ÉCHASSIERS
Comme les Gallinacés, les Échässiers sont des oiseaux généralement lourds. Presque tous sont remarquables par la longueur des pattes, et paraissent comme montés sur des échässes. Leurs pieds présentent le plus souvent de petites palmures entre les doigts externes, et manquent quelquefois de pouce. Leur taille est ordinairement élancée, et leur cou très-long ; le bec varie quant à sa forme, mais 1l est en général très-long.
La plupart des Échâssiers, que l'on appelle aussi oiseaux de rivage, fréquentent les lieux aquatiques, et marchent à gué dans les eaux peu profondes, pour y trouver leur nourriture. À quelques exceptions près, ils vivent tous de substances animales, et cherchent les poissons, les reptiles ou bien les vers et les insectes, suivant que leur bec est fort ou faible; il en est aussi qui, lom de vivre auprès des eaux, habitent des lieux secs, arides et sablonneux, et l'intérieur des terres : tels sont l’Autruche et le Casoar. Il en est des Echässiers comme de l’ordre précédent, ce n’est point à ses deux extrémités qu'on trouve leurs vrais caractères, mais à son milieu ; aussi les premières familles passent d’une manière intime à l’ordre des Passereaux, et les dernières nous conduisent, par des nuances insensibles, à celui des Palmipèdes.
Presque tous les Échässiers ont les ailes très-longues, volent très-bien, et étendent les jambes en arrière, lorsqu'ils volent, tandis que les autres oiseaux les reploient sous le ventre. Ceux qui font leur nid dans les endroits élevés sont monogames, et nourrissent leurs petits jusqu'à ce qu'ils soient en état de voler; ceux qui nichent par terre sont presque tous polygames, et leurs petits vont, peu après leur naissance, chercher eux-mêmes leur nourriture.
La distribution géographique de ces oiseaux est assez remarquable : ils occupent toute la superficie des contrées chaudes ; une espèce est de l'Amérique méridionale, l’autre de l'Afrique, une troisième de l'Asie, la dernière énfin, actuellement connue, de la Nouvelle-Hollande, et ces différentes espèces ne se mêlent pas.
On range dans les Échässiers les Hérons, les Grues, les Cigognes, les Butors,
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les Bécasses, les Ibis, les Poules d’eau, les Flamants, etc., et quelques autres genres, les Autruches, les Casoars et les Outardes, etc., qui n’habitent pas dans le voismage des eaux, mais qui ressemblent aux précédents par leur conformation.
Parmi les oiseaux de rivage, l'espèce de la Cigogne est la plus célèbre. Le nom de la Cigogne est consacré par des expressions populaires, des fables que tout le monde sait, et des comparaisons qui se produisent fréquemment. Comme c’est des eaux qu’elle tient une grande partie de sa subsistance, 1l lui faut des parages maritimes, des rivières, des étangs, des marais; une culture bien dirigée lui enlève une partie de ses ressources et la chasse des contrées où l’homme s’est approprié tout le sol. Il n’y a pas de Cigognes en Angleterre, elles abondent en Hollande, et sont plus rares en France. Ce sont des oiseaux de passage qui se rapprochent du Nord lorsque la température de l'air y est un peu réchauffée, et qui retournent vers le Midi longtemps avant que les froids puissent les atteindre. :
Cette espèce est subdivisée en deux; mais l’une n’est peut-être qu'une variété de l’autre ; la première est blanche, et la seconde est entièrement noire; la blanche est beaucoup plus répandue, ne fuit pas l’homme, s'établit volontiers près des habitations, sur Les édifice:, chasse aux limaces et aux reptiles dans les jardins, prend des poissons dans les rivières sous les yeux des pècheurs. La Cigogne noire, au contraire, n'approche point de nos demeures ; cherche des retraites solitaires, pénètre dans les forêts, se perche sur les arbres.
La Cigogne blanche est un peu plus petite que la Grue, cependant elle peut voler aussi haut et aussi longtemps à cause de la grandeur de ses ailes; elle a jusqu’à deux mètres d'envergure. Lorsqu'elle revient dans nos climats, aux approches du printemps, son premier som est de visiter son nid, d'y faire des réparations nécessaires, et d’en construire un nouveau si l’ancien a été détruit. Dans ces oiseaux, comme dans beaucoup d’autres espèces, on peut reconnaitre un modèle accompli de l'union conjagale et de la tendresse maternelle. Les petits ne quittent le nid qu'après des essais de vol que la.mère leur fait faire avec prudence, en procédant par degrés.
Les Jabirus habitent constamment les terres imondées de l'Amérique méri-
dionale. On en trouve un grand nombre dans les vastes savanes marécageuses de la Guiane ; ils ne les quittent que pour s'élever à une grande hauteur dans
l'air, où ils se soutiennent fort longtemps. Leur voracité est extrème; ils ne se nourrissent que de poissons et de reptiles.
Ces animaux construisent sur de grands arbres, et avec de longues branches
entrelacées, un nid très-spacieux dans lequel la femelle ne pond qu’un ou deux: œufs. Les petits, une fois éclos, sont nourris avec du poisson ; le père et la mère les défendent avec le plus grand soin, jusqu’à ce qu'ils soient assez forts pour suffire par eux-mêmes à leurs besoins.
