BIBLIOTHÈQUE DE VOLTAIRE
La Bibliothèque de Voltaire fut acquise de son héritière M"° Denis, par l’Impératrice Catherine IT, peu après la mort du philosophe de Ferney.
Alors vivait à Pétersbourg, un libraire du nom de Klostermann, qui y a laissé le souvenir le plus honorable. L’Impératrice le faisait venir, assez souvent, pour lui demander elle-même les ouvrages dont elle voulait faire l’acquisition. :
C’est en se rendant ainsi aux ordres de la Souveraine que Klostermann trouva, un jour de l’automne de 1779, au Pavillon de l’Ermitage, deux étrangers qui s’informaient en langue française, à qui ils devaient consigner «a btbliothèque de M° de Voltaire?»
De ces deux personnages, l’un, de petite taille, était son secrétaire Wagnière; l’autre, de taille immense, était son cocher.
Ils venaient d'arriver de Lubeck, où la bibliothèque avait été embarquée dans un grand nombre de caisses.
Les livres s’y trouvèrent dans le meilleur état, tels qu’ils avaient figuré sur leurs rayons, au château de Ferney.
A l'examen qu’on en fit, on put se convaincre que le fidèle Wagnière avait veillé à ce que rien n’en fût distrait. Les signets de papier, très-nombreux, dispersés dans les volumes où Voltaire avait étendu ses recherches, y étaient à leur place; et l’état de vétusté de tous ces signets, pliés
contournés, aux angles rabattus, attestait qu'ils étaient tels que la main du philosophe les y avait mis, depuis un grand nombre d’années. |
Les manuscrits, tous reliés en volumes, étaient pareillement dans le meilleur ordre.
Le fidèle Wagnière repartit, comblé des dons de l’Impératrice qui assura son avenir par une pension viagère.
Catherine IT avait prescrit qu'on laissât cette bibliothèque dans l’état où elle était, et que tous ces signets précieux fussent conservés dans leurs volumes.
La bibliothèque fut installée dans la longue galerie du rez-de-chaussée (Plan I. Gal. VIT) dont l’axe correspond à celui de la Galerie des Loges de Raphaël, à l'étage supérieur du musée.
Lors de l’arrangement du Nouvel Ermitage, elle a été disposée dans la petite salle où elle se trouve aujourd’hui. On y a placé la répétition par la main d’Houdon de la célèbre statue en marbre que ce sculpteur habile avait faite pour Paris. On y lit, sur la base, HOUDON, FECIT. 1781.
Cette statue est, comme on le sait, d’un aspect saisissant. Le philosophe y est représenté assis. Le corps est affaissé par l’âge; mais la manière dont Voltaire appuie les mains sur les bras du fauteuil, comme s’il allait se lever, son mouvement de tête et l'expression du regard, tout y accuse la vivacité de l'esprit prodigieux dont la flamme brilla jusqu’au dernier moment, avec la même intensité.
L'ordre de Catherine II ayant été maintenu sous les règnes suivants, la bibliothèque est demeurée dans son état primitif.
Elle se compose de 6800 volumes dont 37 de manuscrits.
Les ‘, au moins sont des ouvrages du 18° siècle. La presque totalité du reste appartient au 17° siècle. Il ne s’y trouve que fort peu d’éditions du 16° siècle et aucune du 15°.
Il est évident que Voltaire ne tenait pas à la possession des incunables et de toutes ces éditions rares qui, de nos jours, constituent un culte chez les bibliophiles.
Quant à la matière, la Théologie forme à peu près la 7" partie du tout; et cependant on n’y voit aucune Bible originale, mais une Bible latine, avec des annotations tirées d'auteurs hébraïques et des Saints Pères, imprimée en 1532 [c’est le plus ancien livre de toute la collection]; en outre la traduction française de la Vulgate, par Lemaistre de Sacy. Paris. 1730.
Les Phalosophes forment à peu près !/, de la bibliothèque; les Auteurs politiques et les Economistes !/,,; les Historiens, auteurs de mémoires, de biographies, de voyages et les Géographes !/, environ du tout.
Il s’y trouve peu d’Ouvrages de sources, de l’antiquité ou du moyen-âge; la plupart traitent de l'Histoire moderne.
Les Sciences naturelles et les Mathématiques y sont faiblement représentées.
La Poësie et les Belles Lettres forment !/,; la Linguistique 0; l'Histoire littéraire ‘/,,; les Polygraphes constituent le reste.
L'on y trouve 137 ouvrages de Voltaire même imprimés; 141 collections de Pièces détachées de divers auteurs, et 82 autres Recueils appelés par lui pot-pourri.
La langue française domine dans cette bibliothèque. On n’y voit aucun livre en langue orientale, hormis un dictionnaire hébraïque.
En fait d'auteurs grecs, 9 ouvrages seulement, dont 6 avec la traduction latine en regard: Homère, Hésiode, Hérodien, Justin le Martyr, les Pères Apostoliques [du 1° et du 2° siècle] de Cottelier, les Apocryphes du Nouveau Testament; deux Grammaires et un Dictionnaire.
