Buste de l'Impératrice Elisabeth Alexéievna. Pat
Guichard.
SALLES HILL. IV. V. VE Via.
La Bibliothèque de l’'Ermitage a toujours été appelée officiellement Etrangére. Cette épithète indique l’idée primitive qui a présidé à sa formation. Elle devait être, ce qu'elle est, un riche dépôt des ouvrages les plus remarquables en langues étrangères, que le goût de nos Souverains s’est plû à réunir dans la demeure impériale, où tant de trésors d'art et d’antiquité se sont accumulés depuis le siècle dernier.
Le noyau de cette bibliothèque se compose de celles de Diderot, de d’Alembert, du géographe Busching, du marquis de Galiani, de Nicolaï et Zimmermann de Berlin, de l'historien russe Schtcherbatoff, qui s’y sont fondues; et enfin de celle de Voltaire qui, comme nous le verrons plus loin, se conserve à part.
L’Impératrice Catherine II fit l'acquisition de ces différentes bibliothèques, quelques-unes du vivant de leurs ÿ possesseurs; ainsi par exemple de celle de Diderot, con- Sistant en 3000 volumes environ, dont elle eut l'ingénieuse délicatesse de le constituer le bibliothécaire jusqu’à la fin de ses jours, avec un traitement de 1000 francs dont elle lui fit tenir d'avance la valeur de 50 années. Elle lui fit louer en outre, rue de Richelieu, à Paris, une jolie maison où, grâce à ces libéralités, le philosophe acheva doucement ses jours, en 1784. Sur son invitation de venir la Voir à Pétersbourg, Diderot fit le voyage en 1773, ainsi que son ami Grimm.
La bibliothèque du marquis de Galiani, connu par une traduction italienne de Vitruve, contenait un millier de volumes, la plupart sur les beaux-arts.
Celle des libraires Nicolaï et Zimmermann consistait en 13000 volumes, relatifs aux sciences et aux diverses branches de la littérature, allemande principalement.
La bibliothèque du prince Schtcherbatoff, achetée en 1791, riche de 5000 volumes en langue russe ou étrangère, relatifs surtout à l’histoire, contenait aussi de précieux manuscrits.
Celle de Busching riche d’un grand nombre d'ouvrages spéciaux sur la géographie, renfermait en outre beaucoup de cartes.
Ce soin de rassembler à l'étranger tous les bons livres qui pouvaient intéresser la Bibliothèque de l’'Ermitage, a été conservé sous les règnes suivants.
Les belles éditions qui paraïissaient en Europe, et celles dont les auteurs adressaient en hommage à nos Souverains des exemplaires, s’y sont de cette manière accumulées depuis le siècle dernier; et il n’est guère d'ouvrages importants, historiques, archéologiques, littéraires ou sur les beaux-arts, ou de recueil de belles gravures, qui n'y aient trouvé leur place.
[Nous parlerons plus luin de ces dernières.]
Telle qu’elle est maintenant, après les cessions considérables d'ouvrages qu’elle à faites à la Bibliothèque Publique, la Bibliothèque de l’Ermitage possède au-delà de 60 mille volumes, en dehors de la Bibliothèque Russe, dont nous parlerons aussi plus loin. |
* Ce nombre peut-être réparti comme suit:
Sciences morales, ........ 2500 Sciences exactes, ..... .. 6300 Artmalitarre, . ,........ 1800
Arts hbéraux, .......... 3400
Belles Lettres,.,.......... 11000
Histoire, .........,.,., 23000
Voyages,.............. 5700
Géographie et Cartes, ..... 2000
Archéologie,. ........... 2900 En outre:
Manuscrits (Voir plus haut), 1030.
Il n’est pas possible dans une notice qui ne traite que des généralités d’une bibliothèque, d'entrer dans des détails. Nous dirons seulement que parmi les Incunables on y trouve les Origines d’Isidore, sans indication d’année, par Ulrich Zell, premier imprimeur de Cologne, avec initiales non remplies; — parmi les premières éditions rares, le Pétrarque imp. en Italie (1472) (s. ind. de I. ni d’a.): Capitula in librum Francisci petrarche de vita solitaria; — l'Enée Sylvius de 1472: Æpistole Enee Sylvit poete lauriati; — la grande Encyclopédie de Vincent de Beauvais, (1473): Speculum doctrinale Vincentit beluaensis; exemplaire complet de la 2° partie, avec la dernière ligne: /n quo et agnus abulet et elephas natet.
Parmi les éditions des Elzevirs on en trouve d'assez rares, par exemple: Cluverius, 1624; — Tacitus, 1672; — Curtius, 1673; qui ne sont pas indiquées dans Brunet; et quelques-unes, comme Horatius, 1679, que Charles Peters dans ses Annales de l’Imprimerie Elzevirienne n’a pas même signalées.
Les 5500 volumes d'Archéologie se distinguent surtout par le choix des ouvrages importants. Il s’en trouve d’excessivement rares, qui n’ont jamais été mis en vente dans le commerce de la librairie; éditions quelquefois exécutées aux frais de riches amateurs, tirées à un petit nombre d'exemplaires qui se donnaient à des intimes, et que l’on est souvent des années à chercher, avant de pouvoir les rencontrer; ainsi:
Gemmarum antiquarum delectus ex praestantiortbus desumplus, quae in dactyliothecis Ducis Marlburiensis conservantur. Vol [ II. folio; sans indication d'année ni de lieu.