L’Autruche est le plus grand des oiseaux ; elle atteint de 2 mètres 33 cent. à 2 mètr. 66 de hauteur et peut peser 40 kil. La longueur de ses jambes et de son cou, ainsi que différentes habitudes, l'ont fait comparer au chameau. Un auteur arabe d’une histoire des animaux dit même que le vulgaire, en Arabie, croyait l’Autruche née d’un chameau et d’un oiseau.
Ces oiseaux habitent les contrées voisines de l'équateur et s’écartent rarement de la zûne torride pour entrer dans les zônes tempérées. Quoiqu'ils vivent principalement de graines et d’herbes, on peut les regarder comme omnivores, car ils peuvent manger de tout ; ils sont tellement voraces qu'ils prennent souvent des matières indigestes. C’est ainsi qu'ils avalent des cailloux, des morceaux de fer, de cuivre, des pièces de monnaie, etc. ; mais 1l paraît qu'ils boivent peu, et les Arabes même prétendent qu'ils ne boivent jamais. |
Les Autruches ne font jamais de nid; elles déposent à terre, dans des trous pratiqués au milieu du sable, une quinzaine d'œufs, gros comme la tête d’un enfant qui vient de naître. Sous la zône torride, ces œufs n’ont pas besoin d’être couvés ; mais en deçà des tropiques, le mâle et la femelle vont de temps en temps les réchauffer, surtout pendant la nuit, ou lorsque le temps se refroidit un peu. Les petits mettent environ six semaines à éclore, et dès ce moment sont assez forts pour marcher.
Les œufs sont très-bons à manger, et un seul suffit au repas d’un homme. Les indigènes du Cap ont trouvé pour cuire ces œufs, un procédé qui vaut au moins ceux de nos cuisiniers : 1ls les mettent par le gros bout sur des cendres chaudes, font un petit trou à l’autre bout, pour introduire un petit bâton avec lequel ils agitent la matière de l’intérieur, afin qu'elle cuise uniformément ; cet apprèt est terminé par une pincée de sel, quelques grains de poivre, et le résultat est une très-bonne omelette.
Les plumes des ailes de l’Autruche, qui n’ont que des tiges minces, et dont les barbes, quoique garnies de barbules, ne s’accrochent point les unes aux autres, comme dans la plupart des autres oiseaux, forment sur les côtés du corps de l'animal des espèces de panaches d’une élégance admirable ; et ce sont ces plumes que le bon goût ou la coquetterie des dames a rendues un objet fort important dans le commerce. L’Autruche de l’ancien continent est le plus grand de tous les oiseaux. |
On a dit que le Héron était le plus triste et le plus malheureux des oiseaux. S'il est presque toujours solitaire, c'est que la chasse qu'il fait est silencieuse et d’embuscade; on Le voit sur le bord des rivières, des étangs etdes marais, rester des heures entières immobile à la même place , posé sur un seul pied, son corps presque droit, son long cou replié sur sa poitrine et sur son ventre, la tète et le bec couchés entre les épaules; il parait étranger à fout ce qui se passe autour de lui, on dirait plutôt une statue de pierre qu’un oiseau vivant. Quand 1l croit apercevoir un reptüle, une grenouille ou un poisson, 1l entre dans l'eau avec précaution, déploie subitement son long cou , ét avance son long bee avec tant de force, qu'il en perce sa proie. Lorsqu'il l’a tuée, 1l avale avec gloutonnerie et quelquefois d'un seul morceau. Il ne faut pas croire que le Héron soit toujours à guetter au bord de l’eau; il s'élève et plane au-dessus
des étangs et des marais; 1l agite lentement ses ailes immenses, et leur mouve-
ment régulier le fait monter peu à peu à une telle hauteur que l'œil n’aperçoit plus qu'un point noir. C’est en s’élançant ainsi vers les plus hautes régions de l'air qu'il échappe aux faucons et aux autres oiseaux de proie.
C’est encore dans l'ordre des Échâssiers que se trouvent les Ibis, faciles à reconnaître à leur tête dénuée de plumes, à leur bec arqué et presque aussi long que leur cou, à leurs narines qui, percées à la base de cet organe, se prolongent par un sillon profond jusqu'à l'extrémité de la mandibule supérieure.
Ce sont des oiseaux assez grands de taille et très élevés sur jambes, qui fréquentent le bord des fleuves et des lacs, se nourrissant d'insectes, de vers et de mollusques; mais 1ls ne touchent jamais aux reptiles venimeux, quoiqu'on leur en ait attribué l'habitude ; leur bec est trop long et trop faible pour déchirer des animaux de cette taille.
Une des espèces les plus célèbres de ce genre est l'Ibis sacré, qui était en extrème vénération chez les Égyptiens. Cette vénération à été expliquée de diverses façons : Hérodote l’attribue à la destruction que FIbis faisait des serpents. Cuvier a produit, à l'appui de cette supposition, l'ouverture qu'il a faite de momies apportées par le colonel Grobert et par Geoffroy. Il a trouvé des débris de serpents dans l’æsophage d'Ibis embaumés. Il y aurait peut-être une autre cause à attribuer à la vénération des Égyptiens : l'Ibis, voyageur de sa nature, descendait de l'Éthiopie aux premiers jours de l'accroissement du Nil, et s’en retournait à la décroissance des eaux; ainsi 1l était l'oiseau précurseur de linondation, c'est-à-dire de la fécondité. IL y avait à de quoi li attirer des hommages d’un peuple à la fois reconnaissant et superstitieux.
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