organisés pour grimper de branche en branche. La longueur et la flexibilité de leurs quatre membres, l'existence d’une maim à l'extrémité de ces organes, la puissante énergie de leurs muscles, leur permettent de déployer alors une agilité étonnante. La nature à pourvu plusieurs de ces animaux d'une longue queue prenante, qui leur sert comme d’une emquième main, pour se suspendre aux branches, se balancer dans les airs et prendre leur élan lorsqu'ils veulent sauter d’un arbre à un autre. Ceux de ces animaux qui sont pourvus d’une queue prenante, et qui appartiennent au Nouveau-Monde, sont presque toujours en mouvement, et lorsqu'ils veulent se reposer, ils se bornent à s’accroupir en plaçant leur queue sous eux. Ceux qui n’ont la queue ni prenante ni extrêmement touffue, passent au contraire une grande partie de leur temps assis à la manière de l'homme, et cette position est rendue plus commode par la disposition des tubérosités de leur bassin, qui sont très-larges et recouvertes d’une peau nue et calleuse.
Les animaux de la famille des Smges sont essentiellement frugivores. Ils se tiennent presque tous sur les arbres et ne viennent que rarement à terre; ils vivent en troupes, composées d'une où plusieurs familles. Les femelles font un où deux petits par portée; elles les soignent avec une grande tendresse jusqu’à ce qu'ils puissent manger seuls, les transportent partout dans leurs bras, et leur donnent une espèce d'éducation qui consiste principalement à leur apprendre à voler avec adresse. Les jeunes singes sont, en général, doux et mtelligents ; un grand nombre d’entre eux peuvent même être facilement apprivoisés et dressés à imiter nos gestes et nos actions. Le penchant à limitation est même un de leurs traits caractéristiques, et il a souvent été d’un précieux secours à l’homme, dans la chasse qu'il fait à ces animaux. Des voyageurs ont pu, en effet, s’emparer de plusieurs singes d'Amérique, tels que les Sapajous, les Atèles, les Saïniris, etc., en abandonnant sur les heux où 1ls en avaient fait la rencontre, des vases remplis de liqueurs soporifiques, où d’autres piéges qu'ils avaient essayés devant eux, et auxquels les singes se laissaient prendre, dès que les chasseurs étaient éloignés à quelque distance.
C'est probablement pour avoir été témoins de la facon dont les propriétaires emmagasinent leurs provisions, que certains Babouins pratiquent si habilement la maraude. Ils placent des sentinelles pour les prévenir en cas d'alarme, et la retraite se fait alors avec célérité et en bon ordre. Le récit d'une expédition de ce genre nous à été fait par un colon qui en fut témoim; nous ne pouvons mieux faire que de le transerire fidèlement ici :
«J'étais à peu près à deux cents pas du verger, dans un champ de maïs, quand j'apercus une douzaine de singes postés à la cime de quelques grands arbres d’alentour ; c’étaient, autant que j'en pus juger, de vieilles Guenons; en même temps je vis défiler entre les arbres un grand nombre de ces animaux qui se dirigeaient, en gambadant, vers les murs de mon verger. Je ne devinai pas d’abord le motif de cette smgulière visite, mais bientôt je vis quelques singes se détacher de la troupe et escalader le mur du jardin : cinq seulement demeurèrent sur le mur, s’y promenant, et observant en véritables sentinelles ; les autres s’élancèrent d’un bond sur les arbres voisins; cependant le reste de la troupe avait gagné le verger, et formait une longue file dont l’extrémité se prolongeait jusqu'aux arbres où j'avais d'abord aperçu les vieilles Guenons. Quels ne furent pas mon étonnement et ma colère quand je vis tout à coup les fruits du verger en circulation dans les mains de ces intrépides voleurs, et arrivant en un clin d'œil à l'extrémité de la chaîne: les fruits passaient devant moi si rapidement, que j'allais perdre toute la récolte en un instant. Je me précipitai aussitôt hors du champ de maïs. Je ne fus pas plutôt en vue, que les sentinelles poussèrent un grand cri des hauteurs du mur, et les fruits volés furent lancés contre moi comme des boulets : je ripostai par un coup de fusil. Une des sentinelles, atteinte mortellement, roula en tombant sur ses camarades. À cette vue, les voleurs furent saisis d’épouvante ; tout disparut en un instant, et je fus heureux d'en être quitte pour le pillage de quelques arbres. »
Ouisriris. — Les animaux de cette famille sont des singes aux mouvements vifs et légers. Doués d’un caractère doux et ornés d’une jolie fourrure, on aime à les élever dans les appartements: la vie domestique ne paraît pas leur être contraire, car ils y vivent très-longtemps; et on en a même vu s’y multipher. À l’état sauvage ils se tiennent habituellement sur des arbres élevés, pour y chercher un refuge contre les animaux carnassiers. Mais en évitant un danger ils tombent dans un autre; les Sapajous les poursuivent dans cette retraite, et comme la faiblesse des Ouisütis les empêche de lutter contre eux, leur unique ressource est de s’élever sur les branches les plus hautes et les plus faibles, sur lesquelles leurs ennemis ne peuvent les suivre. La nourriture de ces petits animaux se compose d'insectes et de fruits.
