AIT
Nasseus
et Maxima,
auxquels un autre nom fort peu net. Ils
Go)1E, Dudhésnes 25 200C:;
(2) Oran, 1890, p. 224, n° 1136.
(3) Eph. epigr., t. V, 1o41. Nous lisons sur la pierre : Memoria beatissimo | rum martyrum, id est | Rogati, Matenii, Nass | ei, Ma-
ximae, quem Pri | mosus Cambus genito | res dedicaverunt. Pas | si xii kal. No(ve)m(bres)
— monogramme — cexc prov(inciae). L’Eph. epigr. lit ainsi les noms: « Rogati, Maïenti,
Nas(ei, sans doute) et Maximae. » Il est à
une surcharge ajoute au moins
souflrirent le 12 des Kalendes de
noter que le nom du mois est récrit dans un martelage. Enfin, il existe, en haut, à gauche de la pierre, une adjonction, en lettres peu profondes, qui empiète sur le cadre, et où l’on croit voir les caractères : « MEMORIA » EENAGIE \SIX (ou O)I (ou L)IR(ou X ou K) I(ou L) AS (ou G). Elle avait échappé aux précédents éditeurs, et figure, sur nos indications, dans Oran, 1892, p. 403. Il est probable qu'après le nom du martyr, elle contient la
mention pas(s)i xii k(a)l. a(u)e.
Novembre, l’an de la province 290, c’est-à-dire en 329 de notre ère. Cette date appartient au règne de Constantin, par conséquent à l’époque du triomphe de l'Église. Tous ces martyrs sont inconnus, et le fait n’a rien d'étonnant ; car les persécutés d’alors n'étaient plus ceux que nous ont transmis nos martyrologes orthodoxes. M. Héron de Villefosse, en présentant le document à la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne en 1882, a remarqué qu'il doit s'agir de martyrs donatistes. Ainsi ce texte, monument des luttes religieuses qui troublèrent l’église d'Afrique durant des siècles, est plus intéressant peut-être que ne le serait l’épitaphe de confesseurs
catholiques ignorés.
Les épigraphies plus récentes ne présentent que cinqinscriptions arabes, dont une seule a de l'intérêt. C’est le sommier de consistance des biens habous de la grande mosquée d'Oran en l’an 1210 de l’hégire, 1796 de J.-C.; elle est très belle et sur un joli marbre ®. Les autres sont des funéraires, dont l’une, très bien gravée sur une plaque de schiste du pays, contient l’épitaphe ® d’une fille du caïd du port d'Oran, morte en 1217 de l’hégire, 1803 de J.-C.
Il y a aussi une inscription espagnole, datant de 1774, et relatant la construction du bâtiment de la prison, des archives et de la justice à Oran®. Un bas-relief grossier, trouvé à Nemours, et qui porteles têtes de deux défunts, mari et femme, le premier ayant au cou un ordre en forme de croix pattée, est sûrement de même origine).
Le médaillier occupe deux grandes vitrines, l’une entièrement
consacrée aux monnaies étrangères, dont aucune n’est à signaler,
(1) H. L.-Fey, Hist. d'Oran. Oran, 1858, (3) H.-L. Fey, op. laud., p. 333. (4) Reproduit dans Oran, 1887, p. Go.
D 2$ie (2) Oran, 1892.
l’autre contenant des pièces indigènes, romaines et musulmanes, en général trouvées dans la province. On y remarque de superbes grands bronzes, spécialement de Trajan(), de Néron et de Nero Drusus.
Parmi les indigènes, il convient de noter une monnaie en bronze de Syphax et une de son fils Vermina, trouvées toutes deux dans les ruines de Siga, à Takembrit. Ce sont de bons spécimens des n° 2et 3 de MüllerC®).
Néanmoins la masse de la collection n'offre guère d'intérêt que pour les gens du pays, témoins ou auteurs des trouvailles, sauf une pièce unique et de valeur capitale.
C’est une médaille d'argent de Ptolémée, fils de Juba. Cette monnaie a été trouvée par un Arabe aux environs d’Aflou, et offerte au Musée par M. le capitaine Lacroix ®. C’est un demier. Son dia-
mètre est de o,o1$, son poids de 2 gr. 4. Il n’est donc pas constitué suivant l'échelle des monnaies impériales, mais suivant celle qui est particulière aux espèces royales de Maurétanie ; il ne pèse que trois quarts de denier romain. Il porte, dans un encadrement en grènetis, au droit la tête de Ptolémée imberbe, avec le bandeau royal, au revers un rameau entre deux épis, et, dans le champ, un croissant et le nombre XX, c’est-à-dire la date de la frappe. Comme Ptolémée a été mis à mort en 40 après J.-C. 6), ce chiffre, s’il donne la dernière année du règne, nous renvoie, pour la première, à l’an 20-21. Mais, à pareille époque, Juba vivait encore : il est constant, en
(x) Parmi lesquels le n° 601 de Cohen, (3) L. Demaeght. Oran, 1889, p. 348. Mon. Imp., pièce rare et d’une grande valeur. (4) R. Cagnat, Une monnaie nouvelle de (2) L. Demaeght, Oran, 1887, p. 252. L. Piolémée, roi de Maurétanie, dans B. À. C.,
Müller, Num. de l’Afr. anc., t. IL, p. 91, et 1889, pp. 388-392. Suppl., p. 87. (5)"Suet., Caius, 34.
effet, que le décès de ce roi eut lieu en 23, et qu’il avait conservé le trône jusqu'à sa mort. On en conclut que Ptolémée a été associé, sinon au pouvoir, du moins au titre royal, et précisément en 21. Le fait de cette association avait déjà été signalé®. Mais son point de départ était inconnu : il est fixé dorénavant, à moins que la découverte d’une monnaie de Ptolémée postérieure n’oblige à le reculer encore.
