‹ Musée d'Histoire NaturelleChapitre 52 sur 153 · POISSONS · texte numérisé non relu

POISSONS

Les Poissons sont les seuls animaux vertébrés qui accomplissent toutes leurs fonctions dans l’eau, où ils passent toute la durée de leur existence. Aussi leur corps a-t-il au plus haut point et dans la majorité des espèces de cette classe, la disposition fusiforme, vers laquelle tendent de plus en plus les espèces aquatiques de la classe des Reptiles. Leur peau n’a pas de téguments autre que des écailles, qui se développent dans le derme et dont l'usage n’a rien de comparable à celui des plumes et des poils; ils respirent au moyen de branchies, et leur circulation est simple, c’est-à-dire que le sang n’opère qu’un seul circuit.

La tête dés Poissons est en général très-grosse, 1ls n’ont point de cou, et leur queue est à sa naissance presque aussi forte que le tronc : aussi leur corps estil ordinairement tout d’une venue, diminuant seulement par degrés vers les deux extrémités. Il est des poissons qui manquent de nageoires; mais chez presque tous on en voit un nombre plus ou moins considérable : les unes sont latérales et paires; les autres occupent la ligne médiane, et sont impaires. Les nageoires paires représentent les quatre membres des autres animaux vertébrés; celles qui correspondent aux bras de l’homme ou à l'aile des oiseaux, et qui sont nommées nageoires pectorales, sont fixées derrière deux ou plu-

sieurs ouvertures, placées à leur tour sur les côtés de la tête, et nommées ouïes; celles qui répondent aux membres abdominaux occupent en général la face inférieure du corps, depuis le dessous de la gorge jusqu'à l’origine de la queue ; on les nomme nageoires ventrales. Les nageoires médianes sont verticales et impaires, et on les distingue en nageoires dorsales, nageoire anale et nageoire caudale, suivant qu’elles sont placées sur le dos, sous la queue, | ou à l'extrémité postérieure du corps.

Le squelette des poissons est ordinairement osseux ; mais il est quelquefois | cartilagineux seulement. On connait même des poissons où cette charpente | solide reste toujours membraneuse.

La tête osseuse de ces animaux présente une structure très-compliquée, et se compose d'un grand nombre de pièces distinctes. Non seulement on y trouve | les parties que l’on remarque chez les autres animaux vertébrés, mais il existe

en outre un appareil fort considérable destiné à donner attache aux branchies

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ou à les protéger. Les divers os dont se composent les màchoires sont, en général, très-mobiles,

On doit signaler dans les vertèbres des poissons, la fosse conique dont leur corps est creusé en avant comme en arrière, et qui dans l’état frais est remplie par une substance fibreuse. Les apophyses épineuses et transversales des vertèbres sont en général très-longues. Les espaces qu’elles laissent entre elles sont occupés par une série d'os appelés inter-épineux portant chacun à leur extrémité une tige mobile nommée rayon, qui sert à soutenir les membranes des nageoires iImpaires.

Les os de l’épaule forment derrière la tête une espèce de cemture qui est en général attachée au crâne par ses extrémités supérieures, et qui porte les nageoires pectorales, dont les rayons peuvent être comparés à des doigts.

Le poisson se meut et avance dans l’eau, en la frappant latéralement par les flexions alternatives de son tronc et de sa queue; ses nageoires servent surtout à le diriger dans sa tourse.

IL est un organe qui joue un rôle très-important dans la natation des poissons, c'est la vessie natatoire, dont la plupart de ces animaux sont pourvus. Cette poche, remplie d'air, est placée dans l'abdomen, entre les viscères et la colonne vertébrale, et sert, soit à maintenir le poisson en équilibre dans l'eau, soit à le rendre plus pesant ou plus léger que cet élément, et par conséquent à le faire descendre où monter, suivant qu'elle est ou non comprimée par les côtes. Chez beaucoup de poissons, la vessie natatoire ne communique pas au dehors, le gaz qu'on y trouve est de l'azote dont l'existence ne peut être expliquée que par une sécrétion intérieure qui a lieu dans la vessie natatoire.

Chez quelques poissons, les nageoires pectorales sont assez développées pour qu'ils puissent s’en servir comme d'ailes pour se soutenir dans l'atmosphère, lorsqu'ils s'élancent hors de l’eau.