On à pu remarquer souvent qu'un chien placé devant un miroir ne reconnait pas dans l’image qui se présente à ses yeux celle d’un animal de son espèce, et que la vue d’un tableau ne produit sur lui aucune impression particulière. Il en est bien autrement des Ouistitis. On s’est assuré, par des expériences plusieurs fois répétées, que ces singes savent très-bien reconnaitre dans En tableau, non
pas seulement leur image, mais même celle d'un autre animal. Ainsi, aspect d'un chat, et ce qui semble plus remarquable encore, l'aspect d’une guêpe leur cause une frayeur très-vive, tandis qu’à la vue d’un autre msecte, tel qu'une sauterelle où un hanneton, ils se précipitent sur le tableau comme pour saisir l'objet qui s’y trouve représenté.
On a aussi remarqué que les Ouistitis étaient très-curieux; qu'ils avaient la vue très-perçante ; qu'ils tenaient beaucoup à leurs habitudes, quoiqu'ils fussent sous plusieurs rapports fort capricieux ; qu'ils reconnaissaient parfaitement les personnes qui avaient soin d'eux; enfin que leurs cris étaient très-variés, suivant les passions qui les animaiïent. Lorsqu'ils sont effrayés, ils font entendre des glapissements qui semblent partir du gosier; et lorsqu'ils sont en colère, un sifllement bref suivi d’une sorte de croassement. Dans d’autres circonstances, ils poussent de petits sifflements prolongés, ou bien ils s'appellent par un gazotullement semblable à celui d’un grand nombre d'oiseaux.
Tous les Ouistitis sont de l'Amérique méridionale.
Maxis. — Les animaux dont se compose cette famille ont les quatre pouces bien développés et opposables aux autres doigts; mais, en général, ils s’éloi-
gnent des Singes et des Ouistitis par leur forme, qui se rapproche davantage de celle des Carnassiers, dans la disposition ou le nombre de leurs dents. Un caractère suffit du reste pour les en distinguer, c’est l'existence d’un ongle pomtu et relevé au premier où aux deux premiers doigts de derrière, tandis que ceux des autres doigts sont tons plats.
On appelle aussi ces sortes de Quadrumanes des Lémuriens. Les Ouistitis et les Sakis ont quelque ressemblance avec ces animaux, et ils marquent pour ainsi dire la transition des véritables singes aux Lémuriens, que leur face allongée a fait nommer Singes à museau de renard. Les Makis saisissent à la manière des singes ; leurs pouces sont opposables aux autres doigts, et lorsqu'ils cessent de l'être, c’est seulement aux membres supérieurs. Les Lémuriens ont les membres postérieurs les plus longs : aussi vont-ils le plus souvent par bonds et par sauts ; ils marchent rarement et ne se tiennent jamais sur deux membres seulement ; 1ls ont le plus souvent une queue assez longue, mais jamais cet organe n’est susceptible de préhension, et les tubérosités de leur bassin sont toujours dépourvues de callosités.
Leur vie est principalement nocturne, et c’ést pendant le jour, cachés dans des endroits obscurs, qu'ils reposent, assis, le museau incliné et appuyé sur la poitrine. Quelques-uns sont lents, ce qui tient à leurs proportions et à leur forme, mais Ia plupart jouissent au contraire d’une grande vivacité ; 1ls sautent
à de grandes distances, grimpent avec faalité et vivent dans des lieux fort retirés. Aussi n'a-t-on sur eux que des renseignements peu nombreux. Les espèces que l’on connait sont toutes des pays les plus chauds, et c’est à Madagascar qu'elles vivent en plus grande abondance.
Les Makis habitent les bois et se nourrissent principalement de fruits; mais cependant ils poursuivent avec ardeur les oïseaux et les petits quadrupèdes, dont ils mangent la chair avec avidité. Ils sont par conséquent plus carnivores que les autres quadrumanes; aussi leur organisation se rapproche-t-elle davantage de celle des Carnassiers. Leurs dents molaires commencent à montrer des tubercules aigus qui s’engrènent les uns dans les autres; comme chez les Insectvores leur langue est rude et papilleuse, et leur voix tient un peu du rugissement du lion; de même que les chats, ils aiment à être caressés et font alors entendre dans le fond de la gorge un ronflement particulier.