Dans ce que nous savons du règne de Juba, nous ne voyons aucune circonstance qui motive particulièrement cette date, sinon l’âge que dut atteindre alors le prince. On sait en effet que celui-ci, quand il succéda à son père, était encore fort jeuneG. D'autre part il était fils de Cléopâtre, la fille d'Antoine. Oril y a toute apparence que cette reine mourut peu avant ou après la naissance du Christ(#, puisqu'il paraît démontré que J'uba accompagna en Orient C. Caesar), expédition pendant laquelle 1l épousa, et probablement aussi répudia, Glaphyra, fille d’Archélaüs de Cappadoce. Cette campagne dura de l’an 1 à l'an 4; Cléopâtre était née en 34 avant J.-C. ; Ptolémée, enfant de ses dernières années, devait donc avoir à peu près l’âge du Christ. Il n'est pas téméraire de penser que l’occasion de son association au titre royal fut simplement sa vingtième année.
Il n’est guère probable que ces données soient modifiées par quelque trouvaille ultérieure. Quant à la monnaie de Carthagène, du règne d’Auguste, qui porte au revers une couronne et REX PTOL®, elle n’a pas, dit M. Cagnat, de valeur officielle. Il est certain que l’appellation de rex ou regina était souvent donnée, comme par courtoisie, dans l’usage courant, à des princes de race royale, mais qui ne régnaient nulle part.
(x) L. Müller, Num. de l'Afr. anc., Il, CM ADUINE ne
p.114; La Blanchère, De Rege Juba Regis Jubae filio, Paris, Thorin, 1882, p. 84.
(2) Eckhel, Doctr. num., p. 159-160; Héron de Villefosse, B. A. A., 1885, p. 204; L. Müller, op. cit., p. 110, n° 105 ; La Blanchère, op. cit., p. 106.
(4) La Blanchère, op. cit., p. 98.
(5) C. Müller, Fragm. hist. graec., Didot, Il, p. 468, 466.
(6) L. Müller, op. cit., p. 130; Al. Heiss, Mon. ant. de l'Espagne, p. 269, n° 6, 7.
La découverte de la monnaie d’Aflou est venue confirmer les conclusions tirées® de l'examen d’une autre pièce, également unique, de Ptolémée. C'est le statère d'or trouvé à Cherchel, et daté R.A.XVII. Il n’y a en effet que deux manières d'expliquer ce monnayage : ou une usurpation, qui aurait pu être une des causes de la chute de Ptolémée, et se placerait ainsi parfaitement en l'an 39, date que l’ancien comput assignerait à cette frappe ; ou une concession tout exceptionnelle faite par Caligula à son cousin Ptolémée, dans ce court élan de joie qui marqua son avènement, et pendant lequel il rendit généreusement à divers princes des titres, des territoires ou des droits, que d’ailleurs la plupart reperdirent. Le fait que l’émission appartient, non plus à l’an 39, mais à lan 37, transforme cette seconde hypothèse en une espèce de certitude, cette date étant précisément l’année de l’avènement de Caligula ®.
(x) La Blanchtre, B. C. A., 1882, p. 201, 205 ; 1884, p. 80-82. Th. Mommsen, Acad.
de Berlin, 1885 : Goldstater d. K. Piolemaeus
v. Mauretanien.
(2) En mème tem le croit M. Cagnat (
l'opinion d Paris, après examen d au sujet de son aut contraire attester ce plus explicable une usages. Il n'est d’ai
ps, loin d'appuyer, comme
op. laud., p. 389, note 4),
avorable que des numismates de
e cette monnaie, ont émise senticité, ce fait vient au le-ci, en rendant encore frappe d’or en dehors des leurs nullement douteux
pour nous que M. ]
oh. Schmidt, qui a égale-
ment tenu et examiné la monnaie, et M.
Mommsen, qui en a n'aient eu raison d
Outre que Cherche
étudié le poids et le type, e la croire authentique.
, encore peu visitée des
touristes, ne pouvait être, il y a dix ans, et
n'est pas encore, un
commerce de pièces
centre d'importation et de fausses, comme La Gou-
lette ou Alger, l'enquête minutieuse faite par
nous au sujet de l’origine de la pièce est absolument rassurante. Ce statère ne provient pas du commerce. Il a été d’abord proposé au sieur Lerat, horloger, qui achetait et vendait quelques antiquités, par un petit Arabe de
Cherchel, qui n’en demandait que 20 francs.
Le domestique indigène de M. Barneaud, maire et conseiller général, témoin de ce marchandage, en parla à son maitre. M. René de Chancel, alors administrateur de la commune
mixte, apprit, et pria ce garçon de recher
cher l’Arabe. Celui-ci fut retrouvé, confia la pièce au domestique, et M. de Chancel donna à ce dernier les 20 francs demandés par le
vendeur et $ francs pour lui. Sauf René de Chancel, récemment décédé, tous ces témoins de l’origine de la trouvaille, et bien d’autres, sont encore vivants, notamment M. Schmit-
ter, archéologue connu, alors à ‘Cherchel, et qui se proposait, lui aussi, d'acquérir l’objet. Le prix modique indiqué est bien celui de achat, et n’est pas une supercherie pour faire croire à la sincérité en vue d’une vente nouvelle. D'ailleurs la monnaie est frappée, et d’une exécution meilleure que les pièces d'argent auxquelles elle ressemble. On ne s’expliquerait pas l’auteur d’une falsification si difficile, et certainement assez coûteuse, làchant la pièce à si bas prix et ne la faisant + suivre d'aucune autre. Les faux Ptolémée d'or, espèce jusqu'alors inconnue, que son
De létude de ces deux monnaies, jusqu'ici uniques, et des textes, il faut conclure que Ptolémée fut associé au titre royal par Juba, peut-être à sa vingtième année, dans tous les cas en 21, qu'il succéda à ce dernier en 23, fut reconnu roi en 24 par le Sénat et le peuple romain, reçut, très probablement en 37, à l'avènement de Caligula, le droit de faire de la monnaie d’or, qui dut lui être retiré tout de suite, fut appelé à Rome en 39, et mis à mort l’année suivante.
