BIMANES
La spiritualité de la nature humaine place les bimanes à une distance infinie de tous les autres animaux, même des plus parfaits; et nous n’en sommes plus, grâce à Dieu, au temps où l’on regardait comme un progrès, comme une audace philosophique le rapprochement établi entre l'homme, les chauves-souris et les singes, groupés ensemble dans le genre Primates. Même zoologiquement, la réunion de l’homme et des premières espèces de singes ne saurait être acceptée; que sera-ce donc, si l'on songe à ses facultés intellectuelles qui lui font sentir et comprendre les grandeurs de la nature, et lui imspirent avec l'idée de Dieu, la foi dans une âme immortelle née de cette divine essence.
Cette mamère de considérer l’homme aurait dù peut-être nous conduire à ne pas parler de lui, dans des généralités sur les Mammifères, et à le laisser en dehors de nos études. Mais nous avons pensé qu'il n’était pas sans intérêt pour nos lecteurs de dire, en peu de mots, ce qu’on entend par Races humaines, et d'exposer les caractères de ces familles qui, toutes, descendent originairement d'une seule espèce, multipliée et répandue sur la surface de la terre.
Il n'existe dans le genre human qu'une seule Espèce ; mais tous les hommes sont cependant loin de se ressembler, et les principales différences qu'ils présentent se transmettent, sans interruption, de génération en génération.
Dans cette Espèce unique, on admet plusieurs variétés bien distinctes.
Les peuples de l'Ancien Monde paraissent appartenir à trois variétés principales, désignées sous le nom de RACES, ce sont les races CAUCASIQUE, MONGOLIQUE, ÉTHIOPIQUE.
L'Amérique et le Monde maritime sont habités par des indigènes qui semblent constituer aussi des variétés de l'espèce humaine, et qu'il n’est pas facile de faire rentrer dans les trois divisions que nous venons d'indiquer, ce sont les RACES ROUGE @t BRUNE.
Quelques développements sont nécessaires pour faire comprendre ces distinchons.
RACE CAUCASIQUE, Où BLANCHE. — Les peuples de cette RACE occupent l’Europe, l'Asie, l'Amérique presque tout entière, les côtes d'Afrique à une profondeur très-grande au Nord, et sont répandus aujourd'hui, par les établisse-
ments européens, dans les iles de la mer des Indes, dans plusieurs de celles de l'Océanie et sur les côtes de l'Australie. Toutes ces variétés paraissent avoir une taille qui s'élève généralement au-dessus de un mètre six cent soixante millimètres, le visage ovale ou allongé et saillant, les yeux bien ouverts, à peu près horizontalement, et des dents verticales. On y distingue les variétés suivantes :
1° Variété blonde. Souvent les yeux sont bleus, les cheveux, d'abord d’un blond très pâle, deviennent graduellement d’un blond de plus en plus foncé, du Nord au Midi; la taille diminue à peu près suivant la même loi. Cette variété est très répandue au Nord de l’Europe ;
2e Variété rousse. La peau est souvent couverte de taches de rousseur. On trouve ces hommes partout aujourd’hui, mais surtout dans l'Asie centrale et septentrionale ;
3° Variété châtaine. On l'observe surtout en Europe, en Asie et dans l'Amérique septentrionale. Yeux bruns et souvent verdâtres;
4° Variété aux cheveux bruns ou noirs. Elle est très-répandue sur les côtes de l'Afrique septentrionale , en Égypte, en Palestine, en Syrie, dans l’Asie- Mineure, en Grèce, en Italie et en Espagne ;
50 Variété blanche gigantesque. On rapporte à cette variété les Patagons qui vivent errants dans l'Amérique méridionale, au-dessus du tropique austral.
RACE MONGOLIQUE, OU JAUNE. Ses peuples se rencontrent surtout en Asie, particulbèrement dans l'Asie centrale et dans les latitudes les plus septentrionales de l'Ancien et du Nouveau Monde.
Taille médiocre (un mètre six cent soixante millimètres environ), corps généralement robuste, cheveux rares et durs, teint d’un jaune-brun-suie ou olive, plus où moins foncé, visage aplati, large aux pommettes, étroit au menton ; yeux noirs, écartés, paupières très-obliques en bas et en dedans, peu ouvertes et bridées pour ainsi dire par leur tension; nez écrasé, aplati et épaté, à peme proéminent sur la face, et quelquefois de niveau avec la saillie des joues ; oreilles grandes et très-détachées. Les Lapons de l'Europe , les Samoïèdes de l'Asie, les Esquimaux de l'Amérique, les Mongols et les Chinois en sont autant de variétés : on y rapporte les Kalmouks, les Tatares, les Kamtschadales, puis les Indous à peau jaune-olivâtre, et les Malais si répandus dans la mer des Indes et dans l’Archipel asiatique : ceux-ci se rapprochent des blancs à cheveux noirs, par leurs formes, et des jaunes à cheveux noirs par la teinte de la peau.
