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SAURIENS

Les Sauriens sont incomparablement plus nombreux que les Chélomiens, mais ils sont tous d’une taille bien inférieure. Leur cœur, comme celui de tous les autres reptiles, n’a que trois cavités sans apparence de cloison intraventriculire. On connaît quatre cents de ces animaux répartis dans plusieurs familles : caméléons, geckos, varans, iguanes, agames, crocodiles, lézards, chalciques et scinques.

Les Crocodiles sont éminemment aquatiques; ils vivent dans les rivières ou dans les marécages. Les grands fleuves de l'Afrique, de l'Inde et de l’Amérique, ainsi que certaines côtes maritimes des mêmes contrées nourrissent des Crocodiles. Les Caïmans n'existent qu'en Amérique, et les Gavials, espèce de Crocodiles à museau très-allongé, ont été signalés dans l’Inde seulement. L'Europe n’a plus aujourd'hui des animaux de cette famille. La Nouvelle- Hollande n’en a pas fourni non plus. Mais il en existe dans les îles de l'Océanie jusqu'à la Nouvelle-lrlande. Les Crocodiles tiennent aujourd'hui le premier rang dans les Sauriens. À une époque très-reculée, il y eut en Amérique une

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espèce de cette famille dont la grandeur étonne l'imagination. Quelques parties du squelette d’un de ces colosses, découvertes dans une roche calcure, ont donné le moyen de juger assez sûrement de la structure de l'animal vivant et

de ses prodigieuses dimensions; un bœuf n’eût été qu'une petite proie dans la

gueule de ce monstre. Ce lézard, dont la tète bien conservée a été trouvée tout entière, ne devait pas avoir moins de 30 mètres de longueur.

Les Alligators se distinguent des Crocodiles par la disposition de leur quatrième dent d'en bas, qui est logée dans un trou de la mächoire supérieure. Leurs pieds de derrière sont dépourvus de dentelures, à demi palmés seulement. On en connaît plusieurs espèces. L'une d'elles, le Caïman à museau de brochet, habite le midi de l'Amérique septentrionale, et à l’époque des glaces, s'enfonce dans la vase et y reste engourdie jusqu’au retour d’une température plus douce. À la Guyane et au Brésil, il s’en trouve un autre, appelé Caïman à lunettes, à raison d’une arête transversale, qui réunit en avant les bords saillants de ses orbites. Ce dernier pond ses œufs dans le sable; mais il Les recouvre de pailles ou de feuilles, et au lieu de les abandonner, il les défend avec courage : il à quatre à cinq mètres de long, et n’attaque presque jamais l’homme.

Il y a des Crocodiles dans les deux continents ; ceux de l'Amérique sont les plus grands et peut-être aussi les plus nombreux. L'histoire de l'Egypte a donné à l'espèce africaine une célébrité que les autres n’atteindront jamais. Les prètres de Memphis nourrissaient en effet des Crocodiles apprivoisés, les paraient de divers ornements, leur assignaient une place et un emploi dans les cérémomes religieuses. Dans la Nubie, la chasse aux Crocodiles est une occupation assez profitable. Dès que le chasseur a reconnu le heu fréquenté par ces animaux, 1l se creuse à proximité et sous le vent, une cachette où il puisse guetter sa proie sans être remarqué. Il est armé d’un harpon très-aigu et très-solide ; si l'animal est endormi, le chasseur approche autant qu'il le peut, afin de lancer le harpon avec plus d'assurance et de succès. Il faut que la pointe barbelée pénètre dans les chairs jusqu’à la profondeur de 22 centimètres, afin qu'elle y tienne bien et ne puisse être arrachée pendant les mouvements impétueux du

blessé, qui se débat avec violence et se jette dans le fleuve. Une corde attachée

à l'arme meurtrière donne au chasseur le moyen de suivre sa proie dans l’eau et de la retirer lorsque ses forces sont épuisées. Cette corde esl un assemblage de trente ficelles nouées de distance en distance pour les tenir serrées les unes contre les autres. Les élans de l'animal furieux , qui déchireraient une corde équivalente à ces trente menus cordons, ne peuvent rien contre ce lissu, qu’elles pénètrent sans froisser un seul des brins qui le composent.

Disons quelques mots d'un petit Saurien dont il est beaucoup parlé dans les poëmes, dans les romans de chevalerie, et dont on rencontre le nom même dans la Bible : le Dragon. A la place de l'être fantastique auquel on a supposé la force du Lion, l'agihité de l'Aîgle et la grandeur des Boas, que trouvons-nous dans la nature? Un animal aussi petit que faible, un Lézard innocent et tranquille, un des moins armés de tous les quadrupèdes ovipares. Un caractère particulier disingue le Dragon des autres Lézards, c’est la conformation de ses six premières fausses côtes qui, au lieu de contourner autour de l’abdomen, s'étendent en ligne droite et soutiennent un repli de la peau qui forme deux sortes d'ailes qui ne permettent pas au Dragon de voler, mais lui servent de parachute lorsqu'il s’élance de branche en branche, ce au’il fait avec une grâce, une légèreté admirables. Se voit-1l poursuivi, n’aperçoit-il pas d'arbre sur lequel il puisse se réfugier, il se jette à l’eau, et ses ailes deviennent alors d'excellentes nageoires. |

Le petit repüle connu sous le non de Caméléon, est célèbre depuis longtemps à cause des changements brusques de couleur que subit sa peau. Selon quelques naturalistes, ces changements de couleur tiennent à une espèce de jaunisse à laquelle l'animal est sujet, surtout lorsqu'on le met en colère. D’autres ont expliqué le phénomène en établissant que le sang du Caméléon est d’une couleur violette, tandis que les tissus des vaisseaux sanguins et ceux de la peau elle-mème sont jaunes; en sorte que la couleur de la peau change selon que le sang y afflue ou s’en retire.

Cuvier considère les changements de couleur du Caméléon comme probablement dus aux dimensions énormes des poumons. Il pense que ces organes, suivant qu'ils sont pleins ou vides d'air, rendent le corps plus où moins transparent, en envoyant une plus où moins grande quantité de sang dans les téguments, et même en colorant ce fluide lui-même de teintes brillantes.

Deux Caméléons ayant été rapportés d'Alger à M. Milne-Edwards, ce savant en fit l’objet d’un examen minutieux. La surface de la peau du Caméléon est parsemée d’une infinité de petits tubercules arrondis : dans les parties de la peau qui étuent d'un rouge foncé, il est aisé de reconnaître avec le microscope que la couleur d'un gris jaunâtre, propre aux parties voisines, n'avait pas entièrement disparu. M. Edwards s’assura, par des observations patientes et délicates, que les variations de couleur du Caméléon ne dépendent point essentiellement ni du gonflement plus ou moins considérable du corps, ni des changements qu'apporte ce gonflement dans l’état du sang ou de sa circulation, ni du plus ou moins grand écartement des nombreux tubereules cutanés ; qu'il existe dans la

peau de ces animaux deux couches d'une substance membraneuse placées l'une au dessus de l’autre , et que tout changement de couleur dans la peau du Caméléon peut s'expliquer par l'apparition de la substance composant la couche inférieure au travers de la couche supérieure et par sa disparition sous cette dermère; enfin, que ces déplacements de la couche inférieure ont lieu effectivement, et qu'ils occasionnent les changements de couleur du Caméléon qui ont lieu pendant sa vie, et qui peuvent encore avoir lieu après sa mort.

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