‹ Musée d'Histoire NaturelleChapitre 36 sur 153 · ISLE · texte numérisé non relu

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espèces telles que les oies. La conduite de la troupe est confiée à un chef placé en tète des deux files, plus ou moins écartées, qui se rencontrent vers un point. Le chef est le sommet de cet angle mouvant; il ouvre la marche, porte les premiers coups à la résistance de l'air, fraie le chemin , et toute la bande le suit en observant l’ordre le plus parfait. Comme les efforts de ce chef sont très-violents, et qu'il ne pourrait les supporter pendant tout le voyage, on le voit, lorsqu'il est fatigué, céder le poste à son plus proche voisin, et prendre rang à l’extrémité de l’une ou l’autre des deux files.

Les oiseleurs, dans certains cantons, calculent d'avance l’époque et les chances de ce passage. Munmis de leurs filets et de tous les appareils de la chasse, ils partent pour les gorges et les vallées par où les bandes doivent passer, et ils y arrivent à point nommé peu d'instants avant elles. Ces bandes sont quelquefois si nombreuses, et les individus qui les composent tellement serrés les uns contre les autres, que le jour en est quelquefois très-sensiblement obscurei.

La route que tiennent les oiseaux dans leurs migrations, et la nouvelle patrie qu'ils adoptentmomentanément, sont presque toujours les mèmes chaque année. Il est cependant des oiseaux dont le voyage semble n'avoir aucun but apparent, et auxquels tous les climats peuvent convenir; ceux-là, doués d’ailes très-longues, paraissent ne suivre aucune direction fixe ; 1ls ne s’arrêtent que pour prendre un repos indispensable, et leurs apparitions sont constamment accidentelles. Bien différents, sous ce rapport, d’un petit nombre d'espèces moins favorisées de la nature, qui sont privées des instruments du vol, dont la démarche est lente et embarrassée, et qui, condamnées à ne point quitter la roche qui les a vues naître, usent leur patience à attendre une proie que leur apporte le roulement des vagues.

Après que l'oiseau a passé la saison de la ponte, 1l perd ordinairement ses plumes : ce phénomène s'appelle la mue. Elle est le plus souvent double dans

les oiseaux de rivage et dans les oiseaux d’eau ou les palmipèdes. L'oiseau perd

aussi la voix éclatante et brillante qu'il avait prise avec sa puberté.

Il y a plusieurs espèces qui changent de plumes dans le lieu même où elles ont élevé leurs petits; d’autres, au contraire, cherchent un pays plus convenable où elles trouveront une température plus chaude et une nourriture plus abondante, pour supporter l'état de maladie que leur cause la mue. Ainsi, tous les oiseaux insectivores quittent de bonne heure les climats tempérés pour se porter vers le Midi, tandis que nous voyons arriver des provinces septentrionales, des bandes nombreuses de palmipèdes qui sont allés faire leur ponte, pendant l'été dans la zône glaciale. On connaît depuis longtemps les longues

migrations que font les grues, les cailles: ces oiseaux traversent d'assez grandes étendues de mer. Les cigognes présentent même ce fait remarquable qu’elles sont du nombre des espèces qui pondent deux fois, et qu’une de ces pontes a lieu en Europe, l'autre en Égypte.

L'époque des inondations, du débordement périodique des fleuves, influent sur l’époque du voyage des Canards. C’est ce que l’on croit avoir observé en Amérique. D’autres espèces n’entreprennent pas des voyages aussi longs que celles que nous venons de citer. Les Alouettes, les Merles, les Loriots, nous en offrent des exemples. Ces migrations durent plus ou moins pour chaque espèce, dont quelques-unes paraissent se disperser en plusieurs tribus, qui partent chacune à des époques différentes. Ainsi, en Hollande, les Alouettes passent toujours en trois époques, éloignées chacune de quinze à dix-huit jours.

Quant aux Hirondelles, leurs nugrations méritent une attention particulière. Lorsqu’elles ne trouvent plus dans le pays qu'elles habitent, les insectes qui leur conviennent, elles passent dans des contrées moins froides qui leur offrent en abondance la proie sans laquelle elles ne sauraient subsister. Celles qui habitent l'Europe partent au mois d'octobre ; et, peu de jours après, on les voit arriver en Afrique, au Sénégal, sur les côtes de l'Égypte, ou dans d’autres pays méridionaux. Parfois elles tombent épuisées de fatigue dans le sein de la mer, ou elles viennent se reposer sur les vaisseaux qu'elles rencontrent sur leur route. L'amiral Wager, se trouvant au printemps dans le canal de la Manche, vit une épaisse nuée d'hirondelles s’abattre sur son vaisseau. dont elles couvrirent tous les câbles et les agrès. Elles étaient amaigries et paraissaient affamées. Elles repartent le lendemain, après s'être reposées pendant toute la nuit.

Au printemps, les Hirondelles quittent les contrées méridionales pour revenir en Europe. Il en est cependant qui ne quittent jamais ces climats plus doux. Ainsi, en Éthiopie, au cap de Bonne-Espérance, on voit des Hirondelles pendant toute l’année. Tout le monde a pu remarquer les circonstances qui accompagnent le départ des Hirondelles. Elles se rassemblent en troupes nombreuses dans des lieux convenus d'avance, et toujours les mêmes. Leur départ a lieu ordimairement pendant la nuit, comme si elles craignent d’atürer pendant le jour l'at- {ention des oiseaux de proie. Après un grand bruit d'ailes et de cris qui semblent représenter une sorte de conseil, elles partent pour aller habiter des régions distantes de quelques milliers de lieues. Certaines personnes, étonnées peutêtre de tout ce qu'il faut admettre d’admirable dans l'instinct de cet oiseau pour entreprendre de si lomtaines migrations, ont -préléré le nier, et, pour expliquer leur disparition pendant l'hiver, ont eu recours à la supposition de l'engourdis-

sement de ces animaux. Cette opinion est appuyée par ce fait irrécusable que s1. au milieu de l'hiver surviennent quelques jours chauds, on voit aussitôt apparaître des Hirondelles. Plusieurs naturalistes célèbres ont soutenu l'opinion de la submersion de ces oiseaux; suivant eux, ils passeraient l'hiver dans les profondeurs des eaux. Quoique ce fait ait été admis par Klein et par Linnée, il n’en est pas moins incompatible avec les principes les plus simples de la physiologie. L’attrait qu'on a pour le merveilleux peut seul expliquer la supposition qu’on à faite de l'immersion des Hirondelles, et de leur résurrection après une asphyxie de six mois dans l’eau. On doit donc rejeter, comme inadmissible, une opinion contraire aux expériences multipliées qui ont prouvé qu’un oiseau ne saurait vivre sous l’eau, sans aucune communication avec l'air extérieur. Cette communication est en effet nécessaire à la circulation du sang et à l’entretien de la respiration, deux fonctions qui sont indispensables à la conservation de la vie.

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