Parmi les monnaies musulmanes, outre des pièces en or et en argent des Almohades, des Almoravides et des Abbassides, nous devons signaler un double dinar d’Abou-Mouca I", roi de Tlemcen de 1308 à 1318, un double dinar et un dinar d'Abou-Hammou Mouça II (1352-1387), et un double dinar d’Abou-Farès Aboul- Abbas Ahmed, Mérinide, qui ont été publiés pour la première fois dans le Bulletin de la Société d'Oran.
Il existe dans le Musée une collection de douze stèles qui sont, pour nous, des plus curieuses. Elles ont été exhumées au Vieil Arzeu (Portus Magnus) par conséquent au même endroit qui a fourni au musée d’Alger la série reproduite dans le premier volume de la présente publication®. Ces stèles sont du même style, tout au moins du même art, sinon contemporaines. On dirait toutefois qu'elles ont été triées: toutes les légendes néo-puniques sont à Alger, toutes les légendes latines à Oran; l’un et l’autre musée se partagent les anépigraphes, dont la parenté est frappante. Les circonstances de cette fouille, trop ancienne aujourd’hui pour qu’on en retrouve le détail, ne sont malheureusement pas connues par le
apparition a fait surgir (B. C. A., 1884, p. () L. Demaeght, Oran, 1887, p. 65-72 et 155-156), ne lui ressemblent en effet nulle- 132-136. ment, et un enfant les reconnaîtrait. (2) Musée d'Alver, p. 27-28, et pl. IV.
menu. Il n’est pas sûr que toutes ces pièces proviennent d’un seul sanctuaire, et encore moins que la statue reproduite à la pl. IV du Musée d’Alger soit l'idole de ce lieu sacré. Ce qui frappera, avec le caractère de l'imagerie africaine, c’est l'unité des attributs et des manifestations du culte.
Qu'il s'agisse partout du même nom divin, nous n’oserions point l’affirmer. Mais la même conception, et sans doute aussi les mêmes rites, ou du moins des rites analogues, ont inspiré tous les dévots auxquels nous devons ces offrandes. Aux sanctuaires où le dieu est nommé, c’est-à-dire surtout dans la province d'Afrique, c’est Saturne, avec ses surnoms, — Baal Haman, si le texte est punique. Tanit est parfois associée plus ou moins à ces hommages — hors de Carthage, bien entendu, car, dans cette ville, elle est chez elle et prend toujours la première place. Si donc les stèles du Vieil Arzeu proviennent toutes d'un même sanctuaire, et, néopuniques ou latines, se font suite dans une période de durée indéterminée, elles sont encore des monuments de ce même culte, général dans toute l'Afrique Numide et Maure, culte répandu par Carthage et qui traverse l’âge romain pour durer jusqu’au christianisme. Les stèles à Saturne Augustus de Thignica®, à Saturne Balcaranensis ® des environs de Tunis, à Saturne Sobarensis®) près de Néféris, au Saturne de Thugga, présentent certains détails qui ne se retrouvent pas sur celles du Vieil Arzeu, de Constantine (® et de divers autres endroits: telle la figure de la victime, le vitulus, sculpté sur toutes les pierres de Thignica, nommé sur quelques-unes d’entre elles. Mais, comme les inscriptions l'indiquent, ces stèles ne sont pas les offrandes du culte journalier des fidèles ; elles sont le souvenir d’un sacrifice spécial, offert par le prêtre pour son compte, à raison de son sacerdoce. Au contraire, les nombreux monuments analogues à ceux que nous donnons ici dans la PI. [ ne sont que les ex-voto des dévots de
. C, 1889, p.207-265. (4) Musée de Constantine, p. 25-28, pl. III à -124 ebIV:
l’un et l’autre sexe. Ainsi s’expliquerait l'absence ordinaire de la grande victime, et la présence, d’autre part, des mêmes attributs divins qui figurent sur les stèles des prêtres, la palme, la grappe, la rose, des mêmes ustensiles, l’autel, la phiale, des mêmes emblèmes, le disque, le croissant, les astres, et des mêmes actes religieux, la libation, la présentation des gâteaux, l'apport des palmes et des couronnes, la prière à main levée. Ce sont les faces et les phases d’un même culte, variant suivant les personnes, les cérémonies, le moment.
Il n’est guère permis de douter que quelques-unes de ces stèles soient sépulcrales. L’une d'elles porte D M. D'ailleurs on voit, et notamment par les pierres latines et néopuniques, ou même bilingues, de Maktar®, et par beaucoup d’autres exemples, que, dans ces religions, des emblèmes identiques ont orné certains monuments votifs et certains monuments funéraires.
Les épigraphes conservées au Musée sont moins fréquemment accompagnées de sculptures que celles du musée de Constantine. C’est d’ailleurs avec un art barbare, et tout à fait indigène, qu'est décorée, comme celle de Macirsumis, celle® d’un militaire, Aurelius Masfelus. On y voit : dans un premier registre, debout sous un fronton chargé d’une couronne au centre de laquelle se voit un emblème difficile à déterminer, — emblème reproduit deux fois au-dessous, mais renversé —, Ja triade divine si fréquente sur les stèles africaines ; dans un second registre, le personnage lui-même, tenant son cheval par la bride, et portant un bouclier
(:) Ph. Berger, Acad. I. et B.-L., comptes examen avec M. Cagnat: « Aurelius Masfelus rendus, 1890, p. 36-37; B. À. C., 1891, ex ///{Jicio ale Getules m. p. (?) f. (®) | [vixit] Prier anis pl. m. x iv | ras … 15 [tip endior ?]
