RAPACES
Les oiseaux de proie se reconnaissent à leur bec, qui est crochu et terminé par une pointe aiguë et recourbée en bas, et à leurs pieds très-forts et armés d'ongles crochus et puissants.
Remarquables par leur vigueur, ils ont aux cuisses et aux jambes des muscles volumineux qui donnent à leurs serres une grande force; leurs tarses sont rarement allongés, tous ont quatre doigts, dont le premier ou le pouce est dirigé en arrière ; les ongles de ce doigt et du doigt interne sont les plus forts, et il existe souvent une très-petite palmure entre la base des doigts externes. Leurs ailes sont grandes, et l'os sternum, qui sert à donner attache aux principaux muscles du vol, est en général très-développé et sans échancrures latérales. Leurs narines sont percées dans une membrane qui revèt toute la base et que l’on nomme cire.
Tous les Rapaces vivent uniquement de chair; ils poursuivent les autres
oiseaux et même les quadrupèdes faibles et les reptiles; aussi ontls pour la plupart le vol très-puissant.
De même que les passereaux et les grimpeurs, les oiseanx de proie naissent en général nus, avec les yeux fermés, et ils ne peuvent vivre sans Le secours de leurs parents, qui pendant leur jeune âge pourvoient à tous leurs besoins.
L'oiseau Rapace est un être qui vit de proie vivante. Cette circonstance implique certaines conditions qui doivent lui être spéciales. 11 doit percevoir à de grandes distances les animaux dont il fait sa nourriture, il doit ètre doué des moyens de s'approcher d'eux en franchissant des distances considérables, il a besoim d'armes proportionnées à la force de ceux qu'il attaque, car souvent la proie sera le prix d’un combat; enfin il doit avoir les éléments d’une digestion facile. Or, rien de tout cela ne manque chez l'oiseau de proie; ses sens sont bien développés ; à des distances immenses, à des hauteurs prodigieuses, il voit, soit le petit mammufère qui court dans la plaine, soit oiseau qui voltige de branches en branches; sans cesse aux écoutes, son oreille perçoit le moindre bruit. Constamment son aile est puissante. La perfection de cette aile est proportionnée, non pas à la force de l'oiseau, mais à son mstinct carnassier ; le vautour, et en général tous ceux de cette famille qui, bien que réellement carnassiers, ne dédaignent pas au besoin de se rejeter sur les charognes, offrent une aile dont la grandeur, dont la forme, sont beaucoup moimdres que ce que l’on rencontre chez d’autres oiseaux, dont la taille, comme celle du faucon, est bien plus petite, mais qui ne se nourrissent que de la proie qu'ils ont poursuivie, vaincue, dépécée. À cet effet, le bec offre des proportions remarquables. Les mandibules sont tranchantes, et la supérieure, chez les oiseaux de proie par excellence, est très-recourbée ; chez ceux-c1 leur épaisseur, leur force, sont considérables ; chez les Vautours, conformément à leur genre de vie, le bec est moins vigoureux, la mandibule supérieure, recourbée à son extrémuté, est droite dans une grande partie de son étendue; chez le Percnoptère, qui se nourrit presque exclusivement de cadavres, cette faiblesse du bec est plus marquée encore.
Le canal alimentaire est le plus simple possible ; le gésier est peu musculeux, mais le jabot, au contraire, offre quelquefois une assez grande complication ; quant aux intestins, ils sont courts, comme cela convient à la digestion de matières animales.
Quant à la distribution géographique des oiseaux de proie, leur plumage, toujours épais et serré, nous indique assez qu’elle n’est point rigoureusement himitée; nous devons nous attendre à les voir se propager dans tous les sens, et, de mème que dans une seule région, nous les voyons quitter les plaines
tempérées pour les cimes glacées de montagnes inabordables à l'homme, nous les retrouverons dans des latitudes très-différentes, à de grandes distances les uns des autres.