On ne remarque m1 intelligence ni instimct chez les poissons, leur cerveau est très-peu développé; il ne remplit pas à beaucoup près la cavité du crâne, et est entouré d’une matière liquide de nature graisseuse.

Leur oreille ne se compose en général que d’un vestibule et de.trois canaux

semi-Circulaires, membraneux, suspendus dans la cavité du crâne, de chaque

côté du cerveau. Leurs yeux sont le plus souvent très-gros, et sont dépourvus de

véritables paupières et d’un appareil lacrymal ; la peau qui les recouvre est transparente ; enfin l'iris est argenté et immobile. Les fosses nasales ne s’ouvrent pas dans l’arrière-bouche, comme chezles vertébrés à respiration aérienne. La langue n’est jamais réellement charnue, et le goût est très-peu développé.

Le fact doit aussi être extrêmement obtus. Sauf quelques espèces où elle est nue, la peau de ces animaux est généralement couverte d’écailles.

Les poissons sont très-voraces et mettent peu de choix dans leurs aliments. Presque tous sont carnivores et se dévorent entre eux. Les espèces qui vivent principalement de matières végétales sont en petit nombre.

Les poissons ont quelquefois des dents, non seulement aux mâchoires, mais aussi à tous les os qui enveloppent la cavité de la bouche et le pharynx ; d’autres, au contraire, en manquent complétement. Ces dents n’ont jamais de racines, et leur forme varie extrèmement, surtout pour celles qui se trouvent vers l’arrière-bouche et qui servent à broyer les aliments lors de leur passage vers l'æsophage. Il n’y a point de véritables glandes salivaires; l’œsophage est très-court. Les autres viscères de l'appareil digestif sont logés dans l’abdomen, séparé de la cavité renfermant le cœur par une espèce de diaphragme. Dans quelques espèces (les poissons cartilagimeux principalement), l'abdomen communique au-dehors par deux ouvertures situées sur les côtés de l'anus.

L’estomac est en général bien distinct. Tout près du pylore, on voit chez la plupart des poissons, des tubes membraneux terminés en cul-de-sac, qui fournissent une matière glaireuse et qui paraissent remplacer le pancréas. Le foie est grand et divisé en plusieurs lobes; 1l y a toujours une vésicule du fiel.

Les branchies des poissons sont fixées à des branches de l’os hyoïde, qui luimême est suspendu sous le crâne. Ces branchies ressemblent à des franges dont le bord extérieur est libre, et sont au nombre de quatre paires; elles sont cachées sous la peau et presque toujoursrecouvertes par une espèce de couvercle nommé opercule, qui s'articule en haut avec le crâne, et s'appuie en arrière sur la ceinture formée par les os de l'épaule. L'eau nécessaire à la respiration entre par la bouche et passe ensuite entre les branches de los hyoïde, baigne les branchies, puis s’échappe au dehors par les ouvertures nommées oues.

Le cœur des poissons est placé sous l’appareil branchial, et sé compose d’un ventricule et d’une oreillette. Le sang veineux venant de toutes les parties du corps arrive dans l'oreillette, et passe ensuite dans le ventricule, qui l'envoie aux branches ; en traversant ces organes, ce liquide se transforme en sang arténel, et se rend alors dans une grosse artère analogue à l'aorte des autres vertébrés, ce vaisseau est situé le long de la colonne vertébrale, et distribue le sang à toutes les parties du corps. Ainsi, le centre d’impulsion du sang chezles poissons, représente les cavités droites du cœur des mammifères et des oiseaux, et

ce liquide ne traverse qu’une fois les cavités de cet organe.

Nous devons mentionner comme une particularité de l’organisation de cer-

tains Poissons, la faculté qu'ils ont de produire des commotions électriques.

Dans la Torpille, ce sont des tubes membraneux remplis de mucosité, divisés par des cloisons transversales, serrés les uns contre les autres comme des rayons d’abeilles, en deux groupes placés de chaque côté de la tête, et qui reçoivent d'énormes branches de nerfs. Dans le gymnote, c'est un appareil qui occupe tout le dessous de son corps sur une grande épaisseur, et se compose de lames parallèles entre elles, séparées par des couches minces de mucilage. Dans le silure, deux couches de substances différentes sont interposées entre la peau et les muscles, sur la plus grande partie du corps. La plus extérieure est cellulaire, aponévrotique à sa face interne; la plus intérieure est d’un tissu floconneux : elles recoivent toutes deux des nerfs qui viennent, pour chacune, de troncs différents.