(2) Eph. epigr., N, 534. Nous lisons, après * liberti patr(o)no rarissimo. »
et deux lances; dans un troisième, l'inscription, où l’on apprend
\DÉANATFEN NEGENE NL JE PJeni\el QU A o/ L 1
qu'il a servi dans une Ala Getulensium, et dont la fin est reportée sur le côté gauche de la pierre.
En dehors de ces stèles, la sculpture est peu abondante. Elle ne paraît pas, en somme, avoir richement fleuri dans la province d'Oran. Le Musée ne renfermait, au début, que quatre statues acéphales, dénuées de toute valeur, et un buste, également sans tête, qui ne signifie rien non plus(. Depuis, il a reçu sept fragments d’une statue en marbre blanc(, qui furent extraits des ruines
(GO) EI NE Ne Bee ILE, je 125 (2) Oran, L. Demaeght, 1891, p. 561. 124 et pl. XV et XVI.
d’Albulae à 75 m. du point d’où est sortie l'inscription, citée plus haut, qui nomme la Dea Maura. Deux de ces fragments appartiennent à la tête, et montrent un ajustement de coiffure très soigné et reproduit avec minutie. Il se pourrait que la statue, qui, bien probablement, décorait le temple dont l'inscription rappelle la restauration, ait été celle de la déesse. Elle aurait ainsi présenté ce caractère de recherche dans l’arrangement des cheveux que les auteurs signalent chez les Maures.
Un bas-relief mithriaque, publié ® autrefois sur de mauvais cro-
quis et d’ailleurs fortement mutilé, a été apporté de Timeziouine. Il est en pierre et d’art grossier.
À peu près du même goût est un petit autel de o m. çs sur 0,40 de large, sculpté sur deux de ses faces, que nous reproduisons. Sur l’antérieure, dans un édicule, la Grande Mère, ou une prêtresse revêtue de ses attributs, couronne tourelée, épi dans la main gauche, lève de la main droite le couvercle de la ciste d’où est sorti le serpent; à côté d’elle est un bélier. Sur la face latérale, dans un édicule, un satyre boit dans un rhyton en dansant devant un cratère.
(x) Strabon, XVII, 3. C2) Miss., pl. VIL fig. 4, n° 5 ; et Oran, 1886, pl. 8.
Une petite table de pierre, de o m. 6$ sur 0,50, évidemment dessus d’autel, porte un canal à libations. Une autre dalle porte en
creux les ustensiles du culte, patère, bassin, etc., sujet fréquent. Les deux viennent de Portus Magnus.
Un caisson de tombe représente un banquet funèbre ®. Tout cela est sans intérêt, comme aussi la plupart des fragments d’architec-
G) 8. A. 4. v. IL, pl. XVI.
ture, colonnes de Saint-Leu, soffites, corniches et clathri, sauf un chapiteau de pilastre d’Ain Tolba, l'antique Camarata, dont la décoration végétale inusitée serait sans doute remarquable, s'il n’était pas trop mutilé, et, d’Albulae, un chapiteau de colonne tout à fait particulier.
Large de o,ç0 et haut de 0,46, il est d’une composition bizarre. Sur les quatre faces du tailloir, il porte: 1° deux têtes juxtaposées, toutes deux imberbes et aux cheveux bouclés ; 2° deux rosettes ; 3° deux pommes de pin au-dessus d’une double patère; 4° deux grappes de raisins entre lesquelles est une urne. Le tout est d’art
assez grossier, et offre même les caractères des ouvrages de la plus basse époque, âge auquel on trouve fréquemment, placés de cette façon, des motifs empruntés à la nature. Mais le choix des emblèmes ici figurés, qui se rapporteraient aussi bien à la religion africaine, ferait également douter si nous n'avons pas, dans ce morceau, un souvenir des mêmes idées que les stèles nous ont montrées, ou une dernière adaptation de symboles rendus familiers par elles. Un jambage de porte est décoré d’un phallus, et une clef de voûte, de Portus Magnus, en montre deux surmontés d’un niveau 0. Un animal, en mauvaise pierre, de travail sommaire, et telle-
GTA EN
ment dégradé par les eaux que ses contours sont absolument ronds, est pris par les visiteurs, tantôt pour un bélier, tantôt pour un éléphant : il peut avoir été l’un ou l’autre. Il provient de Portus Magnus.
La catégorie du Bibelot est encore pauvre, les objets de métal
sont peu intéressants. Quelques pointes de lances en fer, deux enclumes fort bien conservées, mais d'époque incertaine, des manches d'instruments en bronze, un lot d’anneaux d’argent trouvés à Altava, deux autres venant des Castra Puerorum (les Andalouses), une petite tête de bronze, d’Albulae, trop usée, qui avait des yeux en argent dont l’un est encore à sa place, enfin une très jolie épingle de bronze et un stile à écrire en os, trouvés l’un et l’autre à Saint-
Leu sous le pavement formé par les grandes mosaïques, sont tout ce qu'on peut signaler.
Ces mosaïques sont le plus bel ornement, la pièce capitale du Musée.
Elles ont été découvertes en 1862, à la ferme Robert, quioccupait une partie des ruines de l’antique Portus Magnus. Presque complètement intacts lors de leur mise au jour, ces pavements se dégradèrent considérablement, et aujourd’hui de grands morceaux ont péri. Nouvelle preuve de la nécessité absolue d’enlever et de remonter toute mosaïque ancienne que l’on trouve! Leur état primitif ne nous est plus connu que par un levé fait avec soin par Viala de Sorbier, un an environ après leur déblaiement (PI. IT).