Les oiseaux de proie répandus sur toute la surface du globe, soit sur les terres slacées des pôles, soit sous le ciel brülant des tropiques, ont avec l’homme des rapports multipliés. Tantôt ils lui sont nuisibles, tantôt utiles; aussi, pendant que dans certaines contrées leur tête est mise à prix, dans d’autres ils sont protégés par l'usage, et par le texte même des lois. Ce n’est point en lui faisant la guerre à lui-même que les oiseaux de proie sont réellement nuisibles à l’homme ; les plus grandes espèces, seulement, se sont quelquefois attaquées à lui; le plus souvent, au contraire, ils le craignent, ils le fuient, ils mettent tous leurs soins à se garantir de ses atteintes ; mais ils lui nuisent en attaquant les oiseaux dont il fait sa nourriture, en attaquant même les animaux qu'il élève dans ses bassescours et dans les bergeries. D’autres oiseaux de proie, au contraire, rendent à l'homme de véritables services en détruisant une multitude d'insectes et beaucoup de reptibles venimeux ou non. Les Percnoptères, en recherchant les matières fétides, dont ils se nourrissent avec avidité, joignent ainsi leurs efforts à ceux des Hyènes et de quelques animaux pour opérer, dans les climats brülants où ils se trouvent en grand nombre, l’assaimissement des lieux dont l'homme fait sa demeure ; là aussi les lois les protégent; leur mort est considérée comme un crime de celui qui l'a causée ; une amende considérable le punit. Les oiseaux de proie pouvant être employés à ia chasse, ont encore pour l’homme un nouveau genre d'utilité, mais les services qu'ils lui rendent sous ce rapport sont aujourd'hui bien restreints, sinon nuls, et n'étaient guère autrefois qu'une sorte d’amusement réservé aux seigneurs et aux princes. Néanmoins, l'emploi pour la chasse d'animaux essentiellement carnivores n’en est pas moins l’un des faits les plus remarquables. Notons enfin, comme un dernier usage, l'emploi de leurs plumes si fréquent pour différents objets de commerce.
Les oiseaux Rapaces sont partagés en deux familles : les diurnes et les nocturnes.
Les prurxEs se reconnaissent à leur plumage serré et à leurs yeux dirigés latéralement : ce sont les Vautours, les Gypaètes, les Faucons, les Aigles, les Éperviers, les Milans, les Buses, etc. Ces oiseaux, comme l'indique leur nom, chassent le jour et ne craignent pas comme les nocturnes l'éclat du soleil ; leur vue est extrèmement perçante et leur permet d'apercevoir leur proie lorsqu'ils en sont assez éloignés pour qu’elle échappe à leurs regards. Leur plumage se distingue également des nocturnes, il est terne, et les pennes de leurs aïles sont fortes et
résistantes ; leur sternum, afin d'offrir à l'insertion des muscles pectoraux une surface plus étendue, est large et complétement ossifié, pour mieux résister aux efforts violents de ces muscles, lors de l’abaissement de l'aile.
Les Vautours, organisés d’une mamière peu favorable pour des oiseaux de proie, doivent à la faiblesse de leurs armes, à une taille souvent considérable, un air ignoble, qu'augmente encore la nudité d’une grande partie de la tête, et souvent aussi du cou. C’est ordinairement de cadavres qu'ils se nourrissent, car ils sont trop faibles et trop lâches pour s’en prendre aux animaux capables de leur résister et même pour attaquer des oiseaux d’une taille de beaucoup inférieure à la leur.
Le Vautour est entièrement propre à l’ancien continent ; l’Europe, l'Asie et l'Afrique en contiennent plusieurs espèces. Ses mœurs sont connues; c’est dans les beux montagneux qu'il habite, c’est dans les endroits les plus écartés et les plus abruptes, dans des fentes de rochers ou dans d’épais buissons qu'il place les nids grossiers où il dépose ses petits, dont il a un grand soin, et qu'il nourrit en régurgitant devant eux les matières qu'il a avalées.
Nous dirons quelques mots des Aigles, oiseaux remarquables par la noblesse de leur port et par leur attitude fière et hardie. Ils sont célèbres par leur courage, et la nature a doué ces oiseaux d’une force extrême et d'armes puissantes. Ils sont avides de carnage, et en général ils attaquent de préférence des animaux d'un volume assez considérable. Ce n’est même que lorsque la faim les presse qu'ils chassent les petits oiseaux et, à moins d'une détresse complète, ils ne se jettent jamais sur les cadavres. Ils vivent en général par paires, mais ne souffrent pas dans le voisinage de leur retraite la présence d’autres oiseaux de proie; ils ne permettent même pas à leurs petits de partager le domaine où ils se sont établis, et les chassent loin d'eux, aussitôt qu'ils peuvent pourvoir à leur subsistance. Le mâle et la femelle se voient en général à peu de distance l’un de l’autre, et ils paraissent s'entendre pour la chasse : l’on prétend que lun d'eux bat les buissons pendant que l’autre se tient sur quelque rocher ou sur un arbre voisin pour saisir le gibier au passage.
Rien n’est plus curieux surprendre que les soudainetés instinctives qu'inspirent aux animaux les besoins de la faim, le sentiment d’un grand danger ou les mouvements intérieurs d’une tendresse mutuelle. Entre tant d'exemples qu'on pourrait citer, nous nous bornerons à reproduire une scène d’une nature sauvage dont Audubon a été le témoin dans les forèts vierges de l'Amérique.
« En automne, dit-il, au moment où des milliers d'oiseaux fuient le Nord et se rapprochent du soleil, laissez votre barque effleurer l’eau du Mississipt.