Cette belle publication du riche cabinet de pierres gravées du duc de Marlboroug, collection cachée aujourd’hui dans un des chäteaux de l’aristocratie anglaise, ne s’obtient guère que par occasion, après la mort de quelque amateur qui en avait un exemplaire. — Celui de l’Ermitage, acquis récemment, est dans un état excellent de conservation, avec reliure riche.
Engravings and Etchings of the principal Statues, Bustes, Bass-reliefs, Sepulchral Monuments, cinerary Urnes, etc. in the Collection of Henry Blundell, Esq. at Ince. Vol. I. IL. folio, 1809: sans indication de lieu.
Museum Comatis de Thoms. folio; sans titre.
On ne connaît que six exemplaires complets de cet ouvrage.
Paterae aeneae Carol: Townley. Londini, folio; sans titre. Ouvrage qui n’a jamais été publié. L'auteur est mort avant de l’avoir achevé; mais il avait eu soin d'envoyer régulièrement à Pétersbourg, au fur et à mesure, toutes les planches parues.
Kôhler. Ouvrage sur Bacchus. 4%; sans titre.
11 n'existe que cet exemplaire.
Piranesi. Œuvres complètes, en 27 volumes folio.
Les exemplaires complets de cette collection sont d’une excessive rareté.
Pour satisfaire la curiosité des amateurs, on a disposé dans la salle IV de la Bibliothèque, des montres ou vitrines dans lesquelles sont exposées les éditions rares, et celles aussi dont la beauté de la reliure offre des motifs d’art et de riches ornements.
Quelques-unes de ces belles éditions rappellent quelquefois des particularités historiques fort intéressantes. Ainsi l’on a exposé récemment, à demeure, dans une des montres de cette salle, les deux premiers volumes du
BIBLIOTHÈQUE. it
Musée français, par Robillard Péronville; ouvrage de luxe qui coûta à l'éditeur toute sa fortune.
Ces deux volumes méritent une mention spéciale. Ils furent envoyés par l'Empereur Napoléon I à l'Empereur Alexandre I. Leur reliure est pour ainsi dire enchâssée dans des ornements en vermeil, offrant sur les plats du premier volume l’écusson de Napoléon, c’est-à-dire l'aigle de l’Empire, répétée dans les ornements, et son chiffre; le tout au milieu des abeilles dont la reliure est parsemée.
Sur les plats du second volume, au milieu d'étoiles d’or, on voit l'aigle de Russie sur un soleil rayonnant, et le chiffre de l'Empereur Alexandre I, répété avec l'aigle dans les ornements de la bordure.
Les ornements de eette reliure unique sort l’œuvre de quelque habile orfèvre dont on regrette de ne pas trouver le nom, dans quelque coin de la bordure. Il est probable qu’elle est de Biennais.
Quelques-uns des ouvrages exposés ont un caractère monumental. Ainsi, par exemple: Acte de remerciment de la ville de Hambourg, adressé à l'Empereur Nicolas I, pour les secours qu'il lui accorda après l'incendie de 1842. Il est muni du seing et du sceau du Conseil de la Ville, et enfermé dans une couverture en bois de chêne, faite d’un des siéges des églises consumées dans cet incendie.
On a aussi exposé dans cette salle un des exemplaires de l’'Imitation de Jésus-Christ, édition de l’Imprimerie Impériale. Paris, 1855; celui que l'Empereur Napoléon III a envoyé à l'Empereur Alexandre II (cette Imitation de Jésus-Christ n’a été tirée qu’à 100 exemplaires).
Un autre exemplaire de ce beau livre avait déjà été acquis poumla bibliothèque privée de SA MAJESTÉ.
Outre les bustes en marbre, d’Euripide, de Socrate, de Scipion l’Africain, de Cicéron, de Caton, de Sénèque, etc. qui ornent cette salle, on y a placé ceux de quelques personnages célèbres du 18° siècle; ainsi: Fox, 1791, œuvre
de Nollkens; Fualconet |l’auteur de la statue de Pierre-le- Grand], par sa belle-tille M. A. Collot, 1773; — Beizky, président de l'Académie des Beaux-Arts (1743—1795); — Diderot, par M. A. Collot, 1772, dont l'expression de fine raillerie est très-bien rendue; — d’Alembert, par Houdon, 1782.
On a placé dans cette salle quelques vases en pierres dures de Sibérie. Les deux en porphyre de l’Altaï, avec mouture en bronze doré, N° 48— 393, 49—394, se distinguent autant par la beauté de la matière que par Ia laideur de la fornie donnée à ces vases qui datent du siècle dernier, époque où les usines de la Couronne en Sibérie ne recevaient pas encore de bons dessins, pour leur servir de modèles. Ce n’est qu’à titre de curiosités que l’on a mis ces deux vases dans cette salle, ainsi que les urnes, également en pierres dures de Sibérie, qui sont placées devant les fenêtres, sur les vitrines destinées à l'exposition des livres rares. La plupart de ces urnes datent du siècle dernier. |
Le visiteur remarquera par contre dans la salle V, le beau vase N° 77, en jaspe de l’Altaï dit de Revnevsky, qui offre le galbe du vase Borghèse.
On a placé dans cette même salle, sous N° 428, 429, les copies, en marbre de Carrare, du célèbre vase dit des Médicis à Florence, offrant le sacrifice d’Iphigénie, et du vase Borghèse consacré à Bacchus, qui se trouve au musée du Louvre.
Dans l'intervalle, entre ces deux vases, et comme échantillon du marbre blanc qui existe en Sibérie, le visiteur remarquera aussi un grand vase de 80 verchoks (11! pieds) de hauteur, sur 36 verchoks de diamètre.