En 1884, le ministère de l’Instruction publique et des Beaux- Arts autorisa leur transport au Musée. Exécutée en mai 1886 par des personnes entièrement inexpérimentées, cette opération entraîna encore la perte de plusieurs lambeaux ; néanmoins, grâce aux soins dévoués et aux efforts minutieux de ceux qui la conduisirent, elle réussit avec plus de bonheur que l’on ne devait l’espérer, et aujour-
d’hui ces précieux tableaux n’ont plus à craindre d’accidents. Sur le.
ciment qui les supporte, on a restitué au trait ce qui manque, d’après le dessin de Viala de Sorbier, en corrigeant toutefois les inexactitudes.
Les mosaïques de la ferme Robert ont été publiées par M. le commandant Demaeght(® et par M. Héron de Villefosse®). Elles forment deux groupes. L’un, composé de quatre tableaux, représente un même pavement, ou plutôt deux pavements contigus dans
COM PATA EP T88 4 pr, sea cup. (2) R.A.F.,N, 1887, p.394, seq. et pl. IV.
le même local. Il a été dernièrement l’objet d’une étude très remarquable de M. le professeur Carl Robert(®. L'autre, trouvé ailleurs dans les mêmes ruines, est un tableau carré, indépendant. Il a été publié et commenté par M. Héron de Villefosse®). Tous les deux font l’objet d’une notice spéciale de M. le commandant Demaeght, qui reproduit ses précédents travaux 6).
Le premier de ces groupes a la disposition d’un pavement de triclinium, dont la partie antérieure aurait eu environ 6 m. 20 sur 3.75, et la partie intérieure 4 m. 20 sur 6 m. 1$ environ. Toutefois cette décoration ne couvrait pas exactement la surface de la pièce. Comme le fait voir le levé de Viala de Sorbier, elle était seulement la partie principale du pavement ; autour d’elle régnait un champ orné de cercles se coupant et de croisettes, et enveloppé d’un cadre fait d’une bande chargée de losanges. La salle avait donc la forme d’un rectangle de 8 m. 38 sur une longueur beaucoup plus grande, le plan de Viala de Sorbier donnant déjà 10 m. 70 et n’allant pas jusqu'au fond ; si le champ, de ce côté, étaitégal à celui des parties latérales, la longueur totale aurait été de 11 m. 89, et par conséquent la superficie de 99 mètres carrés environ. Ces dimensions supposent presque nécessairement, soit une construction voûtée, soit une couverture en charpente, en tous cas, étant donnés les moyens et les habitudes des Romains, un rez-de-chaussée sans étage.
La partie intérieure de l’ensemble possédait trois tableaux enfermés dans la même bordure ; l'entrée, un seul dans un cadre spécial. Ces tableaux sont, par le sujet, plus ou moins parents les uns des autres; et c’est l'aspect général des trois du fond qui a valu au tout le nom, d’ailleurs imparfaitement justifié, de Mosaïque des Luttes.
L’explication du tableau qui ornait l'entrée (PI. III) est entierement due à M. Carl Robert.
(x) Jabrbuch d. Kais. Deutsch. Archüol. ce travail, qui est aussi complet qu’érudit. Instituts, Band V, 1890, Heft 4, pp. 215- (OMR EE re re, 237 et pl. IV-VI. Il nous a paru inutile de (3) L. Demaeght, Description des mosaïques renvoyer, pour les citations et détails que de Saint-Leu, Oran, Perrier, 1887, in-8.
nous rappelons ou discutons, autre part qu'à
Entre deux larges plates-bandes décoratives, dans un cadre orné de sujets par eux-mêmes assez ordinaires et cantonné de quatre mascarons, est représentée une scène dont la présence ici a de quoi étonner. Le commentateur hésite même à affirmer son interprétation, qui, pour nous, ne fait pas de doute.
Le sujet est emprunté au culte dont le Cabirion de Thèbes a fourni tant de souvenirs. Mais ce lieu sacré est très vieux, il est grec, et il appartient à une famille de conceptions et de rites dont aucune trace jusqu'ici n'avait été vue en Afrique, ni peut-être dans tout l'Occident. Bien plus, nul monument du sanctuaire Cabirien de Béotie n’est postérieur, que nous sachions, au 1V° siècle avant l'ère chrétienne ; et les mosaïques de Saint-Leu ne sont sûrement pas plus anciennes que le 11° après J.-C. Comment un monument d’une religion locale béotienne se trouve-t-il, après six ou sept siècles, à l’autre bout du monde antique ? Que fait cette scène de mystères dans l'entrée d’une salle à manger? C’est ce qu’on se demande en vain. Il est bien connu en effet que les types courants, les motifs d’ornementation, les tableaux mème et les figures toutes faites se transmettaient d'école en école, d’atelier en atelier, et parcouraient toutes les provinces. Maïs ce qu'on voit ici n’a jamais fait partie de ce bagage universel, de ce répertoire de cartons qui formait le portefeuille commun de tous les maîtres décorateurs. II n'y a pas à dire non plus que nous nous trouvons en présence d'une réplique d’un vieil ouvrage. La composition et le style sont tout à fait de l’époque impériale, et ne diffèrent aucunement de ce qu’on voit dans les tableaux voisins: le sujet seul est emprunté au cycle thébain du Cabire. Faut-il donc croire que cette religion à vécu plus longtemps, s’est répandue plus loin, et, sans éclat à l’extérieur, a eu cependant une tout autre fortune qu’on ne l’avait cru jusqu'ici ? Ce sera, pour les mythographes, un sujet d’études curieux, auquel cette mosaique apporte un élément aussi considérable
qu’authentique et inattendu.