Au moyen de ces appareils, dont la disposition en lames alternées rappelle Ja pile galvanique, ces animaux peuvent à volonté donner à ceux qui les touchent ou qui en approchent, de véritables commotions électriques. Ce pouvoir s’affaïblit par l'exercice, et a besom d’être renforcé par le repos; c'est pour les poissons qui le possèdent un très-bon moyen de défense, etil leur sert probablement aussi à étourdir ou même à tuer les animaux dont ils veulent faire leur proie.

Les Poissons se multiplient au moyen d'œufs, et le nombre de ceux-ci est quelquefois immense : il peut s'élever, pour une seule ponte, à des centaines de mille. En général, ils n’ont qu'une enveloppe mucilagineuse et sont fécondés après la ponte. Quelques-uns de ces animaux sont au contraire ovovivipares; mais quelle que soit la mamière dont les jeunes Poissons sont amenés à la vie, dès les premiers moments de leur naissance, ils sont abandonnés complétement à eux-mêmes, et dans le premier âge il en périt beaucoup.

On avait cru, jusqu'à ces dernières années, que les Poissons ne faisaient pas de nid; des observations dues à M. le professeur Coste ont changé cette opimon et fait reconnaitre qu'il y a dans cette classe de Vertébrés, comme dans beaucoup d’autres groupes du règne animal, des espèces qui entourent de précauüons et de soins les œufs d'où doit sortir leur famille.

Suivons, sur les pas du savant naturaliste à qui l'on doit ces observations intéressantes, le travail de l'Épinoche, cet architecte marin, qui déploie tant d'habileté dans la construction de sa demeure. Le voici d’abord à la recherche des matériaux qui lui sont nécessaires; çà et là, il recueille des herbes qu'il choisit avec soin, puis revient les apporter, brin à brin, sur la place où il doit Gablir sa demeure. Cela fait, il compose de ces herbes un tapis moelleux qu'il contourne bientôt en cylindre, par un procédé mécanique des plus curieux. Quand ce tapis a l'épaisseur voulue, il plonge dedans en piquant, comme on

dit, une tête, puis se confournant avec rapidité dans l'espèce de manchon qu'il à confectionné, il le carde intérieurement à l’aide des petites épines dont son dos est bordé. Cette reptation vibratoire est accompagnée de l'écoulement d’une mucosité qui sert à agglutiner les brins d'herbes ensemble.

La demeure est construite : mais une crainte agite encore le prudent architecte ; les eaux pourraient, dans leur courant rapide, dans leur agitation tumultueuse, emporter ce fragile abri et entrainer avec elles la colonie naissante qui doit y être bientôt déposée. Il faut donc prévenir ce péril; il faut lutter contre la nature! 1l semble que ce soit là le privilége exclusif de lhomme,.et pourtant voyez comment ce faible animal peut égaler l’industrie humaine.

Afin d’augmenter le poids de son nid, l’Épinoche en recouvre la face supérieure d’une épaisse couche de sable; mais cette première précaution ne lui suffit pas encore; mieux vaut deux sûretés qu'une seule, quand on doit être père. Que fait-il alors? Il va chercher de fortes pailles, et revient les apporter près de sa demeure. Puis il les enfonce avec art dans le tissu de son nid et les fiche ensuite verticalement dans le sol. Ces pailles doivent lui servir de pilotis pour soutenir et consolider ses mobiles pénates. Dès lors, retenu sur la terre par de fortes

| attaches, le nid pourra résister au mouvement des eaux et conserver intact le dépôt qui doit lui être confié.

La patience dont l'Épinoche fait preuve dans cette construction dépasse tout ce que l'instinct des animaux offre de plus imprévu. Plusieurs fois les mêmes | pailles sont enfoncées et retirées tour à tour, jusqu'à ce qu’elles aient pris enfin une position convenable. Plusieurs fois ces fragiles instruments se brisent sous | l'effort de l’ouvrier sans que celui-ci se désespère. L'insuccès semble irriter son | courage : attentif aux progrès de son œuvre, sans cesse il va visiter le nid, dans la eramte que les constructions du dehors ne troublent les dispositions de l'intérieur. Rien n’égale sa sollicitude à maintenir l'ouverture de cette demeure nettement dessinée, pour que les femelles puissent s’y engager librement. C'est | alors qu’il va à leur recherche.

