‹ Musée d'Histoire NaturelleChapitre 26 sur 153 · MARSUPIAUX · texte numérisé non relu

MARSUPIAUX

Les Marsupiaux sont des mammifères onguiculés qui, au moment de leur naissance, ont les divers organes à peine ébauchés, et qui se greffent, en quelque sorte, à la tétine de leur mère pour y achever leur développement. Chez la plupart de ces animaux, la peau du ventre forme, au-devant des mamelles, une poche qui peut servir à loger les petits, pendant que leur mère les allaite; et c'est cette particularité d’orgamsation qui leur à valu le nom de Marsupiaux ou animaux à bourse. :

Il y a donc chez ces animaux comme deux naissances; et ce n’est qu’à la seconde, et après être devenus assez vigoureux, que les jeunes Marsupiaux arrivent à leur état complet de développement. Incapables d'aucun mouvement et ayant à peine des formes distinctes, ils restent pendant un certain temps fixés aux mamelles de leur mère et cachés dans la poche dont nous venons de parler. Ils ne s’en détachent que lorsqu'ils sont revêtus de poils, que leurs yeux se sont ouverts, et qu'ils peuvent commencer à prendre d'autre nourriture que le lait. Ils peuvent alors abandonner la bourse, mais ils y rentrent Aus un danger les menace et que le besoin de téter les y appelle.

Dans les espèces sans poche et à queue prenante, les petits sont pendants

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sous le ventre de leur mère durant un certain temps; ils montent ensuite sur son dos, et enroulent leur queue autour de la sienne pour se donner un point d'appui.

La plupart des Marsupiaux vivent isolément : les uns se tiennent constamment sur les arbres, d’autres dans les rochers des bords de la mer, d’autres au fond de leurs terriers.

La distribution géographique des Marsupiaux n'offre pas moins d'intérêt que l'organisation exceptionnelle que nous avons fait connaître. Tous sont propres à l'Amérique et à l'Océanie : l’Europe et l'Afrique en manquent entièrement ; et 1l parait aujourd'hui prouvé qu'ils n'existent point dans l'Asie continentale. Ces animaux se trouvent dans les pays dont les Européens n’ont eu connaissance que par suite des voyages maritimes entrepris à la fin du quinzième siècle, pour chercher une route nouvelle dans les Indes.

Ces animaux, qui ont tant d’analogie entre eux par le mode de développement de leurs petits, présentent, sous d’autres rapports, de grandes différences. Si l'on examine leur dentition, elle, est, chez les uns, tout à fait semblable à celle des Insectivores, ce qui détermine pour eux un régime analogue. Chez d'autres, qui ont encore les trois sortes de dents, les molaires sont tuberculeuses au lieu d’être hérissées de pointes, d’où résulte leur régime frugivore. Il en est enfin qui manquent de canines, et qui, si l’on tenait compte de cette circonstance, devraient être placés dans les Rongeurs.

Ils diffèrent aussi beaucoup entre eux par leur forme générale et par leurs mœurs, et l’on a pu dire qu'ils forment moins un Ordre particulier dans la GLASSE des MaAMMIFÈRES, qu'une série d'animaux singuliers, que la diversité de leur orgamisation pourrait faire regarder comme parallèles aux Quadrumanes, aux Carnassiers, aux Rongeurs et aux Édentés.

On les partage en six tribus, parmi lesquelles nous mentionnerons :

1° Les SARIGUES, animaux nocturnes qui michent sur les arbres et qui vivent de fruits, de viandes mortes ou d'animaux faibles. Ces animaux ont cinquante dents; leur langue est hérissée; leur queue, en partie nue, peut entourer les branches d'arbres et les serrer fortement. Dans toutes les espèces, les femelles ne sont pas pourvues de la poche dont nous avons parlé; mais dans celles qui er sont pourvues, ce sac naturel s'ouvre et se ferme à la volonté de la mère; lorsqu'elle va à la chasse, la poche se referme complétement ; elle emporte ses petits avec elle, et ce précieux fardeau ne l'empêche pas de grimper avec agilité sur les arbres. Le Sarigue est lent et gauche dans ses mouvements; sa fourrure est sale et d’une odeur fétide; son museau est long; ses yeux petits et sa

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bouche fendue outre mesure. C'est dans les soins maternels qu'il mérite l'intérêt -de l’observateur. À leur naissance, les petits du Sarigue sont à peine gros comme une fève; en quelques jours ils ont acquis la grosseur d’un rat, et le développement complet de leurs organes s'opère en peu de temps.

2° Les KaxGuroos sont des Marsupiaux remarquables par la disproportion qui existe entre leurs membres antérieurs et leurs membres postérieurs. Les premiers sont très-courts, les seconds sont très-longs, et avec la forte queue de l'animal ils constituent un trépied sur lequel il s'appuie, Le Kanguroo est originaire de la Nouvelle-Hollande. Les habitants de ce pays lui font une chasse assidue ; de sorte que depuis quelque temps il est fort rare. La chair du Kanguroo, ainsi que celle de tous les Marsupiaux, parait être d’une qualité inférieure à celle des autres Mammifères qui se nourrissent à peu près des mêmes substances. La portion la plus estimée de la chair se trouve accumulée au train

de derrière, et souvent le chasseur, lorsqu'il a une distance assez longue à par-

courir pour rentrer chez lui, coupe, pour alléger son fardeau, le train de devant

de l'animal qu'il abandonne aux oiseaux de proie, en ne gardant pour lui qne

la partie à laquelle on donne la préférence.

La grande espèce, sur laquelle ont été fuites presque toutes les observations, est de couleur variable; elle est généralement rousse où d’un gris cendré à la partie supérieure du corps, et blanche à la partie inférieure.

Le capitaine Cook a vu le Kanguroo et l’a fait le premier connaître dans l’Europe en 1789. Cet animal est indifférent à tout traitement, quel qu'il soit, bon ou mauvais; ceci parait même être un des caractères essentiels qui distinguent les Marsupiaux des autres Mammifères. Leur inteligence est aussi d’un très-bas degré, et ils s’y prennent très-maladroitement quand ils attaquent les autres animaux. Jamais ils n’exercent de violences graves sur les hommes, et l'on peut les battre sans qu'ils cherchent à se venger ou même à échapper aux coups qu'ils reçoivent. ;

On chasse le Kanguroo avec des chiens dressés à le poursuivre et à l’attaquer. Si le terrain est couvert de broussailles, ceux-ci, quelles que soient leur ardeur et leur vitesse, n’ont aucune chance d'atteindre leur proie. Le Kanguroo bondit par dessus les obstacles qui arrêtent la meute, et gagne bientôt d’impénétrables fourrés qui lui servent d'asile. Mais, en plaine, les chances ne sont plus lesmèmes; poursuivi, harcelé, cet animal se fatigue et se voit bientôt réduit à s’asseoir sur ses jambes de derrière pour faire face à son adversaire, épiant l’occasion de l'attaquer, de le renverser et de le déchirer avec les ongles puissants dont ses pattes de derrière sont armées. Mais ce ne sont pas là toutes ses ruses : la faculté

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