Au pied de la statue de la Grande Mère, dans son bosquet
sacré, dont le gardien, Pan, est présent, le Cabire et sa compagne, celle-ci assistée d’une suivante portant des attributs dionysiaques, contemplent les ébats du aïc +05 Ka£ioov, auxquels préside sa gouvernante : 1] s'amuse avec une panthère privée, et a pour compagnon de jeux Pratolaos, le premier enfant des hommes, derrière lequel sont ses parents, Mitos, également en tenue de bacchanale, et Krateia.
Telle est la scène. Elle s’explique sûrement, et dans le plus complet détail, par celles qui sont figurées sur les vases et les fragments trouvés au Cabirion de Thèbes).
Les autres tableaux, qui sont de dimensions inégales, celui du milieu étant deux fois plus grand, et celui d’en bas plus petit, que le troisième, sont enfermés dans une bordure divisée en compartiments par des carrés dont chacun porte un mascaron dans un cadre à grand décor géométrique; dans ces compartiments se déroule un thiase bachique. Il n’y a pas de cadre entre les tableaux.
Le premier représente Marsyas vaincu par Apollon, et saisi pour être traîné au supplice.
Le second retrace la légende de Latone défendue par Neptune contre le serpent Python, et confiée à l’Aquilon qui la transporte dans l'ile de Délos.
Le troisième enfin montre Hercule capturant le centaure Chiron, que le petit Achille veut défendre.
Nos planches III, IV, V et VI reproduisent ces compositions. Le champ qui les enveloppait, et les deux bandes latérales d’encadrement de l’entrée, figurent sur le dessin de Viala de Sorbier, mais n'ont pas été transportés au Musée. On remarquera, dans le premier, la présence des croisettes, qui feront réfléchir ceux pour qui ce motif est un signe presque certain de christianisme. Les deux ailes du vestibule étaient beaucoup plus richement revêtues : le dessin général, au lieu de simples cercles, était donné par des acanthes, et les compartiments ornés de disques, de coupoles et de carreaux décorés,
() Mittheilungen d. deutsch. Archäol. Inst. in Athen., XII, pl. IX; Kern, Hermes, XXIV,
de fleurons, de canthares, de grands vases sur lesquels perchent deux oiseaux affrontés, et de rameaux.
Cette vaste création est tout à fait curieuse, et à différents points de vue.
C’est, tout d’abord, la moins banale qui ait été trouvée en Afrique, celle qui procède le moins des modèles courants, des suites décoratives habituelles.
Sans doute, le caractère général bachique, la prédilection pour les motifs marins, la parenté avec les bas-reliefs des sarcophages, sur lesquels les mêmes scènes, ou les mêmes légendes, ou les mêmes partis pris de composition se rencontrent à chaque pas, l'esprit, en un mot, et l'exécution sont bien ceux de toute la mosaïque, et même de l’art tout entier, dans l'Afrique du Nord à l’époque impériale : c’est une chose qui saute aux yeux. Il y a plus: si les sujets choisis ne sont pas les plus connus de tous, l’inévitable Océan, le non moins fréquent Neptune avec sa cour, ou le Zodiaque, l'Année, si rebattus, ou les sempiternelles répétitions de la Chasse, de la Pêche, des Animaux du Nil, des Saisons, ils n’en sont pas moins empruntés, sauf un, aux légendes des divinités dont l’histoire est reproduite partout, spécialement sur les cuves funéraires, et dont la personne, dans toutes les poses et dans toutes les expressions,
devait remplir les cahiers en usage. Laissons de côté les types secondaires, les divinités de la nature, par exemple: on trouvait partout un patron pour esquisser un dieu de port, une nymphe de source, un père Océan, aussi bien qu’une bacchante ou un aulète. Mais les protagonistes eux-mêmes sont souvent d’un style bien commun : on ne fait pas plus ponaf et plus nul que lHercule qui empoigne Chiron, avec sa massue au port d’armes. Il est visible que les auteurs de ces morceaux considérables n’ont pas cherché, ou ne sont pas parvenus, à donner à leurs figures quelque chose de personnel, de topique, à les faire plus appropriées à la scène où ils les plaçaient qu’à toute autre de leur légende, plus intéressantes dans ce tableau que dans tout autre où on eût pu les voir.
L'originalité est ailleurs. Elle est dans le choix des sujets. Non qu'ils aient rien de spécial au lieu où ils étaient. Mais, dans l’histoire de chaque dieu, l'artiste a cherché, on peut le dire, l’aventure la moins usée, sauf pour Apollon et Marsyas. L’Enlèvement de Latone, Chiron capturé par Hercule, ne sont pas sans exemple, et M. Carl Robert retrouve surtout le premier dans l’encyclopédique mythologie des sarcophages ®. Mais ces répliques sont peu fréquentes ; je ne crois pas qu'on les ait vues jusqu’à présent en mosaïque. La version de la légende dont s'inspire le tableau du fond vient d’Antisthènes : elle ne court pas les rues ; et il faut savoir gré à ce décorateur qui, voulant faire Hercule et un Centaure, a été la prendre, évitant le Nessus, l’Eurytion si ressassés, ou le combat sur le mont Pholoé ou la dispute chez les Lapithes.
Cette recherche de sujets rares, exécutables cependant avec les éléments courants, est peut-être la principale raison de la présence du Cabire. Ce mythe a pu être choisi, sans arrière-pensée religieuse, sans dévotion particulière, uniquement comme donnant matière à une composition un peu plus imprévue, pouvant en même temps se traduire sans beaucoup de difficultés par des mains habituées à jeter des thiases bachiques et des figures champêtres. Les tapisseries Alexandrines, d’où sortirent les cartons de tant de mosaiques, pouvaient d’ailleurs fournir le tableau tout prèt fait, et c’est peut-être là ce qui explique le mieux sa présence à Portus Magnus.