Dès qu'il en à trouvé une, 1l la pousse en avant jusqu'à ce qu'ils arrivent au nid ; quand on en approche, le mâle, tout rayonnant, revêt des couleurs magnifiques, il se range de côté, semblant laisser le pas à sa compagne et l’inviter à entrer dans son nid, qu'il est charmé d’avoir rendu digne d’elle. Après que la femelle a déposé ses œufs dans le nid, elle perce un autre trou qui lui sert d’issue, pour éviter de les culbuter avec sa queue enseretournant; c’est quelquefois le mâle qui pratique cette ouverture. La femelle sort alors, et elle va de nouveau errer \dans les ondes, oubliant même qu'elle est mère. Le mâle sort aussi, laisse R les

œufs, et s'en va de nouveau chercher une compagne qu'il introduit avec la même courtoisie dans sa couche nuptiale; elle sort après s'être débarrasséé de son fardeau comme la précédente, et le mâle, laissant encore les œufs, retourne faire une nouvelle conquête. Quand il y à un assez grand nombre d'œufs dans son nid, alors commence sa sollicitude paternelle. C’est lui qui s'occupe des œufs, il les couve, et, par le mouvement réitéré de ses nageoires, il empèche les herbes de s’y attacher. C'est lui qui a bâti la demeure, c’est encore lui qui élève les enfants. Aussitôt après le départ de sa compagne, il bouche la seconde ouverture pour n’en conserver qu'une, et dès lors, frappant l’eau de ses nageoires, il s’agite en tous sens pour garantir ses œufs de la vase où des herbes qui les couvriraient.

La Classe immense des Poissons se divise naturellement en deux séries, les Poissons osseux, qui sont divisés en six ordres, et les Poissons cartilagimeux, qui en forment trois. Ces Poissons diffèrent entre eux non seulement par la nature de leur squelette, mais par des modifications dans la structure des branches, dans la disposition de la bouche et dans la nature des rayons qui soutiennent la

nageoire dorsale, ainsi que dans la position des nageoires ventrales. Le tableau -

suivant expose les caractères différentiels de ces neuf ordres :

| : Sparoïdes.—Ménides.—Squammipennes.

Squelette osseux, rayons osseux à la nageoire | Scombéroiïdes. — Tænioïdes.— Theuties. dorsale antérieure; quelques rayons osseux à la) Pharyngiens.—Labyrinthiformes. nageoire anale, et ordinairement un à chaque / Mugitoides — Gobioïdes. — A pectorales nageoire ventrale (15 familles). pédiculées.—Labroides.—Bouches en flûte,

/ ACANTHOPTÉRYGIENS., | Percoiïides.—Joues cuirassées.—Sciénoïdes,

MALACOPTÉRYGIENS ABDOMINAUX. Cyprinoïdes.

Squelette osseux, nageoires ventrales situées , Esoces. — Siluroïdes. en arrière de l'abdomen (5 familles). Salmones. — Clupes. : MALACOPTÉRYGIENS SUBBRACHIENS. Gadoides.

POISSONS. Squelette osseux, nageoires ventrales suspen-) Poissons plats. dues à l’appareil de l'épaule (3 familles). , Discoboles, MALACOPTÉRYGYENS APODES. Anguilles.—Saccopharynx.—Gymnoies. Ghincres Squelette osseux, pes de nagcoire ventrale, ; Gymnarques.—Leptocéphales. ANIPAEESS (7 genres). Donzelles.—Equilles.

branchies ; res- ; sil LOPHOBRANCHES. | Syngnathes.

piration Cuers. Squelette osseux , branchies disposées en houp-

- : Dévases tique ; circu-{ pes rondes (2 genres). Pégases,

lation incom- PLECTOGNATHES. | Gymnodontes, bte ; ° Squelette osseux, mächoire supérieure engrenée) & 4

plète; cœur à de : I ê Ï Ë | Sclérodermes.

deux cavités ; Ju crâne (2 familles). ‘

Ton STURIONIENS. Esturgeons.

leur bord externe; un seul orifice pour chaque

Squelette cartilagineux, branchies libres par Polyodons. opercule (3 genres).

Chimères.

9 ordres.

SÉLACIENS. Squales. — Martcaux.

Squelette cartilagineux : branchies adhérentes, Anges. — Scics. ouvertures branchiales, mâchoire inférieure mobile (5 genres). Raies.

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