9f ZOOLOGTIE.
Quand vous verrez deux arbres dont la cime dépasse toutes les autres. cimes s'élever en face l’un de l’autre sur les bords du fleuve, levez les veux; l'Aïgle est là, perché sur le faite d’un des arbres : son œil étincelle dans son orbite, et parait brûler comme la flamme ; il contemple attentivement toute l'étendue des eaux; souvent son regard s'arrête sur le sol; il observe, 1l attend; tous les bruits qui se font entendre, illes écoute, il les recueille, il les distingue ; le daim, qui effleure à peine les feuillages, ne lui échappe pas.
« Sur l'arbre opposé, l’Aïgle femelle reste en sentinelle : de moment en moment son cri semble exhorter le mâle à la patience; 1l y répond par un battement d'ailes, par une inclination de tout son corps, et par un glapissement dont la discordance et l'éclat ressemblent au rire d’un maniaque; puis il se redresse : à son immobilité, à son silence, vous le croiriez de marbre. Les canards de toute espèce, les poules-d'eau , les outardes, fuient par bataillons serrés que le cours de l’eau emporte ; proie que l’Aïgle dédaigne, et que ce mépris sauve de la mort. Un son que le vent fait voler sur le courant arrive enfin jusqu’à l’ouïe des deux brigands; ce son à le retentissement et la raucité d’un instrument de cuivre : c'est le chant du cygne. La femelle avertit le mâle par un appel composé de deux notes : tout le corps de l’Aïgle frémit; deux ou trois coups de bec dont 1l frappe rapidement son plumage le préparent à son expédition : 1l va partir.
« Le cygne vient comme un vaisseau flottant dans l'air, son cow d’une blancheur de neige étendu en avant, l'œil étincelant d'inquiétude. Le mouvement précipité de ses deux ailes suit à pee à soutenir la masse de son corps, et ses pattes, qui se reploient sous sa queue, disparaissent à l'œil. Il approche lentement, victime dévouée. Un cri de guerre se fait entendre : l'Aïgle part avec la rapidité de l'étoile qui file ou de l'éclair qui resplendit. Le cygne voit son bourreau, abaisse son cou, décrit un denu-cercle, et manœuvre, dans l’agonie de sa crainte, pour échapper à la mort. Une seule chance lui reste, c'est de plonger dans le courant; mais l’Aïgle prévoit la ruse; il force sa proie à rester dans l'air en se tenant sans relâche au-dessous d'elle, et en menaçant de la frapper au ventre et sous les ailes.
« Cette profondeur de combinaison, que l’homme envierait à l'oiseau, ne manque jamais d’attemdre son but: le cygne s’affuiblit, se lasse et perd tout espoir de salut. Mais alors son ennemi craint encore qu'il n’aille tomber dans l'eau du fleuve : un coup des serres de l’Aïgle frappe k victime sous l'aile et la Dee obliquement sur le rivage.
Tant de puissance, d'adresse, d'activité, de prudence, ont achevé Ha conee Vous ne verriez pas sans ellroi le triomphe de l'Agle : il danse sur le
cadavre; il enfonce profondément ses armes d’airain dans le cœur du cygne mourant; 1l bat des ailes, 1l hurle de joie, les dermières convulsions de l'oiseau l’enivrent ; il lève sa tête chauve vers le ciel, et ses yeux enflammés d’orgueil se colorent comme le sang; sa femelle vient le rejoindre; tous deux ils retournent le cygne, percent sa poitrme de leur bec et se gorgent du sang encore chaud qui en jaillit. »
Les Oiseaux de proie NocrurxES constituent la famille des Hiboux. Ils sont éblouis par le grand jour et ne voient bien que pendant le crépuscule, ou lorsque la nuit n’est pas très-obscure : aussi est-ce le temps qu'ils choisissent pour la chasse, et comme leurs plumes molles leur permettent de voler sans bruit, il leur est facile alors de s'emparer des oiseaux et des petits mammifères sur lesquels ils fondent à l’improviste. Il y a quelques espèces qui chassent même pendant le jour, mais en général ils se retirent alors dans des trous d'arbres et de murailles; quelquefois 1ls se tiennent blottis sur des branches, et alors tous les petits oiseaux, dont ils sont la terreur pendant le crépuscule, viennent les harceler et Les insulter. Lorsqu'on s'approche d'eux, les Hiboux hérissent leurs plumes, étendent leurs ailes et prennent des attitudes bizarres et qui paraissent ridicules. Pendant la nuit, ils font souvent entendre des cris plaintifs, que le peuple considère comme des présages funestes. En réalité, ces oiseaux sont plus utiles que nuisibles à l’agriculture, à raison du nombre des petits mammifères rongeurs qu'ils détruisent.