Les Cabires honorés dans divers sanctuaires, et tout particulièrement ceux de Samothrace, eurent en effet un culte florissant pendant toute la durée de l’Empire; et ils ont pu recueillir, grâce à la ressemblance de nom, d’origine et de mythe, l’héritage iconographique du Cabirion de Thèbes. Ce sanctuaire, d’alleurs, n’avait point disparu: Pausanias l’a visité. L'époque à laquelle appartiennent les derniers monuments originaux qu'il nous ait fournis est précisément celle
(x) Carl Robert, op. laud., p. 221-223.
où florissaient l’art et l’industrie d'Alexandrie. Or on sait en quelle faveur était, près des Alexandrins, la religion de Samothrace. Il n’en fallut pas plus pour que lhistoire thébaine du Cabire passât dans leurs tapisseries. Les Romains, très dévots aux Cabires, l’y auront prise. Car les tapis et les tentures furent leur grande source de modèles pour les pavements historiés ; ils y reproduisent souvent tous les détails de ces étofles, jusqu'aux bordures, aux franges, aux anneaux et aux cordons de suspension.
La parenté des compositions est, en somme, peu étroite : pour le premier, elle résulte du caractère dionysiaque de Zagreus et de la nationalité béotienne du mythe. Parmi les autres, on n’en voit guère qu'entre le mythe de Latone et l’Apollon vainqueur de Marsyas.
C’est à la famille Dionysiaque, et aux séries fréquentes sur tous les sarcophages, spécialement sur ceux d'Afrique, qu’appartient le second pavement(®), trouvé dans une autre chambre de la même grande habitation (PI. VIT).
Il mesure 2",2$ sur 2",ç0 environ, et représente le Triomphe indien de Bacchus®?. Il est, suivant toute apparence, contemporain des précédents, tout au plus un peu postérieur, la maison, longtemps occupée, ayant subi quelques remaniements. Il n’a pas le même intérêt que le Cabire, ou l’'Hercule, ou l’histoire de Latone ; c'est, comme le Marsyas, un morceau de facture, motif, sinon banal, au moins peu singulier.
Intact au moment de sa découverte, il avait déjà souflert des manipulations qu’occasionnaient les visites qu'il recevait, grattage, mouillage, etc. Il fut plus gravement endommagé en 188ç par quelques habitants de Saint-Leu, mécontents de l'arrêté ministériel qui ordonnait sa translation: il est à croire que la perte d’une des têtes provient d’une tentative d'enlèvement de ce morceau, exactement sectionné.
(1) Héron de Villefosse, R. 4. F., 1885, (2) Voy. Carl Robert, op. laud., p. 222,
Un œil déjà habitué aux mosaïques africaines reconnaitra presque sûrement que ce second pavement n'est pas du même atelier que l’autre. Le style général est, en somme, uniforme, c'est celui de l’époque dans le pays ; le rendu, notamment pour Îles chairs, présente de grandes analogies : c’est bien la même école, mais ce n’est pas la même main. Le dessin est plus fin, le modelé plus grêle, l’ensemble un peu plus délicat. La tonalité générale ne diffère pas sensiblement : elle est peut-être moins claire que dans le triclinium, moins foncée que dans le vestibule; mais la matière est identique, les marbres viennent de Kléber. Seulement, il y a des smalts : cette introduction de l'émail, des matériaux artificiels, constitue une différence: il n’y en a pas trop, mais il yen a dans les parties accessoires, les parures. Les cubes, d’ailleurs, sont, par endroits, plus fins, le travail plus serré, un peu plus compliqué de tons et de facture. L'œuvre n’est pas par là supérieure aux autres; mais il était tentant, et bien commode, du moment qu’on cherchait les effets de la peinture, de recourir aux pâtes cuites ; elles fournissent les tons qu’on veut, des bleus surtout et des violets, que les pierres naturelles donnent mal.
Dans les pavements du triclinium, on n’a absolument que du marbre, et rien que du marbre de Kléber. On n’y trouve pas un cube qu’on ne puisse assortir à la série d'échantillons qui est dans le Musée. Le faire, au point de vue technique, est excellent : ce sont des mosaïques d’une résistance merveilleuse, d’une extrème solidité; les dessous étaient très durs, ce sont d’ailleurs eux qui subsistent en partie, puisqu'on n'a pas su enlever, comme on le fait en pareil cas, seulement la galette de cubes pour la remonter à nouveau. Quant au procédé du rendu, il est dans la bonne tradition : peu de tons, dégradés largement par juxtaposition en échelle, pas de mélanges, rien qui sente l’échiquier ; aussi le modelé est puissant, les oppositions sont fermes, autant du moins que l’a permis le peu de richesse de la palette. Les marbres de Kléber, bien que très variés, le sont uniquement presque, à part
les noirs, dans deux gammes : l’une de rouges, l’autre de verts et de gris, des nuances claires aux plus foncées. Le pavement de l'entrée procède de cette dernière : l'encadrement est tout verdâtre et sombre, et le tableau a aussi le ciel vert, avec le reste roux. Les trois autres sont tout rougeauds: la tonalité générale est chair d'homme. L'adresse des metteurs en œuvre n’a pas été jusqu’à lutter contre cette monotonie, accentuée encore par le nu qui domine dans les sujets : draperies et carnation sont d’une parenté fâcheuse.
