CHÉLONIENS
Ces Reptiles ont un squelette en partie contigu avec l’épiderme de leur peau, etleurs membres prennent leur point d'appui dans la cavité de leur poitrine, et non à l'extérieur. On les nomme Tortues, et l’on y trouve des espèces terrestres, de marais, fluviatiles et marines; les espèces de ces quatre divisions se distinguent entre elles par des caractères essentiels, et, l’on peut admettre qu’elles forment quatre familles. On connaît 60 espèces vivantes de Chéloniens; quant à celles que l’on trouve à l’état fossile, elles diffèrent de celles qui existent aujourd’hui.
Les TorruEs forment dans la classe des Reptiles un ordre bien tranché, et qui ne compte pas moins de soixante espèces différentes. Ces animaux se distinguent au premier coup d'œil par le double bouclier dans lequelleur corps est enfermé, et qui ne laisse passer au-dehors que leur tête, leur cou, leur queue et leurs quatre pieds. Le bouclier supérieur, qui est plus ou moins bombé, porte le nom de carapace ; linférieur, qui est aplati, s'appelle plastron. Ces deux pièces sont unies
He ZOOLOGIE,
ensemble de manière à ne jouir d'aucun mouvement; cependant, chez quelques: espèces, le plastron est divisé en deux battants, ce qui permet à l'animal de fermer entièrement la carapace quand sa tête et ses membres y sont retirés. Quand un seul des battants est mobile, c’est toujours celui du devant.
Les Tortues n’ont point de dents ; leurs mächoires sont revêtues de corne, comme celle des oiseaux, excepté dans les tortues à queule, dont la bouche a une disposition comparable à celle des batraciens, nommément du crapaud pipa. Leur enveloppe osseuse est, dans le plus grand nombre, revêtue d’une écaille plus où moins transparente. Cependant, certaines espèces l'ont couverte d’une peau molle. Il est à remarquer que ces espèces, qui sont moins capables d'une: résistance passive, sont plus courageuses et plus actives que les autres.
On partage communément toutes les tortues en cmq groupes : tortues de terre, tortues d'eau douce à test écailleux, tortues molles, tortues à gueule ou chélides, etenfin tortues de mer.
Les Tortues terrestres ont leurs pattes en forme de moignons arrondis, gros, courts, ct leurs doigts, presque égaux et immobiles, ne se révèlent que par les ongles coniques qui les terminent. La carapace est bombée et peut abriter la tête, les pattes et la queue. Ges Tortues vivent dans les bois, se creusent des terriers, et vivent de mollusques et de végétaux. Elles atteignent quelquefois un mètre de dimension; telle est la Tortue éléphantime, qu’on trouve à l'ile Maurice, et dont quelques individus pèsent jusque deux cent cinquante kilogrammes,
Chez toutes les tortues de mer, sans excepüon, le test n’est pas assez grand pour recevoir la tête, mi surtout les pieds, qui sont très allongés (principalement ceux de devant), et aplatis en nageoires.
La Méditerranée nourrit une grande tortue à peau, que sa forme allongée a fait désigner sous le nom de luth; sa carapace présente trois arètes saillantes drigées longitudinalement.
Les tortues marines les plus connues sont celles des mers tropicales; surtout la tortue franche etle caret, estimés, l’une pour sa chair, l’autre pour son écaille.
La tortue franche, nommée aussi tortue verte, peut-être à cause de la temte verdâtre de son écalle, à le dos recouvert de treize larges écailles, non compris celles du pourtour. Ces écailles sont disposées sur trois rangs ; celles du milieu forment des hexagones à très-peu près réguliers. Cette tortue a quelquefois jusqu'à 2 mètres 33 centimètres de long, et jusqu’à 3 o1 400 kilogrammes de poids. Dampierre en cite une beaucoup plus grande encore, puisqu'elle avait {mètre 33 centimètres d'épaisseur du dos au ventre, et 2 mètres de largeur. Sa:
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carapace formait un bateau dans lequel un enfant de neuf à dix ans, le fils du capitaine Rocky, s'embarqua pour aller, à un quart de mille de distance, gagner le navire que son père commandait. Il paraîtrait, d’après cela, que Pline n’a pas trop exagéré ce qu'il a dit des Tortues de la mes des Indes. Ces tortues, dit-il, sont si grandes, que leurs écailles servent de nacelle aux habitants des îles de la mer Rouge, et qu'une seule suffit pour couvrir une maison habitable.