Il y a 105 ouvrages en langue latine. Ausone, Cicéron, Claudien, le Corpus Juris, les Distiques de Caton le Jeune, Horace, S' Jérôme, Lactance, Lucrèce, Martial, Minuce-Félix,
Ovide, Salluste, Sénèque le Tragique, Suétone, Tertullien, Tibulle, Valère - Maxime et Virgile sont les seuls classiques.
En outre, deux livres hébraïques traduits en latin, le Nizzakhon, eu hébreu: le Livre de la Victoire (sur les chrétiens), où Voltaire a peut-être puisé ses attaques dans ses Lettres Juives et autres; et la Hischna (la Répétition de la loi, du verbe hébreu schanah répéter, renouveler). — Lanque anglaise, 89 ouvrages; — italienne, 81; — espagnole, 1]; — polonatse, 6; — allemande, 12.
Tous les livres étaient reliés.
Les notes marginales de la main de Voltaire, dans les volumes où il a semé tant de signets, offrent naturellement un intérêt tout particulier; quelques-unes surtout, comme celle qu’il a mise au Contrat Social de Rousseau, en marge du passage: «Si l’homme est fondé, etc. etc.». Cela est confus et obscur, etc.
Les 37 volumes de Manuscrits offrent principalement:
Cinq volumes pour servir à l'Histoire de Russie; mais dont Voltaire n’a point fait usage pour son Histoire de Pierre-le-Grand dans les éditions postérieures à celle de 1759 [la première publiée].
Ce fut le comte André Pétrovitch Schouvaloff (aïeul du grand-maréchal actuel, portant les mêmes prénoms) qui communiqua à Voltaire ces 5 volumes de Mémoires authentiques [Voir le tome 24, page 5, des Œuvres de Voltaire, édition de Kehl].
Voltaire, qui le désigne comme l’homme peut-être le piss instruit de l’Empire, commença ses relations personnelles avec lui, en 1771, au château de Ferney. Une lettre, datée du 19 Juillet de cette année, est parmi les manuscrits. Elle est en vers et en prose: «Oui, j'aime Pallas l’intrépide». [Voir le tome 15, page 336, des Œuvres de Voltaire].
Le comte André Pétrovitch Schouvaloff est l’auteur de l’Epitre à Ninon.
Des Pièces de théâtre, 1732—1778, et Zulime, avec les corrections de l’auteur.
Pièces à lut envoyées de 1723 à 1776, par exemple[1767]
des vers d’un comte hongrois Fékété !), personnage qui n’est pas mentionné dans la Correspondance de Voltaire.
Pièces d'auteurs divers, par ex: Rilliet, sur le Suicide. (Au nombre de 34).
Pièces historiques; entre autres, un Mémoire sur les Gentilshommes du Roi. (Au nombre de 28).
Accusation du S” d'Etalonde et autres pièces de son procès et de celui de Lally.
Lettres originales du roi de Prusse. (Au nombre de 42).
Pièces historiques de la main de Voltaire. (Au nombre de9).
Lettres historiques sur la Cour de Louis XIV. 1709. (Au nombre de 18).
Lettres en vers et en prose, par le roi de Prusse [L’Ermitage les a fournies pour la dernière édition des Œuvres de Frédéric I.].
Poésies de Frédéric IT: la Poloniade; Essai de traduction de plusieurs odes d'Horace. 1746. etc. (Au nombre de 26).
Les Rois pasteurs; Opéras; Lettres à Wagnière; à M" Denis, sur Ferney. (Au nombre de 9).
Notice pour servir à ceux qui feront une histoire détaillée de la Vie de Voltaire [Comparez Thuriot, Mémoires sur Voltaire. Paris. 1826. et l’édition Dalibon-Delangle|.
Mémoires écrits par lui-méme. Février 1760. 22 pages 4°.
Notes et remarques de Wagniëre, avec les corrections à faire à l’édition de Keh]l, et qui devaient être insérées dans une nouvelle édition au profit de Wagnière, que Panckoucke préparait dès 1777.
Pot-pourri. Le Cid. Le singe de la Mode, etc.
Lettres de Voltaire à M"° d'Epinay, 1757— 1778, et 12 autres lettres inédites, par ex: à M"° Denis, datées de Mayence, 9 Juillet 1753. Réponse à M' Saurin. 28 Décembre 1768.
1) Il a publié ses œuvres (poésies et correspondance) sans nom
d'auteur. M' Beuchot a recueilli dans son édition de Voltaire, les lettres adressées au comte Fékété.
À M" de Voltaire de la part d’un pauvre Velch catholiques, etc.
Cemetesi. L'Enriada. 1769.
Instruction pour la commission chargée de dresser le projet d'un nouveau code de luis. S' Pétersbourg. 1768, 8 Avril.
Paradisi. Gli Epitidi. Semiramide. Zaira.
Le Livre d’or. Arlequin matelot.
Lettres à M" Berger, éditeur des Lettres secrètes. Ferney. 28 Février 1765.
Articles fournis à la Gazette littéraire 1764.
Vers de M' de Laharpe «Tu n'as pas en vain défendu l'innocence, etc.
Dialogue traduit de l'anglais. Décembre 1764.
Périclés, un Grec moderne, un Russe (trois interlocuteurs).
Sur un reliquaire: « Ami», etc.