Le thiase qui garnit la bordure est, en beaucoup d’endroits, d’un travail moins soigné; mais on voit clairement qu'il est fait sur des cartons de belle main. C'était là un motif courant, pour lequel on avait des patrons créés à la meilleure époque par des maîtres de grand talent. Quant aux tableaux eux-mêmes, le style en est médiocre, et le dessin souvent mauvais. C’est l’art impérial de province dans sa réelle pauvreté. La composition est généralement bonne, parce qu’elle n’est pas africaine : les mosaïstes ont trouvé, dans les cahiers, ces scènes toutes faites, ou du moins des scènes analogues très faciles à adapter. Les séries qui servaient aux tapissiers, aux sculpteurs de sarcophages et aux peintres à fresque étaient devant leurs yeux. De là l’effet décoratif, la science de groupement, le caractère d'ensemble si remarquable dans ces œuvres et dans tant d’autres, très inférieures. Un morceau comme l’Enlèvement de Latone est d'aspect presque saisissant ; les ébats du jeune Zagreus font un sujet rustique parfaitement traité ; quant au Marsyas, c’est le grandissement et la traduction mosaique d’un devant de sarcophage savamment ordonné. Où la faiblesse se dévoile, c’est dans l'exécution, non pas technique, mais artistique : le mosaïste est adroit, le dessinateur pèche; si quelques têtes sont excellentes, celles du Dieu du Port, du Neptune, et surtout les quatre mascarons d'angle, qui sont superbes, en général l’artiste ne vaut pas l’ouvrier. La différence est moins grande toutefois que dans les provinces orientales : la Numidie et la Proconsulaire ont eu en vingt endroits
des artisans si forts que rarement les auteurs des cartons se sont
élevés à leur niveau ; quand cet accord s’est rencontré, on a obtenu les chefs-d’œuvre des écoles d'Hadrumète, de Carthage. Ici, rien de pareil. Les mosaïstes faisaient bien, mais c’est tout. Quant aux dessinateurs, ils n'étaient pas des maîtres. Les sujets sont de plus haute volée, les tableaux plus intéressants, la valeur de composition et le genre sont infiniment supérieurs; mais rien n’approche, comme talent déployé, des jolies divinités marines, des chevaux de courses d'Hadrumète®, des chasseurs de Carthage, ni même des médaillons de Lambèse®), ni même des Néréides et des animaux de Théveste®). L'ouvrage le plus analogue serait le pavement trouvé chez les Ouled Agla®, les transformations de Jupiter. On y revoit ces silhouettes massives, ce modelé pesant, qui voudraient exprimer la force masculine, et qui demeurent pleins de mollesse, comme par exemple dans l’Hercule ; on y revoit ces rondeurs maladroites qui essaient de poteler les formes féminines, et ne donnent qu’une vilaine lourdeur, comme dans la bacchante du Triomphe. Des figures énergiques, telles que l’Aquilon, ou bien moulées comme le Pan du Triomphe, ne rachètent pas ces défauts; car elles ne sont jamais entièrement correctes.
Les pavements de Portus Magnus ne sont donc pas à mettre au rang des chefs-d’œuvre de la Mosaïque. Même en province, même en Afrique, ce sont plutôt ouvrages de second ordre, si on se tient au point de vue de l’art. Mais le département d'Oran est jusqu'ici peu riche en pièces artistiques ; et il est très intéressant d’y rencontrer un tel ensemble. On peut espérer, à présent que les recherches sont plus actives, qu’il ne restera pas unique.
Si lon se place maintenant au point de vue archéologique, ces cinq tableaux ont une valeur très grande, et trois d’entre eux, deux tout au moins, sont des documents hors de pair. Aucun musée n’a
(x) La Blanchère, Collections du Musée Cf. p. 54, note 3. Alaoui, T° série, pl. I, & fig. pp. 21 & 25. G) Const., t. XXIV, 1888, pl. XIX & XX. €) V. Duruy, Hist. Rom., t. V, p. 53. (4) Ibid., pl. annexées au t. XXVI. ui
so MUSÉE D'ORAN
rien de plus rare, et certainement de plus précieux, que la scène du Mythe Cabirien et le Chiron saisi par Hercule.
Quelques fragments décoratifs, de petite dimension, dépourvus d'intérêt, proviennent d’autres pavements, mais presque tous dans ces mêmes ruines.
La Céramique se compose : d’une variété de poteries sans intérêt spécial, parmi lesquelles un fragment, provenant de Carthage et marqué C.MEN.; de deux patères fines, l’une d’Altava, l’autre de Portus Magnus; d’une cinquantaine de lampes, tant païennes que chrétiennes, toutes de types très communs et dont aucune n’est belle; et de quelques morceaux d’aussi peu de valeur, à l’exception des suivants.
D'abord quatre têtes de cheval, de o,0$ à 0,06 de longueur, trouvées à [nkermann, et qu’on dirait apparentées, par le style et par le décor, — car on voit qu’elles ont été peintes, — aux figurines phéniciennes et cypriotes de même nature.
Ensuite une bouche de gargouille, de petites dimensions,
0",1$ de longueur, qui vient du burgum de Souik, à Tagremaret. Elle représente une tête de lion, d'époque certainement déjà basse, mais d’une expression surprenante et d’un travail soigné.
D’Altava a été apporté un énorme dolium sur la panse duquel, avant cuisson, ont été marquées avec le bout du doigt les lettres CROIRE:
De Fortassa en est venu un autre, sur la lèvre duquel se lisent, gravés et disposés en carré, se faisant face, les signes u) X KW X. Deux sont des mem puniques; les deux autres pourraient être des fav, mais d’une forme qui appartiendrait à un alphabet plus ancien, où le mem a une autre forme. Ce sont probablement des marques commerciales ; mais il ne faut point se hâter de les interprêter, tant qu'on ne peut les définir sûrement.
La Céramique arabe ancienne compte plusieurs pièces, parmi lesquelles sont à noter les carreaux de faïence provenant de Sidi- Bou-Medin, près Tlemcen, des mosquées de cette dernière ville, et de celle de Sidi-Yahia à Nedroma. Ce genre d'ouvrages, si abondant autrefois en Algérie, disparaît de tous côtés rapidement par un pillage continu.
La Verrerie est sans intérêt.
DÉSCRIPIMONADES PIE ANOHTES