Le Caret, espèce moins grande que la tortue franche, pesant rarement plus de cent kilogrammes, porte sur la carapace treize écailles fauves et brunes, qui se recouvrent comme des tuiles. Elle se trouve aussi dans les mers des pays chauds, où elle se nourrit de végétaux marins. Ses œufs sont très-bons, mais sa chair est désagréable et malsaine. C’est le Caret qui fournit la belle écaille de tortue employée dans les arts. Cette matière est, comme on sait , susceptible de recevoir le plus beau poli. On lui donne la forme que l’on veut en la comprimant au moyen d'une presse sur des moules de fer dans l’eau chaude ; on peut aussi par la fusion en rassembler les fragments en une seule lame; et c’est ainsi que l’on fait ceque l’on appelle l’écaille fondue.
Une tortue Caret produit, terme moyen , trois kilogrammes d’écailles d'un prix considérable, car aux Séchelles, on la voit s'élever de 5 fr. jusqu'à 40 fr. le demikil., et en France elle est vendue quelquefois jusqu'à 80 fr. le demi-kil. Dans cetétat de choses, tout calcul de chiffre devient impossible; mais il est de la plus haute évidence que l'éducation de la tortue Caret donnerait des bénéfices immenses, et mérite d'être appréciée par l'industrie commerciale.
“La tortue Caret se transporte facilement à la mer, elle réside dans les régions équatoriales, etil est probable qu’elle réussirait très-bien au Sénégal, et peutêtre même sur les côtes de la Méditerranée, en y établissant des parcs. C’est ce qu'a fait, aux Séchelles, un colon français qui a imaginé d'établir sur une île dont il était propriétaire, un parc à tortues Caret; 1] l’a placé dans une anse de sable, parce que la tortue va faire sa ponte à terre et dans le sable. Pour en fermer. l'entrée, 1] a pratiqué une digue en pierres sèches, de telle manière qu’elle oppose à la marée montante la moindre résistance possible, en la laissant entrer par infiltration dans le bassin qui se trouve renfermé, et dans lequel il reste toujours, à marée basse, environ 1 mètre d’eau. C’est dans ce bassin qu'il a mis des tortues pour le peupler. Le parc aux tortues est continuellement veillé, et le gardien connait l'instant de la ponte ; lorsqu'elle est fimie, 1l couvre avec un énorme panier l'espèce de taupinière qu'a faite la tortue mère, et dans laquelle elle a déposé communément de 120 à 160 œufs, qu'elle à abandonnés aussitôt la ponte
: fimie, en laissant à la chaleur du soleil le soin de suppléer à l’'incubation ; cette
précaution est indispensable pour garantir la ponte de l'attaque des oiseaux de mer qui en sont très friands et ne tarderaient pas à les détruire.
Le gardien épie pareillement l'instant où tous les œufs sont éclos; c’est alors que les petites tortues sortent du sable pour aller se jeter à la mer; mais elles y deviendraient encore la proie des oiseaux de mer et des poissons, si on les abandonnait à elles-mêmes, parce qu'alors elles ne peuvent plonger et restent flottantes à la surface ; le gardien s'empare donc de toutes les petites tortues et les porte dans des caisses flottantes placées dans le bassin. La couverture de ces caisses est un grillage élevé au-dessus du niveau de la mer d'environ un mètre. Alors les pelites tortues peuvent rester à la surface du globe sans craindre les oiseaux , et à mesure qu'elles deviennent capables de plonger, elles se rendent au fond de la caisse d’où le gardien les laisse descendre au fond du bassin, où elles sont à l'abri de tous leurs ennemis ?
On voit combien ces soins peuvent aider à la propagation de la tortue Caret, puisque dix tortues mères produisent plus de mille petits dans une seule ponte, déduction faite des pertes présumables d’après les lois de la nature.