RACE ÉTHIOPIQUE, Où NÈGRE. — Ses peuples se rencontrent dans presque toute
l'Afrique, sur les côtes et au centre ; ils se trouvent encore dans l'Amérique. On distingue les variétés suivantes :
1° Les Nègres proprement dits, ou Africains. Taille généralement de un mètre six cent soixante millimètres à un mètre six cent quatre-vingts millimètres de hauteur. Le crâne a moins de développement que celui d’un Européen; les condyles de l’occipital sont un peu plus reculés en arrière ; peau très-noire, cheveux laineux, angle facial d'environ soixante-quinze degrés, lèvres grosses et saillantes, menton fuyant, nez épaté; mollet élevé, talon proéminent : le pied est plus plat, sa plante est moims concave et le tibia plus arqué. Les femmes ont une gorge en calebasse qu’elles peuvent jeter par dessus leur épaule au négrillon qui est attaché sur leur dos ;
2° Les Mulatres, hybrides de noirs et de blancs, ne diffèrent des Nègres que par une teinte noire moims foncée ;
3° Les Cafres ont la peau d’un jaune-brun, le visage triangulaire, le profil concave, les dents incisives verticales et la chevelure moins laineuse. Ils habitent l'Est du cap de Bonne-Espérance ;
4 Les Hottentots ont des cheveux laineux et implantés en demu-cercle sur le front. Les femmes des Boschimans sont remarquables par une g1bbosité graisseuse considérable sur les fesses, et par de longues mamelles en calebasse ;
5 Les Papous habitent le Nord de la Nouvelle-Guinée : ils ont la peau notre, les cheveux noirs, très touffus et frisés, le nez épaté, les pommettes larges et les lèvres grosses.
« Lorsqu'on aura mieux étudié les hommes bruns de l'Afrique, à dit M. de «€ Humboldt, et cet essaim de peuples qui habitent l'intérieur et le nord de « l'Asie, et que des voyageurs systématiques désignent vaguement sous le non « de Tatars et de Tschoudes ; les races Caucasienne, Mongole, Américaine, « Malaie et Nègre paraîtront moims isolées; et l'on reconnaîtra, dans cette « grande famille du genre humain, un seul type organique, modifié par des « circonstances qui nous resteront peut-être à jamais imconnues. »
Quoi qu'on en ait voulu dire en effet, il est évident que la Providence n’a pas mis des limites infranchissables à l'intelligence des familles de la race noire. Si l’on s'arrête à l’état stationnaire de leur esprit à travers tant de siècles, on est, il est vrai, porté à leur supposer une infériorité morale; mais tout prouve que c’est l'effet du défaut d’exercice de leur esprit, et qu'il en est de leur cerveau comme de leurs bras, qui d'ordinaire sont moins développés que leurs jambes qu'ils exercent davantage.
RACE AMÉRICAINE où ROUGE. Elle renferme les Indigènes, maintenant très-rares, du golfe de Mexique, des côtes orientales et septentrionales de l'Amérique méridionale, et ceux des côtes orientales de l'Amérique du Nord, jusque vers le Canada. Cette race se distingue des autres par un front court et abaissé, par l’enfoncement des veux, par lécrasement du nez, par la dilatation des narines , par la largeur de la face, la proéminence des pommettes, la couleur des téguments, quise rapproche de celle du cuivre rouge ou de la cannelle. Les cheveux sont noirs, peu fournis, roides et aplatis ; la barbe est rare ou nulle.
Les caractères anatomiques de cette race sont assez peu tranchés, et elle parait intermédiaire à la Race caucasique et à la Race nègre, ce que semblerait confirmer un fait dont la connaissance est due à M. Owen Williams, qui a retrouvé sur la Madwga une colonie des habitants du pays de Galles, établie dans le nouveau monde à l’époque de la domination des Saxons, et bien antérieurement aux voyages d’Améric Vespuce et de Christophe Colomb.
Race BRUNE. Les diverses tribus de cette race se confondent souvent par leurs traits et par leur couleur avec celles de la race jaune, de la race blanche, et même avec quelques tribus de la race noire, dont nous avons parlé plus haut. Ses caractères généraux sont : taille moyenne, cheveux lisses, bruns ou noirs, formes régulières, membres bien proportionnés, temt variant du jaune olivâtre au brun. On rencontre dans cette race plus de dissemblances que dans toutes les autres variétés. Sa couleur varie du brun clair au noir. La chevelure est noire, abondante, et ordinarrement frisée. La tête est étroite, les os de la face sont fortement prononcés, le nez est large et plat, la bouche grande.
On classe dans cette variété les habitants de la presqu'ile de Malacca, des îles de Sumatra, Java, Bornéo, des Célèbes ; ceux des îles Moluques, des Philippines, des Mariannes, des Carolines ; les habitants de la Nouvelle-Hollande, de la terre de Van-Diémen, de la Nouvelle-Guinée, de la Nouvelle-Zélande, et de toutes les îles de l’océan Pacifique. ;
Les Australasiens, observés dans le Port-du-Roi-Georges, ont une taille audessous de la moyenne, les membres inférieurs très-maigres, probablement par suite de leur misère ; ils ont le torse maigre, la tête grosse, la face large, les arcades sourcilières très-saillantes, les pommettes larges, les narines aplaties et larges, la peau noire et rougeûtre.
Les Nègres océaniens ont la peau très-noire, les cheveux laineux très-serrés ; implantés exactement sur une ligne demi-circulaire, le nez et les narines trèslarges, très-détachées et très-ouvertes ; les arcades sourcilières saillantes, les pommettes larges et proéminentes, le menton presque carré, et des membres
grèles pour la force du corps ; ils sont répandus depuis la mer et les côtes des Indes jusque dans le grand Océan.
Enfin, les KoüRILIENS ont une teinte d’un brun foncé, comparée à la couleur des écrevisses vivantes, et la peau velue. Ils habitent les îles Kouriles au nordest de la Chine, et paraissent avoir été mentionnés plus de deux mille ans avant l’ère chrétienne par Confucius, sous le nom d'hommes velus.